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Ménétrey-Savary Anne-Catherine · Nationalrat · 2000-06-19

Ménétrey-Savary Anne-Catherine · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2000-06-19

Wortprotokoll

J'interviens à la fois sur l'interpellation 98.3372 et la motion 98.3373.

Sur certains points, je serai plus nuancée que mon préopinant. Si je fais partie des gens qui se déplacent volontiers pour voir un match de football, une compétition de ski ou un meeting d'athlétisme, je sais aussi, comme la plupart des amateurs de sport d'élite, que le monde du sport est un monde d'argent, de chauvinisme, parfois de nationalisme, parfois de violence et souvent de dopage.

Le dopage est presque inhérent à un système de performances, où on vise le toujours plus haut, toujours plus fort, toujours plus vite. La réponse à l'interpellation nous apprend même que certains médecins proposent des produits de dopage pour corriger les méfaits des entraînements!

Selon l'avis de quelques spécialistes du sport, le coup de semonce de l'été 1998 n'a rien arrêté, au point qu'un éditorialiste écrivait récemment: "Tout montre qu'il n'existe pas de victoire sans dopage." Il faut dire qu'en plus de l'enjeu sportif, il y a là un enjeu économique important. Dans le journal "Le Temps" du 10 juin 2000, nous avons pu lire que Roche, qui produit de l'érythropoïétine (EPO), a enregistré un chiffre d'affaires de 490 millions de francs en 1999, ce qui représente 21 pour cent de plus qu'en 1998. Selon une estimation faite par un médecin du CHUV à Lausanne, 50 à 70 pour cent de l'EPO a été consacré à l'usage sportif. Les entreprises productrices, elles, apparemment, s'en lavent les mains puisqu'elles affirment qu'elles ne connaissent pas la situation et qu'elles sont incapables de faire la part entre le marché médical et non médical. Dans ce contexte, on a depuis longtemps le sentiment d'une certaine impuissance, et que nous sommes toujours en retard d'une guerre. [PAGE 740] Ici, comme pour les drogues illégales, les stratégies guerrières sont généralement vouées à l'échec.

Après ce préambule, j'en viens aux réponses du Conseil fédéral à l'interpellation et à la motion. Je suis d'accord avec le Conseil fédéral pour distinguer la consommation et la distribution. Introduire une norme pénale pour punir les consommateurs nous paraîtrait inconséquent, puisque nous avons exprimé le souhait de dépénaliser la consommation des drogues dans la révision de loi sur les stupéfiants. De plus, pour ma part, je ne comprends pas pourquoi on devrait stigmatiser les sportifs qui, dans un monde voué au culte de la performance, font ce que nous faisons tous. Pour accomplir nos performances, moins spectaculaires, mais néanmoins admirables, combien nous faut-il de caféine, de vitamines, de bêtabloquants, de stimulants, parfois d'amphétamines, voire d'antidépresseurs?

Je suis donc encore d'accord avec le Conseil fédéral pour introduire une norme pénale dans la loi encourageant la gymnastique et les sports. Personnellement, j'aurais encore préféré que ce soit dans la loi sur les stupéfiants, au risque d'allumer une polémique qui a déjà commencé à se faire jour.

Là où les choses se gâtent, c'est ce qui est prévu dans les réponses du Conseil fédéral à l'interpellation et à la motion au sujet des contrôles. A mon avis, le Conseil fédéral ne manifeste pas une fougue particulièrement marquée pour mettre fin à ces trafics. On se contente en quelque sorte de renvoyer assez mollement la balle aux cantons, à qui, dit le texte, il faudra "enjoindre d'assumer leurs responsabilités avec plus d'engagement".

En ce qui concerne les contrôles des fédérations et associations sportives, ils soulèvent aussi, à mon sens, quelques doutes, car ces fédérations ne se sont pas montrées très performantes jusqu'à maintenant et on peut se demander si elles ont suffisamment d'indépendance, si elles ne sont pas juges et parties. En fait, ce sont elles qui engagent les médecins dopeurs, et cela postule à notre sens un organisme de contrôle indépendant.

Enfin, en ce qui concerne la prévention, je dois dire que la réponse du Conseil fédéral me paraît pauvre. Nous ne sommes pas dans les solutions embryonnaires, nous sommes dans les limbes. Bien sûr, il y a 200 000 francs pour l'Ecole fédérale de sport de Macolin, mais c'est vraiment peu de chose. Dans la réponse donnée à M. Grobet, on dit qu'il y a des activités de prévention qui sont menées, mais que si elles devaient se développer, on n'aurait pas d'argent pour les réaliser. Voilà pourquoi, personnellement, je considère qu'on devrait transmettre la motion et voilà pourquoi je ne suis pas d'accord de la transformer en postulat, non pas, encore une fois, pour introduire une norme pénale, et pas pour les consommateurs, mais pour les contrôles et la prévention.

Je voudrais encore remarquer que la motion demande aussi une loi sur la santé des sportifs. Finalement, la santé des sportifs, c'est la seule chose qui est vraiment importante dans ce débat - plus que la morale, plus que les valeurs générales -, la santé surtout des adolescents champions, à qui non seulement on vole leur jeunesse en les contraignant à une vie réduite à des entraînements intensifs, mais dont on hypothèque en plus l'avenir en compromettant leur développement physique et psychologique, Là, c'est une préoccupation que l'on devrait mettre au premier plan.

En conclusion, je voudrais vous inviter à transmettre cette motion en vous faisant remarquer que la question du dopage n'est pas une question partisane. Tout à l'heure, M. Günter disait que la gauche est pour ceci, la droite pour cela. Moi, je crois que dans ces questions sur le dopage, tout le monde devrait se mettre ensemble pour prendre les mesures qui s'imposent.