Maitre Jean-Philippe · 2005-02-28
Maitre Jean-Philippe · 2005-02-28
Wortprotokoll
Je déclare ouverte cette session de printemps 2005.
Monsieur le président de la Confédération, Monsieur le conseiller fédéral, Monsieur le président du Conseil des Etats, Madame la chancelière de la Confédération, mes chers collègues,
Lorsque, au premier jour de la session d'hiver 2004, vous m'avez fait la joie et l'honneur de me porter à la présidence de notre conseil, la seule chose à laquelle je ne pensais vraiment pas est qu'il me faudrait remettre ce mandat à l'ouverture de cette session de printemps. Quelques semaines seulement, alors que je me réjouissais de servir pour une belle année!
Ma foi, le philosophe Epicure disait: "Celui qui ne sait pas se contenter de peu ne sera jamais content de rien." Alors je cherche à m'inspirer de cette tonique sagesse. Car les faits sont là, à la survenance desquels on ne peut rien changer.
Sans rendez-vous, la vie vous rappelle à la modestie et peut, tout soudain, vous inviter à donner votre énergie pour d'autres combats que ceux que vous avez menés jusqu'ici. C'est ce que je fais, avec la conviction voulue, et cela me conduit à prendre congé de notre Parlement.
Je sais que la disponibilité des vice-présidents, Claude Janiak et Christine Egerszegi, celle du président du Conseil des Etats, Bruno Frick, ainsi que l'engagement des Services du Parlement, dirigés avec compétence par notre secrétaire générale Mariangela Wallimann, m'auraient permis d'assumer une partie des charges qui m'étaient dévolues cette année. Je le sais parce que j'ai pu le vérifier depuis le mois de janvier, ce qui me vaut ici de leur dire mes sentiments de très profonde gratitude. Mais poursuivre une présidence qu'on ne pourra pas exercer à fond, pendant toute la durée prévue, serait à mes yeux manquer de respect à votre égard, à l'égard de mon groupe parlementaire et à l'égard de l'institution. Voilà pourquoi j'ai décidé de renoncer à ce mandat.
C'est ce même sentiment de respect qui me conduit depuis cette place à vous dire au revoir aujourd'hui. Quels que soient nos accords ou nos divergences d'idées, quels qu'aient été nos appartenances, nos alliances ou nos affrontements politiques, la moindre des choses est que je ne file pas à l'anglaise et que je vous dise donc merci de vive voix. Merci pour toutes ces années de travail où j'ai eu la chance, avec vous, d'approfondir de nombreux sujets, parfois de contribuer à l'émergence de solutions sur plusieurs dossiers qui m'ont passionné, notamment sur le plan économique, fiscal, des affaires extérieures ou de la politique institutionnelle. Merci de m'avoir permis de présider la Commission de politique extérieure, puis celle de l'économie et des redevances.
Un merci tout particulier à mon groupe parlementaire avec lequel, notamment comme président, j'ai vécu des heures intenses au service des valeurs de liberté, de responsabilité et de solidarité, pour autant qu'on ne veuille pas les opposer - ce que suggère, hélas, la mode actuelle de la polarisation politique -, mais au contraire les décliner ensemble comme un tout indissociable. Ces valeurs de liberté, de responsabilité et de solidarité donnent à notre société une perspective d'équilibre: c'est-à-dire une chance réelle de replacer l'être humain au centre de toutes les préoccupations et de toutes les ambitions.
Je dis enfin, du fond du coeur, ma gratitude pour la réelle amitié entretenue avec plusieurs d'entre vous, ce qui montre bien que la politique est aussi l'art de vivre des rapports humains de qualité.
Je termine sur une réflexion toute personnelle et concrète dont je prends la liberté de tirer un enseignement politique. Je n'avais jusqu'ici jamais eu de problème de santé. Inconsciemment, parce que le contraire eût été arrogant ou cynique, j'imaginais que la maladie était ce qui pouvait n'arriver qu'aux autres. La veille de Noël m'a appris l'inattendue fragilité des choses: rien n'est jamais acquis.
Il en va de même pour notre pays. Certes nous avons en comparaison internationale une situation enviable, notamment sur le plan économique et sur le plan social. Cette situation est pour une bonne part due aux mérites propres de la Suisse et il n'y a pas à en rougir. D'aucuns seront tentés d'en déduire qu'en continuant ainsi, sans rien changer, alors que des réformes s'imposent, nous préserverons aisément nos standards. Ils n'ont sans doute pas encore vu que plusieurs pays - y compris ceux pour lesquels certains commentateurs avaient jusqu'ici une sorte de condescendance - nous rattrapent pas à pas. Et surtout, ils ne voient pas que nous vivons dans un monde qui a profondément changé: le monde de l'interdépendance. Dès lors, refuser de participer [PAGE 2] d'une manière ou d'une autre aux réseaux et aux ensembles qui ont pour vocation de coopérer et de construire sur le plan économique, social, culturel et politique revient à terme à fragiliser notre pays.
Nous aurons en cette année 2005 deux scrutins populaires qui portent sur le thème de l'interdépendance. Je souhaite ardemment que le peuple suisse, en soutenant ce qui est proposé par le Conseil fédéral et par le Parlement, se souvienne que, comme en matière de santé, rien n'est jamais définitivement acquis, que des situations jusqu'ici solides peuvent rapidement devenir incertaines; plus concrètement, que notre pays, qui tire une part essentielle de son niveau de vie de son aptitude à coopérer avec les autres Etats, et en particulier avec ceux de l'Union européenne, ne choisisse pas la voie qui isole. Il ne faut pas se laisser séduire par l'attitude paradoxale d'une fierté mal placée, qui, à l'opposé du patriotisme, n'exprime que la crainte d'affronter l'avenir.
Voilà, je vous dis au revoir. Nombreux sont parmi vous celles et ceux qui savent que cet au revoir est accompagné d'un sentiment d'affectueuse estime. Je passe le témoin à Monsieur le vice-président Claude Janiak. Merci. (Standing Ovation)