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Dreifuss Ruth · Bundesrat · 1999-12-06

Dreifuss Ruth · Bundesrat · Genf · 1999-12-06

Wortprotokoll

C'est un grand honneur pour moi que d'être à cette tribune pour le premier débat de cette législature. Je n'ai pas grand-chose à ajouter à ce que les rapporteurs de votre commission et les porte-parole des groupes ont dit sur l'importance de la culture, sur le fait que nous devons à la fois veiller aux échanges à l'intérieur du pays et aux échanges entre la Suisse et le reste du monde. J'aimerais ajouter deux ou trois idées brèves et répondre aux questions posées.

Il faut d'abord bien montrer que la culture naît, pousse, a besoin d'être appuyée, d'être promue, mais que ce n'est jamais ceux qui la promeuvent qui la font. La culture naît dans les communes, qui font le plus grand effort, dans les associations, grâce au soutien des fondations, grâce à ce que nous pouvons apporter aussi de la part de la Confédération. Soyons modestes en matière de culture. Tout ce que nous pouvons faire, c'est vraiment l'encourager, créer les conditions dont elle a besoin pour se développer. Ces conditions, ce sont les moyens financiers, mais ces conditions, c'est aussi le respect que l'on porte aux créateurs, je dirai même l'amour qu'on leur porte, parce qu'ils prennent des risques et qu'ils nous donnent beaucoup.

Nombreux sont donc les acteurs qui soutiennent la vie culturelle dans ce pays. La Confédération n'est pas l'acteur le plus important. Là aussi, soyons modestes. Ce sont l'Office fédéral de la culture et Pro Helvetia qui, souvent de façon subsidiaire, viennent encore donner un coup de main. Mais, souvent, ce coup de main permet d'en décrocher d'autres à cause de la qualité du travail d'expertise qui est fait, à cause de la connaissance que l'on a ainsi de l'ensemble du réseau.

Le Département fédéral des affaires étrangères joue lui aussi un rôle, puisque nous avons des représentations suisses à l'étranger, que nous veillons à y être présents. Comment y être présents sans amener avec nous, comme un cadeau au reste du monde, nos créateurs? Comment être présents dans le monde sans échanger, avec l'aide des ambassades, avec d'autres créateurs là-bas?

M. Scheurer l'a bien souligné: il y a, face à tant d'acteurs, un certain besoin de clarification. Cet effort de clarification, nous le faisons soigneusement, sans vouloir casser la machine, en veillant au contraire à ce que chacun puisse développer sa vocation propre le mieux possible. C'est dans ce sens que nous entendons continuer à travailler, c'est-à-dire en veillant à ce que chacun exécute la tâche qu'il peut accomplir le mieux.

Il nous demande en fait trois choses: il nous demande d'abord de ne pas rester passifs en attendant les propositions de l'administration.

La formulation serait tout à fait fausse si elle signifiait que nous laissions l'administration nous dire ce qu'elle a envie de faire. Nous avons donné un mandat et ce que nous voulons, c'est que l'on voie clairement quel est le rôle de Pro Helvetia et en particulier du Département fédéral des affaires étrangères dans le cadre d'une politique de la culture formulée par mon département et par l'Office fédéral de la culture, quelle est la part de chacun dans les activités à remplir. C'est le mandat que nous avons donné à ces trois acteurs de la politique fédérale. Si nous disons que nous attendons maintenant des propositions, cela veut dire que nous attendons qu'ils accomplissent ce mandat et qu'ils nous permettent effectivement de clarifier encore mieux le rôle de chacun.

Il est clair, et c'est la deuxième chose que j'aimerais dire, qu'il était absolument génial de créer une fondation indépendante pour s'occuper de l'essentiel des échanges en Suisse et avec l'étranger. Nous avons là une institution qui peut garantir que, dans notre pays, il n'y a pas de culture d'Etat, que ce que nous donnons pour la culture dans notre pays bénéficie aux "cultureux" avec une grande liberté et que, de ce fait, ce soit des personnes qui aiment la culture qui puissent les accompagner. Ce côté génial doit rester le point central également, et je dirai surtout, dans les échanges avec l'étranger. Il est important que ceux-ci soient désintéressés, ressortent vraiment du besoin organique de faire se rencontrer des créateurs et ne soient pas une action de "public relations" de la part d'un gouvernement. Par ailleurs, les ambassades peuvent être des points d'appui, en particulier pour de petites actions, et la plate-forme de programmes communs, de semaines du cinéma suisse, d'activités de rencontre. C'est cela la responsabilité principale des ambassades. D'autre part, il est vrai qu'il est tout à fait légitime de faire connaître notre pays et ses intérêts à l'étranger, et ça, c'est la fonction de "Présence Suisse" qui s'appelle encore COCO (Commission de coordination pour la présence suisse à l'étranger).

On voit donc se dessiner le plan d'urbanisme des différents éléments qui agissent dans le domaine de la culture, et il faut peu de chose pour le rendre transparent. Je crois que cela ne prendra pas la forme d'un message comme vous l'aviez demandé, si par message vous entendiez une décision soumise au Parlement avec par exemple une demande de crédit à la clé, parce que chacune de ces activités correspond quand même à une logique propre sur le plan des relations entre le Gouvernement et le Parlement. Mais vous recevrez certainement des informations qui vous permettront de voir comment nous avons clarifié les choses dans ce domaine.

Vous avez également abordé, Monsieur Scheurer, une autre question, celle de l'éducation des adultes, en disant: "Pro Helvetia a fait de petites choses, peut-être, dans ce domaine. Mais où est la grande vision? Où est vraiment la politique dans ce domaine, et qui sera l'agent d'exécution?"

J'aimerais dire très clairement que nous avons, sur la base de l'article dans la nouvelle Constitution fédérale, décidé de préparer une nouvelle loi fédérale sur la formation professionnelle. Dans celle-ci, nous voulons ajouter aussi le volet "formation des adultes". Ce projet de loi est actuellement en procédure de consultation. La procédure s'est achevée, mais je ne connais pas encore le résultat des réactions que nous avons reçues. C'est elle qui devrait être la base pour une loi qui serait aussi une loi de promotion de la formation permanente, et également de la formation des adultes. La collaboration se fait actuellement entre l'Office fédéral de la culture, l'Office fédéral de la formation professionnelle et de la technologie et Pro Helvetia. Dans ce sens-là, votre demande sera aussi satisfaite très prochainement.

Parmi les autres remarques qui ont été faites, je remercie les porte-parole de tous les groupes d'avoir soutenu la proposition du Conseil fédéral, pour certains de l'avoir soutenue dans la forme qu'elle avait encore avant le débat au Conseil [PAGE 2382] des Etats. Le Conseil fédéral s'était rallié à la décision du Conseil des Etats d'augmenter à 130 millions de francs le crédit global pour pouvoir intégrer, effectivement, les antennes dans les pays de l'Europe centrale. La minorité II demande une rallonge de 2 millions de francs. J'aurai l'occasion tout à l'heure de dire pourquoi le Conseil fédéral considère qu'il n'est pas raisonnable de dire que si l'on augmente ici, il faut encore augmenter là, que si l'on donne de l'argent pour l'Expo, il faut encore en ajouter pour Pro Helvetia. Je crois qu'avec 130 millions de francs, nous avons une cote bien taillée qui permet à Pro Helvetia, de façon serrée certes, de remplir la mission que nous attendons d'elle.

Merci du soutien général. Je vous inviterai tout à l'heure à suivre la proposition de la majorité de votre commission.

Il y a eu dans l'intervention du porte-parole de la minorité I, M. Föhn, un certain accent critique. J'aimerais dire que Pro Helvetia est une organisation qui soutient la culture dans la mesure où elle est oeuvre de création, dans la mesure où elle est aussi originale, où elle pousse sur notre terreau pour se développer. Ce n'est pas la fonction de Pro Helvetia que de soutenir, par exemple, les différents choeurs traditionnels, les différentes organisations de costumes folkloriques, etc. Mais lorsque ces groupes se réunissent pour des activités créatives ou pour se rencontrer par-dessus les frontières linguistiques ou par-dessus les frontières du pays, il est clair que c'est là que Pro Helvetia intervient et qu'elle respecte ainsi pleinement sa mission de soutenir la culture populaire.

La culture populaire est d'ailleurs à comprendre dans un sens très large, tant elle est ce qui émane et exprime ce que le peuple développe en permanence comme expression artistique.

M. Föhn disait aussi que le Parlement se sentait placé devant le fait accompli. Il en faisait reproche à Pro Helvetia par le fait que cette fondation a l'intention de reprendre maintenant des antennes qu'elle avait gérées à la demande du Département fédéral des affaires étrangères. Si un reproche devait être fait - mais je le trouverais injustifié -, ce n'est pas à Pro Helvetia qu'il faudrait le faire, c'est bien à l'administration fédérale qui, chargeant une fondation d'une activité de gestion de nouveaux projets, lui annonce, au fond: "Faites-le pendant trois ou quatre ans. Après, si vous voulez, vous pourrez le continuer. Mais cela n'émargera pas au même budget de la coopération au développement avec les pays en transition." Dans ce sens-là, ce n'est pas un fait accompli, c'est une volonté de poursuivre ce travail, de le stabiliser, de le consolider, non pas, aussi clairement que par le passé, comme un appui à la culture de ces pays, mais comme la création d'une plate-forme d'échanges entre la culture suisse et la culture de ces pays. Les antennes, dans la mesure où Pro Helvetia les fera continuer, deviendront ainsi des éléments de la politique de Pro Helvetia. C'est une politique d'échanges culturels entre la Suisse et les pays du monde.

Merci encore de votre soutien. Je n'ai pas besoin de vous demander d'entrer en matière. Nous verrons à l'heure du budget quelle sera la décision.