preparatory:AB 46683
Langenberger Christiane · Ständerat · Waadt · Freisinnig-demokratische Fraktion · 2004-10-05
Wortprotokoll
Alors que l'"Armée XXI" est en phase de rodage, que le département doit faire face à de nouvelles coupes budgétaires, ayant pour conséquence la suppression de quelque 2500 emplois d'ici à 2010, nous voici une nouvelle fois confrontés à l'exercice annuel de l'examen du programme d'armement.
Ce programme s'inscrit dans une politique de sécurité qui doit nous permettre de résoudre la quadrature du cercle: assurer la défense de l'Etat en tant qu'entité politique, son intégrité territoriale; assumer toute une palette d'engagements s'étendant du soutien international à la paix et la gestion des crises à des engagements subsidiaires destinés à prévenir et à maîtriser les dangers existentiels, en passant par différentes interventions en faveur de la sécurité intérieure - sécurité à nos frontières, accompagnement de grands événements. Les critiques semblent dès lors programmées, quelles que soient les propositions du département, inspirées [PAGE 574] par des sensibilités politiques qui nous obligent à un savant dosage entre modernisme et conservatisme.
Face à un avenir plein d'incertitudes, à une sécurité internationale tout aussi incertaine, marquée à la fois par des conflits de type conventionnel et par des violences ethniques ou des actes terroristes, j'accepte pour ma part - sans enthousiasme il est vrai -, à une exception près, les achats proposés susceptibles de répondre aux besoins les plus urgents, à savoir la dernière tranche du système de guidage aérien Florako, les conteneurs de ravitaillement en carburant - encore que! -, quelque 100 000 casques de la nouvelle génération - les faut-il vraiment ou en tout cas, en faut-il 100 000? bref! -, et puis deux plateformes de simulation pour les exercices de combat.
J'approuve également l'achat de deux avions de transport. Ce choix n'est pas innocent: il marque notre volonté de poursuivre notre participation à des opérations de paix à l'étranger et de remplir ainsi, dans la mesure de nos moyens, notre rôle de membre à part entière de l'ONU. Il nous permet aussi de faire preuve de solidarité avec l'Union européenne, une attitude que nous ne devons pas sous-estimer. La plupart des dangers sont de nature internationale et vont de plus en plus nous contraindre - comme nos voisins, d'ailleurs - à rechercher des voies de collaboration et de coopération internationales nous permettant de mieux assurer notre propre sécurité. Dans bien des domaines, il devient complètement illusoire de vouloir agir de manière isolée.
Avant, la sécurité était avant tout l'affaire de chaque Etat. Aujourd'hui, les Etats cherchent ensemble des solutions solidaires. L'achat de ces deux avions nous autorise aussi à participer à un pool européen d'avions de transport. Elargissons notre accès à des avions plus importants, avec des missions en faveur du Département fédéral des affaires étrangères, le transport de réfugiés, l'évacuation de concitoyens hors de zones instables. Ces avions sont promis à de multiples engagements.
En revanche, je m'associe à la majorité de la commission qui repousse l'achat de 12 chars du génie et de déminage. Pourquoi? Plusieurs arguments ont dicté ce choix. Je reste convaincue que notre pays doit, malgré sa situation financière, maintenir sa capacité de défense afin de ne pas risquer une rapide perte de connaissances et de savoir-faire et surtout afin d'être un partenaire crédible dans le cadre de la politique de sécurité européenne. Mais précisément, à l'heure où l'Europe s'organise, intensifie ses efforts de "peacekeeping", il me paraît nécessaire de revoir dans quels domaines l'armée doit être à même de monter en puissance, de définir les types de menaces auxquels la Suisse doit se préparer, d'analyser la façon de coopérer avec les pays qui l'entourent, notamment et précisément en matière d'armement.
Nous avons accepté avec l'"Armée XXI" d'assurer la mobilité de l'infanterie avec des chars. Ce choix avait suscité une controverse à l'époque déjà. En effet, on ne peut pas dire que notre pays se prête particulièrement bien à des mouvements de chars. De plus, d'autres pays de l'Union européenne, privilégiés pourtant sur ce point, réduisent leur parc de chars en raison de la situation pacifique dans laquelle nous nous trouvons.
On nous a dit qu'il fallait pouvoir enseigner la technique de déminage. Certes, mais dans quel but? Pour déminer ce qu'un ennemi aurait miné dans notre pays? Vraiment? A l'étranger, oui, certainement! Mais avec ce type de chars? Et pourquoi en fallait-il 25 et aujourd'hui plus que 12? On cherche probablement à atteindre un certain perfectionnisme. Même au temps de la guerre froide, on ne disposait pas de tels moyens.
Je comprends certes qu'il soit délicat de repousser à plus tard certaines commandes. Il faut en effet tenir compte du temps de leur production, de la mise à disposition de la troupe, de l'augmentation du budget que cela représenterait pour l'année prochaine et de la difficulté d'imposer de nouvelles restrictions au DDPS, alors que les dépenses de l'armée ont été soumises durant ces dernières décennies à des réductions très importantes. Mais encore une fois, nous manquons d'explications s'inscrivant dans une politique de sécurité globale. C'est la raison qui nous a incités à demander par motion un débat de fond sur la politique générale du DDPS et des besoins de l'armée pour accomplir aussi les autres tâches qu'elle se voit confier.
Depuis la séance de la commission, le Conseil fédéral a également adapté sa conception de la politique de sécurité. Il semblerait, si je me réfère au communiqué de presse, que le Conseil fédéral ait décidé - compte tenu de la situation actuelle de la menace, mais aussi des moyens financiers à disposition - de "baisser" quelque peu l'aptitude à remplir pleinement la mission constitutionnelle de défense - et la disponibilité pour le faire - et de lui conférer un degré de priorité moins élevé que l'appui accordé aux autorités civiles, sous la forme d'engagements de sûreté et de soutien à la paix. Le Conseil fédéral a réagi en quelque sorte de la même manière que la commission, en demandant une nouvelle appréciation des objectifs, en fonction de la menace.
C'est ainsi que je dis oui à ce programme d'armement, tout en demandant que les concepteurs de notre politique de sécurité prouvent qu'ils ne sont pas en retard d'une guerre.