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Rossini Stéphane · Nationalrat · 2000-06-07

Rossini Stéphane · Nationalrat · Wallis · Sozialdemokratische Fraktion · 2000-06-07

Wortprotokoll

Ancienne secrétaire générale du Conseil de l'Europe, Madame Lalumière déclarait que "la construction européenne est un étrange mélange d'utopie et de réalisme, de sentiments et d'intérêts, de forces de rassemblement et de forces centrifuges, mais plus que tout, la construction européenne est une oeuvre de volonté."

En effet, de la volonté, il en fallait, au sortir de deux guerres mondiales cruelles, pour s'engager à finaliser des visions de paix d'abord, mais aussi d'humanisme, de développement démocratique et de renforcement de la citoyenneté, de prospérité partagée. Autant de nobles causes et ambitions qui sous-tendent le processus d'intégration européenne et que l'on balaie malheureusement trop fréquemment d'un revers de main, alors même que ces principes sont incontournables si l'on entend tenir un débat cohérent à ce sujet. [PAGE 565] Prenons garde, rien n'est pire que de n'avoir soit rien appris, soit tout oublié!

Ainsi, derrière les calculs politico-stratégiques qui se font et s'apprécient en mois ou en années, derrière les calculs d'épiciers politico-comptables qui sont légion dans un pays où beaucoup n'aspirent qu'à la pesée des intérêts, avantages et inconvénients, avec par ailleurs l'espoir d'avoir le beurre et l'argent du beurre, au-delà des mythes derrière lesquels certains se retranchent et qui n'ont qu'un ancrage culturel sans lien à la réalité vécue par les habitants de ce pays - mais mythes qui permettent de biaiser sans nuance et souvent sans réserve le débat - il y a un véritable projet de société. Société à laquelle la Suisse appartient, société institutionnalisée qui nous impose ses règles du jeu, qu'on le veuille ou non, sans que nous ayons mot à dire, alors que nos compétences et nos expériences en termes de politique, en termes de pratique du fédéralisme, de la démocratie directe, de cohabitation pluriculturelle, mériteraient d'être partagées puisqu'elles contribuent à la cohésion et à la prospérité.

Sans naïveté sur les enjeux et les conséquences, nous devons faire nôtre cette vision d'une Europe postulant les progrès économiques, mais aussi sociaux et culturels pour sauvegarder la paix. Certes, en Suisse, il ne suffit pas d'avoir une vision, car celle-ci n'est suivie d'action qu'une fois les intérêts véritablement appréciés, ce qui suppose du temps, mais également légitime le temps qui passe.

Le train de la construction européenne s'est mis en marche il y a 50 ans. Il est donc temps d'y monter avec lucidité et intelligence certes, mais sans tergiverser. D'où la nécessité de soutenir l'initiative populaire "Oui à l'Europe!" et le contre-projet de la commission, qui nous amène à l'an 2008 comme l'a rappelé le rapporteur ce matin, ce qui n'est en rien de la précipitation.