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Ménétrey-Savary Anne-Catherine · Nationalrat · 2000-06-21

Ménétrey-Savary Anne-Catherine · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2000-06-21

Wortprotokoll

Il y a quelques années, sur les murs de ma ville, des jeunes avaient écrit "La vie, vite .... je t'aime toujours!" Ils se moquaient aussi des adultes en disant: "Les gens sont tellement pressés d'aller s'enfermer au bureau qu'ils écraseraient leurs semblables pour y être plus vite!" Cette tendance n'a fait que s'accentuer, selon la logique d'une mobilité toujours plus valorisée, toujours plus frénétique, pas forcément plus rapide, mais souvent plus agressive et plus chaotique. Il y a longtemps que les Verts demandent qu'on sorte de cette logique mortifère du "toujours plus" au profit d'une vie peut-être ralentie, mais d'une vie de meilleure qualité.

Cela ne vaut pas la peine, Madame Polla, de vouloir à tout prix avancer si c'est pour aller droit dans le mur ou dans l'impasse. L'initiative populaire "Rues pour tous" nous aide à franchir ce pas vers une autre culture de la mobilité et des espaces publics: des rues pour se déplacer et des rues aussi pour s'arrêter, pour jouer, pour fêter, pour se rencontrer. C'est un pari difficile, mais pour autant, ce n'est pas un pari stupide ni débile, Monsieur Schenk.

Alors que le nombre de véhicules a augmenté ces trente dernières années de 250 pour cent, le nombre des accidents mortels a beaucoup diminué. Certes, cette évolution est multifactorielle, mais la limitation de la vitesse y tient une bonne place. Cela a déjà été dit ce matin, mais c'est quelque chose qui m'a beaucoup impressionnée, le message du Conseil fédéral le rappelle, un piéton renversé par un véhicule roulant à 50 km/h a 85 pour cent de risque d'en mourir, alors que ce risque tombe à 10 pour cent si le véhicule roule à 30 km/h. Un piéton tué, c'est dramatique en soi, mais songez à la hantise que représente pour chacun de nous l'idée que nous pourrions avoir tué un enfant simplement en roulant trop vite. Personnellement, je suis prête à accepter toutes les limitations de vitesse pour m'éviter ce véritable cauchemar.

Le message du Conseil fédéral reconnaît aussi que la réduction de la vitesse diminue de manière significative le bruit, les émissions polluantes, la consommation de [PAGE 789] carburant. Elle a également pour effet la détente et l'amélioration du climat du trafic, ainsi que l'homogénéisation du flux des véhicules. En définitive, il semble même possible de gagner du temps, comme le montre une expérience dans la banlieue de Turin, où la réduction de la vitesse à 30 km/h, le rétrécissement de la chaussée de l'axe principal ainsi que le remplacement des feux par un giratoire ont permis de réduire d'un tiers le temps nécessaire pour traverser cette agglomération de 45 000 habitants.

Que veut-on de plus? Ce qu'on veut de plus, c'est bien sûr que les gens respectent les limitations de vitesse. On fait souvent peur aux gens en leur brandissant cette image menaçante d'un cortège d'escargots traversant les localités. Mais en fait, c'est déjà souvent comme ça! Car on roule sur les grands axes en ville à moins de 30 km/h à cause des embouteillages, à cause des passages pour piétons, à cause des feux, etc. Le paradoxe, c'est qu'on fonce ensuite sur les routes secondaires pour se rattraper! C'est cela qu'il faut corriger.

On en a aussi parlé, la réduction de la vitesse à 30 km/h, selon le message du Conseil fédéral, permettrait d'épargner 200 millions de francs sur le coût des accidents. Justement, cette somme permettrait d'amortir en dix ans les investissements nécessaires pour l'aménagement des chaussées, afin que les limites de vitesse soient respectées.

Je rappelle encore que tous, nous avons des souvenirs de dimanches sans voitures, de dimanches rendus incirculables par la neige, de villes ralenties, d'avenues ouvertes et conviviales. Ce n'est pas cela que l'initiative demande. Elle demande simplement qu'on puisse retrouver le plaisir de routes effectivement pour tous. En acceptant cette initiative, offrons-nous ce cadeau, et offrons-le aux habitantes et aux habitants de ce pays.