de Dardel Jean-Nils · Nationalrat · 2000-06-05
de Dardel Jean-Nils · Nationalrat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2000-06-05
Wortprotokoll
Il ne fait pas de doute que la place financière suisse, avec les places financières des Etats-Unis d'Amérique, de la Grande-Bretagne et de l'Allemagne, a été un des principaux pourvoyeurs de capitaux en faveur du régime de l'apartheid en Afrique du Sud. Cette aide financière a permis au gouvernement raciste de survivre pendant de longues années. Les capitaux prêtés et investis ont servi à financer la répression à l'intérieur de l'Afrique du Sud et à financer aussi les guerres menées par l'Afrique du Sud dans les pays voisins. Au plan matériel, au plan humain, les préjudices subis par les populations sont immenses et, à notre avis, la responsabilité de la Suisse est engagée.
C'est ce qu'on appelle la problématique de la dette odieuse. Le Gouvernement de l'Afrique du Sud d'aujourd'hui, le Gouvernement démocratique et le peuple de l'Afrique du Sud doit rembourser une dette, alors que les capitaux ont servi à une répression systématique et à l'écrasement de toute une population. Il est vrai que le Gouvernement actuel de l'Afrique du Sud ne revendique pas l'annulation de cette dette odieuse. Ce Gouvernement a trop besoin aujourd'hui des places financières occidentales pour se risquer à entrer en conflit avec elles. Mais l'annulation de la dette odieuse et l'indemnisation des victimes de l'apartheid par les pays et les banques occidentales qui ont financé cet apartheid est une revendication qui se développe à l'intérieur de l'Afrique du Sud, au travers d'ONG et des Eglises. Encore tout récemment, à Berne, l'archevêque anglican du Cap, monseigneur Ndungane, successeur de monseigneur Tutu, a rappelé à M. Deiss, conseiller fédéral, la responsabilité de la Suisse à l'égard des victimes de l'apartheid. Très concrètement, cela signifie que le remboursement de la dette odieuse empêche le développement de programmes sociaux, par exemple en matière de logement ou en matière de santé publique, alors que l'Afrique du Sud en a tant besoin.
De même, une responsabilité implique des réparations financières en faveur des victimes, personnes blessées, réprimées, privées de liberté, les successeurs des personnes qui ont été tuées. Les banques suisses, tout récemment encore, ont refusé tout dialogue avec l'évêque anglican du Cap. On se trouve donc dans une situation qui ressemble [PAGE 492] étrangement, mais qui ressemble beaucoup, à celle des fonds en déshérence, quand les banques suisses et le Gouvernement suisse se refusaient à tout dialogue sérieux avec les victimes juives.
Je pense, Monsieur le Conseiller fédéral, que cela devrait faire réfléchir les banques suisses et le Gouvernement suisse.