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Roth-Bernasconi Maria · Nationalrat · 2004-06-03

Roth-Bernasconi Maria · Nationalrat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2004-06-03

Wortprotokoll

L'action et les visions politiques d'un pays reposent à la fois sur un programme cohérent et sur les évolutions de la société, or nous devons faire face à de profonds changements. La montée vertigineuse des inégalités dans ce monde et aussi dans notre pays est devenue le problème économique et social principal, or le programme proposé par le Conseil fédéral et amendé par la commission spéciale ne donne pas une réponse satisfaisante aux questions liées à ces problèmes. Et même si le Conseil fédéral et la majorité de la commission ont réalisé, par exemple, que les inégalités entre femmes et hommes, notamment au sujet de l'accès au marché de l'emploi, sont un frein à la croissance économique et démographique, il n'en reste pas moins que d'autres inégalités doivent être combattues si nous ne voulons pas courir droit dans le mur. Ainsi, par exemple, les inégalités entre les salaires, les inégalités face à la formation ne peuvent pas se résoudre uniquement par une déclaration qui décrète la croissance.

Si les objectifs du Conseil fédéral ne se basent que sur deux ou trois thèmes définis par des faits statistiques, l'aveuglement s'étend également dans la réponse apportée par lui. La solution passerait par des programmes d'économies et des coupes massives qui se retrouvent en contradiction avec ces objectifs, plus particulièrement avec celui du renforcement de la cohésion sociale. Sans moyens pour réaliser ces objectifs en matière de politique sociale, de service public, de formation, etc., les volontés de la Confédération resteront à l'état de voeu pieux. En clair: on ne peut pas résumer un programme de législature à une simple équation économique et à l'assainissement des finances publiques.

Notre travail de parlementaires est de définir les rôles, les marges de manoeuvre, les politiques de l'Etat et ensuite seulement, de poser la question du financement, de l'équilibre financier et des moyens à débloquer. Or ce programme de législature fait tout à l'envers: on y donne la priorité au plan financier avant d'analyser si le contenu de l'arrêté est complet, voire cohérent.

Le groupe socialiste a essayé de redonner un contenu politique, des objectifs et des réponses pragmatiques, mais il semble que la politique de consensus et de négociation ne soit plus qu'un lointain souvenir. Pour lui, la vision du monde ne se dessine pas uniquement en termes de croissance économique, de concurrence et de compétitivité, elle concerne aussi les questions de bien-être, d'égalité des chances, de démocratie vécue. Face aux multiples problèmes auxquels nous sommes confrontés aujourd'hui, de nouvelles méthodes d'approche des problèmes de société, qui ne soient plus dominées de manière aussi simpliste par l'économisme et par les intérêts particuliers, devraient être proposées. Mais la commission n'a pas eu le temps - et ne se l'est pas donné - d'en discuter en profondeur et la pensée unique a fait le reste!

Pour le groupe socialiste, certaines propositions sont fondamentales, et de leur acceptation dépendra son soutien au programme de législature ou son rejet de celui-ci. Il est par exemple fondamental, pour lui, que l'Etat s'assure les recettes dont il a besoin pour faire face à ses obligations. De même, la politique familiale et la lutte contre le chômage, ou encore contre la pauvreté, sont primordiales. De plus, pour le groupe socialiste, toutes les propositions visant à diminuer la quote-part de l'Etat, flexibiliser encore plus le marché du travail, démanteler le service public en privant l'Etat des recettes nécessaires, ou encore instaurer une concurrence accrue dans le domaine de l'assurance-maladie, sont inacceptables.

En outre, le rejet de l'article 10a, qui veut soumettre l'application de la politique fédérale à la réserve du financement et des plans d'allègement budgétaire, est fondamental pour le groupe socialiste. En effet, il accorde une importance toute particulière aux notions de cohésion et de solidarité sociales, de service public, de croissance durable, dans le respect des travailleurs et travailleuses et de l'environnement.

Si la majorité bourgeoise du Conseil national devait rejeter toutes ses propositions et accepter des propositions de minorité qui sont pour lui inenvisageables, le groupe socialiste rejettera le programme de législature.

Nous invitons les partis de droite et du centre à choisir leur camp: s'ils choisissent constamment l'alliance avec le groupe de l'UDC, ce sera alors sans nous!