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Berli Rudi · Nationalrat · 2026-06-09

Berli Rudi · Nationalrat · Genf · Grüne Fraktion · 2026-06-09

Wortprotokoll

En politique, la girouette qui indique d'où vient le vent ne sert absolument à rien. En 2017, le peuple suisse s'est prononcé à une écrasante majorité en faveur de la stratégie énergétique 2050, actant ainsi notre sortie progressive du nucléaire. À peine quelques années plus tard, notre représentation nationale est sur le point de retourner sa veste - une fois de plus, dirais-je - en tournant le dos à un choix démocratique clair, remporté grâce à un large consensus, qui a notamment pris sa source au sein de cette assemblée.

Cessons de brader l'avenir de nos enfants, cessons de jouer aux apprentis sorciers et utilisons en priorité nos ressources. Celui qui travaille la terre vous le dira[NB]: la véritable indépendance commence par ce que l'on produit chez soi. C'est vrai pour l'agriculture, c'est vrai pour l'industrie[NB]; c'est tout aussi vrai pour l'énergie. Il n'y aura aucune souveraineté suisse si notre approvisionnement électrique reste suspendu aux réserves mondiales limitées et aux mines d'uranium du Kazakhstan, dont la plupart des minerais transitent par la Russie de Poutine.

Par ailleurs, le seul avantage que détenait indiscutablement le nucléaire était son opérabilité ou le fait que l'on pouvait l'allumer ou l'éteindre relativement vite pour suivre la demande. Ce seul avantage vient de disparaître avec l'arrivée des mégabatteries de stockage. Pour une fois, la Suisse se montre à la pointe dans ce domaine avec la construction de la plus grande batterie redox mondiale à Laufenburg. Ce type de technologie rend les sources intermittentes parfaitement compatibles avec les réseaux électriques internationaux et les marchés.

Par ailleurs, et si par malheur un drone russe devait s'écraser près de chez vous, est-ce que vous préféreriez qu'il touche un champ de panneaux solaires ou une centrale nucléaire[NB]?

Il est de la responsabilité de ce Parlement de tenir le cap, de représenter les intérêts de la population et non ceux des lobbies de l'atome et des énergies fossiles. Les équilibres géopolitiques sont instables et nos défis technologiques sont immenses. Les projections estiment notre demande électrique à près de 90 térawattheures en 2050. Voulons-nous vraiment enchaîner notre pays à de nouvelles centrales nucléaires, ruineuses et interminables à construire, simplement pour alimenter une fuite en avant[NB]? Se reposer aveuglément sur le développement de l'intelligence artificielle et de ses centres de données nous coûtera cher. D'ici la fin de la décennie, ils pourraient représenter jusqu'à 15 pour cent de notre facture d'électricité totale. Le nucléaire n'y changera rien à court ou moyen terme.

Nous ne pouvons pas nous permettre d'intégrer la catégorie des parlements girouettes, qui défont le lendemain ce qu'ils ont bâti la veille, au simple motif que le tempo de l'actualité a changé. On a tendance à l'oublier, mais en 2017, le monde était déjà incertain. Nous avions alors pris le parti de rejoindre le rang des nations visionnaires, celles qui font le choix de la sécurité et de la neutralité carbone en misant sur les énergies renouvelables. Alors que nous ne sommes que dans les premiers mètres de notre ascension vers une Suisse plus résiliente, certains d'entre nous trouvent déjà la pente trop raide. C'est précisément maintenant qu'il faut changer de braquet, augmenter la cadence[NB]; en somme, nous mettre au travail.

Il n'y a aucune impossibilité technique à subvenir à nos besoins en Suisse grâce aux énergies renouvelables. Nous le faisons historiquement avec nos barrages. Nous pouvons le faire demain grâce au solaire. Le potentiel électrique de nos toits et de nos façades est colossal[NB]; utilisons-le. Prochainement, notre chambre se prononcera sur l'initiative sur le solaire. C'est là que nous aurons l'opportunité de mettre en place des mécanismes concrets, efficaces et applicables dès à présent. En plus, il reste également un potentiel de production hydroélectrique, d'éolien, de biomasse et de géothermie à développer à côté de l'investissement dans la sobriété électrique.

L'initiative Stop au blackout et son contre-projet n'apportent aucune solution énergétique d'avenir[NB]; ils nous ramènent simplement dix ans en arrière.