Neirynck Jacques · Nationalrat · 2000-06-20
Neirynck Jacques · Nationalrat · Waadt · Christlichdemokratische Fraktion · 2000-06-20
Wortprotokoll
Dans ce chapitre, trois motions concernent l'entrée dans la révolution des systèmes de communication: la motion 00.3190, "Utilisation des technologies de l'information au profit de la démocratie directe", qui est acceptée comme motion par le Conseil fédéral; la motion 00.3194, "E-Switzerland" (L'Etat comme utilisateur modèle), qu'il demande de transformer en postulat, et enfin la motion 00.3208, "E-Switzerland", qui propose l'introduction de l'économie et de la formation dans les systèmes de communication, en partie transmise comme motion et en partie transformée en postulat.
Il s'agit en fait trois fois du même sujet, considéré sous des angles différents. La réalité est que nous vivons une révolution technique majeure qui est tout à fait comparable à la révolution Gutenberg. La révolution Gutenberg, c'était de passer du manuscrit vers l'imprimé. La révolution que nous vivons, c'est de passer de l'imprimé vers l'écran. Subitement, en une génération, le traitement et le transfert d'informations voient leur coût s'effondrer. On peut l'estimer à un facteur 10 000 et il est rare que, dans le développement de la technique, on puisse, en quelques années, gagner un facteur aussi important. Des applications tout à fait impossibles dans la technologie antérieure deviennent banales, en particulier Internet et le téléphone mobile.
Si on prend donc la motion 00.3218, "Libéralisation et privatisation de Swisscom, de la Poste et des CFF", elle est centrée sur le passé. Définir un service public pour le futur devrait être concerné au premier chef par l'accès universel et gratuit à Internet, et non plus par la distribution de courrier dans tous les villages de la Suisse. Dès lors qu'Internet serait rendu gratuit et universel, ce système deviendrait le foyer central de l'économie et du pouvoir. C'est à ce titre que le Parlement doit y prêter la plus grande attention. Je me permets de rappeler que la révolution Gutenberg, c'est-à-dire l'impression de la Bible comme premier ouvrage, a déclenché la Réforme et les guerres de religion. C'était enlever le pouvoir aux féodaux et aux moines et le donner aux commerçants, aux artisans et aux juristes.
On peut féliciter la commission pour son excellent travail et les motions qui sont proposées. Le groupe démocrate-chrétien, dont je suis le porte-parole, se range, pour les motions que j'ai mentionnées, aux déclarations du Conseil fédéral. Néanmoins, à titre personnel, je me permets de suggérer la plus grande attention à l'égard de la motion 00.3190 sur la démocratie directe. Nous ne sommes pas à l'avant-garde, nous sommes à l'arrière-garde puisque ce système existe déjà au Brésil. Mais il faut prendre garde, dans notre système politique, que la démocratie directe ne devienne pas une démocratie directe en temps réel, où la collecte des signatures pour une initiative populaire se fasse par Internet. Rapidement, la réalité du pouvoir nous échapperait.
De même, je suggère de transmettre comme telle la motion 00.3194 sur l'Etat comme utilisateur modèle de l'informatique. Il est parfaitement réaliste de viser 2003 comme échéance au-delà de laquelle l'échange d'informations ne transitera plus par le papier à l'intérieur de l'administration. Transformer cette motion en postulat revient à privilégier la situation existante, c'est-à-dire les niches d'incompétence où se dissimulent des fonctionnaires non seulement inutiles, mais aussi nuisibles par le fait même. 2003 doit devenir l'année de la Suisse sans papier.
Même remarque sur la motion 00.3208 sur l'introduction de la culture d'Internet dans l'industrie, la recherche et l'éducation. On ne peut pas transiger sur cet objectif prioritaire qui doit demeurer impératif. Il n'est pas facultatif d'entrer dans l'avenir, c'est obligatoire, sinon on demeure dans le passé.