Epiney Simon · Ständerat · 2004-06-09
Epiney Simon · Ständerat · Wallis · Christlichdemokratische Fraktion · 2004-06-09
Wortprotokoll
La décision relative à l'octroi d'un crédit à Suisse Tourisme relève davantage de l'option politique que de l'option financière. Certes, l'endettement excessif de la Confédération ou le frein aux dépenses doivent orienter notre choix, mais la vraie question est la suivante: dans quelle mesure la Confédération doit-elle intervenir dans le secteur touristique? Deux éléments: le plan international d'abord, le plan intérieur ensuite.
1. Sur le plan international, nous constatons que le secteur touristique est un secteur qui a beaucoup progressé, pour ne pas dire celui qui a le plus progressé, ces dernières années à travers le monde. En effet, les gens voyagent davantage, les coûts de transport sont dérisoires - 48 euros pour se déplacer de Genève à Barcelone, par exemple -, les temps de trajet diminuent, les frontières s'ouvrent, les technologies de l'information poussent davantage en direction des pays exotiques, le temps de travail diminue, les gens restent en forme à la retraite, ils vivent plus longtemps, le niveau de vie augmente, on visite le maximum de sites en un minimum de temps, et très souvent selon un programme préétabli, voire sous forme de "package".
2. Tous les pays, y compris les Etats-Unis, chantres du libéralisme économique, soutiennent le tourisme. D'ailleurs, ceux qui investissent le plus en retirent les plus grands profits. Un seul exemple: la Pologne a passé du 64e rang au 13e rang des pays touristiques. Par comparaison internationale, le secteur touristique helvétique, déjà pénalisé par la cherté du franc et le niveau de vie élevé, est confronté à une véritable distorsion de concurrence. Un exemple: le Tyrol verse 21 millions de francs, contre 5 millions de francs pour les Grisons, à la promotion touristique.
3. L'OCDE constate elle-même que la Suisse n'alloue que des moyens modestes au secteur touristique via Suisse Tourisme, la TVA réduite, les crédits LIM ou les crédits hôteliers.
Sur le plan intérieur, le tourisme est le troisième secteur d'exportation - avec 60 pour cent des nuitées étrangères -, derrière l'industrie des machines et la chimie. C'est 30 milliards de francs de recettes, sans compter les retombées indirectes pour les transports, l'industrie, le commerce, les indépendants. C'est 200 000 emplois directs, et vraisemblablement près de 300 000 emplois au total qui dépendent du secteur touristique.
Dans beaucoup de régions périphériques, le tourisme est une carte forcée. La diversification économique est en effet un leurre; il n'y a pas d'alternative crédible au tourisme. Or, chaque région a le droit d'exister économiquement et de pouvoir jouer ses propres atouts. On constate que l'étau se resserre sur les régions touristiques, avec le désengagement de l'Etat, le frein aux dépenses, les programmes d'allègement, le report des charges sur les collectivités en aval, une restriction de la politique régionale, une véritable cloche de protection qui entoure notamment l'Arc alpin.
Dès lors, la Confédération ne peut pas se désintéresser de ces régions et de ce secteur.
D'ailleurs, l'article 2 alinéa 2 de la Constitution fédérale l'y oblige puisque la Confédération doit favoriser la prospérité commune, donc tenir compte de tous les paramètres, y compris des atouts des régions, et garantir une certaine égalité des chances entre les différentes régions du pays.
Malgré la chute du nombre de nuitées due à un certain immobilisme, il faut bien le dire, et parfois une certaine suffisance, ainsi qu'à des éléments extérieurs comme le 11 septembre 2001, le "grounding" de Swissair, le SRAS, les problèmes en Irak, en Afghanistan ou en Palestine, ou tout simplement à cause de la mauvaise conjoncture, le tourisme reste malgré tout porteur d'espoir en termes de paysages, de sites connus mondialement, des atouts de la Suisse, que ce soit dans le transport, la propreté et surtout la sécurité, qui sera un des atouts majeurs de ces prochaines années.
Le tourisme est d'ailleurs lié aux lieux de production: il ne se délocalise pas, il a permis d'enrayer l'exode rural ou de générer un bien-être partout dans le pays. Dans ce contexte, la Confédération doit assumer ses responsabilités, même si, en définitive, c'est le marché qui décide. Elle doit intervenir là où la survie des régions est en jeu. A l'extérieur, c'est la destination "Suisse" qu'il convient de vendre par le canal de Suisse Tourisme. On ne vend pas des nuitées par l'intermédiaire de Suisse Tourisme, on vend un pays, avec son industrie, son agriculture, ses différents atouts, ses compétences et ce qui fait sa célébrité. L'aide de l'Etat doit cependant être subordonnée à des conditions beaucoup plus strictes que par le passé. En effet, le système de l'arrosoir est dépassé. L'aide, dorénavant, doit être ciblée en fonction de projets qui sont porteurs d'espoir, générateurs d'emplois et empreints d'une certaine innovation.
L'aide de l'Etat ne saurait maintenir artificiellement en vie des structures désuètes, des canards boiteux; elle ne saurait servir de prime à l'incompétence; elle ne saurait également servir de viatique à tous ceux qui n'ont pas travaillé, qui n'ont pas su provisionner ou renouveler constamment les équipements. L'aide étatique doit donc se borner à jouer un rôle d'aiguillon; elle doit servir à l'accompagnement de la restructuration de certains secteurs en les obligeant par exemple à se regrouper, à adhérer à un fonds pour l'équipement, à adhérer à un centre de vente d'une destination globale, etc. [PAGE 307]
Dès lors, 230 millions de francs sur cinq ans pour Suisse Tourisme, ce n'est pas une subvention, c'est un investissement pour l'avenir du pays.