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AB 43288

Menétrey-Savary Anne-Catherine · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2004-05-06

Wortprotokoll

L'article 23 est peut-être le plus emblématique de cette loi. La volonté de n'ouvrir la porte qu'aux cadres et aux travailleurs qualifiés, c'est peut-être ce qu'on pourrait appeler la consécration de l'égoïsme éclairé. En fait, toute la loi n'est conçue que pour nous! Nos besoins, notre économie, notre prospérité, nos valeurs, notre identité, nos peurs; que cela convienne ou non au reste du monde, ce n'est pas notre problème!

Ainsi, souverainement, nous prétendons trier entre tous les candidats à l'immigration ceux qui nous conviennent: les qualifiés, les jeunes, les instruits, les dociles, les stables. Il n'y aura probablement - et ça, c'est un problème important - pas beaucoup de femmes parmi eux; car celles-ci ne sont généralement pas des cadres et elles ne bénéficient pas de hautes qualifications. Ou alors, ces hautes qualifications ne sont pas reconnues. Des enquêtes montrent que beaucoup de femmes diplômées viennent de l'étranger chez nous, mais souvent, celles qui ont des diplômes nettoient des bureaux, les infirmières sont filles de salle dans les hôpitaux, et d'autres sont embrigadées dans les filières de la prostitution.

Avec cet article, on signe une double discrimination: celle à l'égard des travailleurs peu qualifiés ou autrement qualifiés, en provenance des pays du Sud ou de l'Est et qui auraient vraiment besoin de trouver chez nous de meilleures conditions de vie; et une discrimination à l'égard des femmes, dont beaucoup continueront à venir s'occuper de nos enfants et de nos maisons, mais clandestinement et sans statut. Ces dispositions constitueront probablement les bases d'une véritable usine à sans-papiers.

En plus, cette conception duale élitaire de la migration s'accompagne d'une curieuse représentation de l'intégration, puisque cet article donne à penser que les catégories sociales les plus favorisées sont aussi les mieux pourvues en capacités d'adaptation. Or, rien n'est moins sûr! Car il y a des cadres hautement qualifiés qui ne parlent rien d'autre que l'anglais, qui se mélangent peu à la population locale, qui envoient leurs enfants dans des écoles privées pour étrangers, alors que les ouvriers étrangers, eux, sont au milieu du peuple: ils vont au stade de football, aux fêtes populaires, et leurs enfants vont dans les écoles publiques. A cela s'ajoute que cette sélection des meilleures qualifications professionnelles peut s'avérer désastreuse pour les pays d'origine qui perdent ainsi leurs meilleurs cerveaux.

Mais il y a un autre problème, c'est que cette politique voulue par le Conseil fédéral ne satisfait pas tous les secteurs de l'économie. Celle-ci a aussi besoin de main-d'oeuvre moins qualifiée - pour l'agriculture, la restauration, le travail domestique, la construction, on en a beaucoup parlé. C'est pourquoi des propositions mal inspirées nous offrent un mauvais remake du statut de saisonnier. Il vaudrait mieux admettre, sans toutes ces contorsions, que nous devons ouvrir la porte aux qualifiés comme aux moins qualifiés, à ceux d'à côté comme à ceux d'ailleurs.

Il faudrait aussi sortir du modèle élitaire selon lequel certains sont invités à s'établir durablement alors que d'autres doivent déguerpir au plus vite après avoir fini leur travail. Pour cela, une seule solution réaliste s'impose: accepter ceux qui ont un emploi et à qui les employeurs garantissent des conditions de travail conformes aux conventions, comme le demandent les minorités I (Garbani) et III (Bühlmann).

En conclusion, je dirai encore qu'à notre époque de grande mobilité, où les marchandises et les capitaux circulent librement à travers le monde, la rigidité dont nous faisons preuve en ce qui concerne la circulation des personnes est totalement anachronique. Pour ma part, je suis tout à fait convaincue que si les conditions d'entrée dans notre pays n'étaient pas aussi difficiles, les migrants n'hésiteraient pas à repartir, à aller, à venir, en fonction de leurs désirs, de leurs projets librement construits et des conditions de vie et de travail d'ici et de là-bas. [PAGE 712]

C'est dans ces conditions que je vous demande de soutenir les propositions de minorité I et III.