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Christen Yves · Nationalrat · 2000-06-07

Christen Yves · Nationalrat · Waadt · Freisinnig-demokratische Fraktion · 2000-06-07

Wortprotokoll

L'adhésion de notre pays à l'Union européenne ne se fera pas dans la précipitation; ce ne serait pas conforme à nos moeurs politiques. Dans notre pays, il faut donner du temps au temps. L'Union européenne sait bien que, chez nous, les choses doivent mûrir lentement. C'est pourquoi on nous laissera en paix du côté de Bruxelles. Cela signifie aussi qu'il ne faut se faire aucune illusion sur le succès de nouveaux volets de négociation. Nous avons les accords sectoriels; certains nous les jalousent. Mais nous n'aurons rien de plus en l'état actuel des choses.

En regardant derrière nous, on peut dire que nos négociateurs ont fait des miracles et que ces accords représentent le maximum que l'on pouvait espérer. Dès lors, il nous faut poursuivre notre rapprochement qui n'aboutira qu'au moment où nous ressentirons à nouveau un sentiment d'isolement. Quand nos négociateurs auront saisi l'agacement de leurs interlocuteurs européens et quand la population aura concrètement à souffrir de notre mise à l'écart dans des secteurs non résolus par les accords, alors seulement nous serons mûrs pour l'adhésion. D'ailleurs, dans un domaine bien précis, celui des produits agricoles transformés, évoqué par M. Frey, il n'a pas fallu plus que quelques jours pour constater que la porte était définitivement fermée à ce sujet.

Peut-être faudra-t-il une génération! Mais aujourd'hui, les générations sont plus courtes, les esprits changent plus rapidement. Faire fi de l'initiative des jeunes qui ont, certes, pris de l'âge depuis 1992, c'est se moquer des générations à venir. Ne pas leur préparer le terrain de façon concrète et active pour qu'ils puissent décider dans quelques années, c'est se rendre coupable d'un défaut de prévoyance - un comble pour les Suisses dont c'est le trait principal de caractère! Le Conseil fédéral l'a compris en déclarant son objectif d'adhésion. Il aurait pu aller plus loin dans le cadre de ses compétences constitutionnelles.

Le Parlement peut aujourd'hui, tout en respectant les compétences, tendre la perche aux initiants. Il peut le faire en acceptant l'un ou l'autre des contre-projets proposés, en particulier celui qui demande au Conseil fédéral de se [PAGE 555] prononcer dans les quatre ans sur un calendrier et sur un programme. Certains élus hésitent, par peur de trahir les promesses faites lors de la campagne des accords bilatéraux. Mais les politiciens sont élus précisément pour émettre leurs idées et leurs convictions, pour préparer les citoyens à des décisions qui leur appartiennent.

Les radicaux latins et quelques autres avec eux prendront garde à ne pas trahir la jeunesse de notre pays. C'est un risque plus grave que de décevoir une minorité d'anti-européens inflexibles.