Chiffelle Pierre · Nationalrat · 2000-06-21
Chiffelle Pierre · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2000-06-21
Wortprotokoll
Il est assez rare que ce Parlement discute de sujets qui auront des conséquences concrètes pour la vie quotidienne de chaque citoyen. Et pourtant, quand il le fait, que se passe-t-il? La salle est aux quatre cinquièmes vide, dirons-nous. Voilà qui donne une bonne idée des préoccupations qu'ont les politiciens quant aux soucis quotidiens qui sont ceux de leurs concitoyens!
Ce que propose l'initiative populaire "Rues pour tous" concerne la vie quotidienne de chacun parce que cela concerne avant tout les soucis qui sont ceux de tous les jours, des enfants, de leurs parents, des personnes âgées dans les villes. Et pourtant, apparemment, ici tout le monde s'en moque, ou bien en tout cas la majorité a-t-elle déjà décidé que la déesse bagnole étant apparemment ce qu'elle est dans cette société, il est totalement inutile de vouloir se préoccuper de ce genre de problèmes.
Je crois que c'est l'occasion de dire, alors, quel est réellement le but de cette initiative, et ce contrairement aux procès d'intention qui lui ont été faits tout à l'heure par ses nombreux opposants. Elle postule quelque chose de tout simple, qui n'a véritablement rien du tout à voir avec l'initiative "Actif-trafic", que d'aucuns avaient baptisée "Rétrotrafic". Elle postule une mesure pragmatique toute simple: elle veut que l'exception du 30 km/h devienne la règle et que la règle du 50 km/h dans les localités devienne l'exception. Elle a donc pour but certes de diminuer la pollution, certes de diminuer le bruit et les risques en cas d'accidents, mais en rien de réduire le trafic. Il doit être clairement affirmé ici qu'aucun véhicule automobile quelconque ne sera interdit où que ce soit, il lui sera simplement demandé de se déplacer à une vitesse qui est tolérable pour l'ensemble des usagers et finalement, avantageuse pour toute la société. C'est un état d'esprit nouveau qu'il s'agit d'instaurer et auquel aspire un nombre toujours plus grand de citoyens dans nos villes, qui finissent d'ailleurs par être la majorité de nos concitoyens, de telle sorte qu'on ne peut véritablement balayer leurs préoccupations de la sorte. C'est un art de vivre dans la cité, une convivialité à laquelle aspirent de nombreuses personnes dans les villes et aussi dans les petites bourgades.
Il y a lieu ici de battre en brèche un certain nombre de reproches ou d'arguments faciles et répétitifs qu'on entend chaque fois qu'une réduction de la liberté de déplacement des automobiles est en jeu. Ainsi, Mme Polla a, par exemple, fait allusion à la nécessité de penser aux commerçants. J'ai envie de lui dire que finalement on les verra beaucoup mieux, les vitrines des commerçants à 30 km/h que si on fonce à 50 km/h. D'ailleurs, chaque fois que les commerçants se sont opposés à une mesure quelconque, zones piétonnes, etc., l'expérience a démontré, mais à chaque fois, et dans toutes les villes d'Europe et de Suisse, qu'ils s'en mordaient les doigts et que, finalement, leurs affaires tournaient très bien puisque les zones piétonnes, et la convivialité qui y régnait, amenaient plus de chalands dans leur échoppe et faisaient augmenter leur chiffre d'affaires.
Vous poursuivez donc un véritable fantasme dans les milieux des commerçants en prétendant que la présence d'une voiture pratiquement jusque dans le magasin est la condition sine qua non de la marche des affaires.
Tout le monde l'admet, même le Conseil fédéral dans son message, la sécurité est nettement améliorée, notamment pour les enfants, dans les villes où des zones 30 km/h ont été introduites à large échelle. Personne ne peut le contester. Est-ce que quelqu'un ici a le front de dire qu'il ne vaut pas la peine de sauver ne serait-ce que quelques dizaines de vies d'enfants par année en instaurant cette règle dans l'ensemble de notre pays?
Il a aussi été dit dans le cadre de ce débat que, finalement, on ne pouvait pas imposer d'en haut une telle mesure. Dans tous les domaines qui ont trait à la sécurité routière, il est évident que seule l'uniformité des règles peut atteindre le but visé, puisqu'on ne peut pas attendre des usagers qu'ils changent leur comportement en fonction du lieu où ils se trouvent, dès lors que l'on circule dans tout le pays. A l'évidence, on a pu introduire le 50 km/h au lieu du 60 km/h, il y a quelques années, dans les localités, avec les mêmes cris d'orfraie dans les mêmes rangs d'opposants, et aujourd'hui tout le monde se satisfait de cette mesure. Une société doit progresser, et la mesure tendant à faire du 30 km/h la règle au lieu de l'exception ne pourra apporter qu'un mieux-être sans mettre quoi que ce soit en péril.
Je vous invite dès lors à soutenir l'initiative populaire "Rues pour tous".