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Sommaruga Carlo · Ständerat · 2026-06-16

Sommaruga Carlo · Ständerat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2026-06-16

Wortprotokoll

Le rapport de politique extérieure du Conseil fédéral est un document annuel d'une importance particulière, puisqu'il constitue chaque année à la fois le bilan de l'année écoulée et, depuis l'adoption de la stratégie de politique extérieure 2024-2027, une évaluation précise de sa mise en oeuvre. Cette année, le rapport contient également une réflexion programmatique sur le multilatéralisme. Le rapport 2025 a été adopté par le Conseil fédéral le 6 mars et traité en Commission de politique extérieure le 16 avril 2026.

Dans le chapitre thématique du rapport dédié à la mutation du multilatéralisme, le Conseil fédéral dresse le constat d'un environnement international marqué par une instabilité croissante. Les conflits armés, les tensions géopolitiques, la fragmentation des relations internationales et la remise en question des institutions multilatérales créent un contexte plus complexe et plus imprévisible pour l'action extérieure de la Suisse. Cette évolution interpelle particulièrement notre pays.

Depuis le XIXe siècle, la Suisse a accompagné l'émergence du multilatéralisme moderne, de la création du Comité international de la Croix-Rouge à l'installation de la Société des Nations, puis d'une part importante du système des Nations Unies à Genève, la Genève internationale. Notre pays a donc construit une part essentielle de son influence internationale sur sa capacité à favoriser le dialogue, la coopération et l'élaboration des règles communes.

Le rapport souligne toutefois que ce modèle est aujourd'hui soumis à de fortes tensions. Les grandes puissances privilégient davantage les rapports de force, les institutions internationales peinent parfois à remplir leur rôle et les règles communes sont plus fréquemment contestées. Dans ce contexte, le Conseil fédéral réaffirme son attachement au multilatéralisme tout en mettant l'accent sur ce qu'il qualifie de "multilatéralisme ciblé", c'est-à-dire une action concentrée sur cinq points concrets par lesquels la Suisse peut contribuer à préserver ses intérêts et apporter une réelle valeur ajoutée.

Le premier point est la préservation et la mise en oeuvre du droit international en se focalisant sur l'application et le respect des engagements plus que sur l'extension du corpus législatif international. L'on peut toutefois être étonnés du fait que ne soit pas évoquée expressément, pour la crédibilité à long terme de la Suisse, la nécessité de mettre fin à notre politique extérieure à double standard en matière d'application du droit international.

Le deuxième point est la cohérence et la prévisibilité de la politique extérieure avec pour objectif une coordination étroite entre la diplomatie bilatérale et multilatérale, entre la politique intérieure et la diplomatie multilatérale et autour de la politique de la Suisse en tant qu'État hôte avec le renforcement de la Genève internationale.

Le troisième point est le principe de subsidiarité avec pour objectif de ne limiter le transfert de compétences étatiques au niveau multilatéral que si les solutions nationales ou régionales ne suffisent pas.

Le quatrième point est la mise au centre des choix et des priorités de l'engagement de la Suisse quant à l'impact et l'efficience du multilatéralisme, ce qui conduit notamment à agir afin de ramener les organisations internationales à leurs mandats fondamentaux pour agir de manière efficiente.

Le cinquième point est un engagement en faveur d'un multilatéralisme tourné vers l'avenir en se concentrant sur les thématiques ayant une influence à long terme, en particulier le climat, la santé et les nouvelles technologies, avec comme épicentre la Genève internationale. On peut toutefois regretter que la promotion des droits de l'homme et de la démocratie ne soit pas mentionnée dans ces thématiques d'avenir, alors même qu'elles constituent des éléments centraux pour la dignité humaine et la coexistence pacifique et relèvent de la Charte des Nations Unies ainsi que du mandat de l'article 54 alinéa 2 de la Constitution fédérale en matière de politique extérieure.

Au-delà du positionnement de la Suisse sur le multilatéralisme, le rapport met en évidence plusieurs priorités de la politique extérieure suisse. Les relations avec l'Union européenne demeurent un dossier central, avec l'aboutissement des négociations du paquet d'accords en 2025, destiné à stabiliser et développer les relations bilatérales. Il souligne l'importance des bons offices, de la médiation, de l'action humanitaire et de la promotion de la paix, tout en relevant les difficultés croissantes auxquelles ces instruments sont confrontés dans le contexte international actuel.

Dans son rapport, le Conseil fédéral accorde par ailleurs une attention particulière à la place économique de la Suisse, à la diversification de ses partenariats avec la conclusion d'accords de libre-échange ainsi qu'au rôle de la Genève internationale, dont le Conseil fédéral entend préserver l'attractivité et la pertinence comme centre mondial de gouvernance internationale.

À mi-parcours de la stratégie de politique extérieure 2024-2027, le Conseil fédéral accorde une part importante du rapport à l'évaluation des 28 objectifs qui la constituent. Même si plusieurs domaines nécessitent encore des efforts particuliers en raison de l'évolution rapide de l'environnement international, le Conseil fédéral estime que la mise en oeuvre de la stratégie progresse globalement de manière satisfaisante, tout particulièrement en ce qui concerne la stabilisation de nos relations avec l'Union européenne et les rapports avec nos voisins.

La commission a pris acte de ce rapport de politique extérieure 2025 et vous propose d'en faire autant.