Menétrey-Savary Anne-Catherine · Nationalrat · 2004-03-17
Menétrey-Savary Anne-Catherine · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2004-03-17
Wortprotokoll
La question de la collaboration militaire avec Israël se pose de manière récurrente depuis le printemps 2002 au moins, au moment où le Conseil fédéral a annoncé avec une certaine force qu'il allait examiner sérieusement l'hypothèse d'une réduction, voire d'une rupture. On s'attendait à un rapport circonstancié de la part du département de Monsieur le conseiller fédéral Schmid, mais au contraire, en automne 2002, nous avons appris avec pas mal de déception que les relations continuaient comme à l'ordinaire. Cette annonce fut assortie de déclarations de bonnes intentions concernant une plus grande retenue dans la collaboration, déclarations dont notre collègue Josef Lang montrera tout à l'heure qu'elles ne correspondent pas à la réalité des faits.
Je ne veux pas m'arrêter sur ces péripéties. Ce que je voudrais souligner ici, c'est la nécessité et le sens de la rupture que ce postulat demande. Comme plusieurs collègues dans cette salle, j'ai eu plusieurs fois l'occasion de m'exprimer sur le drame que représente ce conflit, aussi bien pour les civils israéliens qui vivent dans le deuil et dans la peur constante des attentats que pour les populations palestiniennes. J'ai déjà évoqué ici les bureaux saccagés, les maisons en ruines, les déplacements entravés, les terres labourées par les bulldozers, les oliviers abattus, la vie économique arrêtée, la pauvreté, la mort, le désespoir. Mais aujourd'hui, tout cela prend une dimension encore plus intolérable avec la construction du mur de séparation.
Pour répondre à un objectif de sécurité, comme le prétend le gouvernement israélien, ce mur aurait pu être construit à l'intérieur du territoire israélien. Le dire, Monsieur Donzé, c'est remarquer que nous ne choisissons pas notre camp! Si ce mur avait été construit à l'intérieur du territoire israélien, peut-être bien que personne n'aurait trouvé à y redire. Or la réalité est tout autre. Le mur accapare jusqu'à 10 pour cent des territoires de la Cisjordanie, les terres palestiniennes les plus fertiles et d'importantes ressources en eau; il isole entre 250 000 et 300 000 Palestiniens de leur communauté; il coupe les habitants de leurs villages, de leurs champs, de leurs familles parfois; il les empêche de se rendre à l'école ou à l'hôpital; enfin, il transforme le territoire palestinien en une prison à ciel ouvert ou en bantoustans morcelés, coupés les uns des autres. Comme le note un rapport présenté le 15 janvier 2004 à la Chambre des communes anglaise par son comité interpartis pour le développement international: "L'effet concret du mur est de saper la viabilité d'un futur Etat palestinien." Même s'il doit être détruit un jour, comme le promet le gouvernement de Monsieur Sharon, ce mur aura eu un effet irréversible sur la population palestinienne, l'incitant, à force de brimades et d'exactions, à abandonner ses terres.
Nous touchons là à des faits que la Suisse ne peut pas accepter sous peine de contribuer au démantèlement du droit international humanitaire. Non seulement le mur viole les conventions de Genève, dont la Suisse est dépositaire, mais il met en péril les efforts de paix que la Suisse a voulu soutenir en accueillant les protagonistes de l'Initiative de Genève. Nous ne pouvons pas laisser aller sans réagir une situation qui hypothèque gravement la survie du peuple palestinien et qui exacerbe la violence désastreuse dont sont victimes aussi les civils israéliens.
Il y a plusieurs manières de faire pression sur le gouvernement israélien. Le comité dont j'ai parlé de la Chambre des communes en Angleterre propose un embargo économique: c'est une position qu'on a aussi défendue. Aujourd'hui, ce postulat demande un arrêt de toute collaboration militaire. Le Conseil fédéral refuse ce postulat parce qu'il serait contraire à nos intérêts économiques et sécuritaires. Admettons que, dans ce cas, cette rupture ne constituerait pas une menace pour l'Etat d'Israël, elle constituerait un geste plutôt symbolique. Mais en l'occurrence, et je conclurai par là, renoncer une fois à suivre exclusivement nos intérêts pour privilégier nos engagements internationaux humanitaires serait un geste réellement désintéressé et qui n'en serait que plus fort.
Pour ces raisons, je vous engage à accepter ce postulat.