Bugnon André · Nationalrat · 2005-03-17
Bugnon André · Nationalrat · Waadt · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2005-03-17
Wortprotokoll
Chaque fois qu'on a une discussion sur le type d'économies qu'il faut faire, sur l'opportunité d'en faire ou de continuer de dépenser plus qu'on encaisse, même si c'est inhérent au Parlement de présenter des visions différentes des choses: les uns disent que c'est toujours trop tôt ou trop rapide pour redresser la situation financière ou que ce n'est pas la bonne manière d'agir, et les autres disent que ce n'est pas normal qu'un Etat continue de s'endetter de la sorte.
Je parle au nom de la commission dont la majorité des membres vous recommande d'adopter cette motion, et je vais commenter les différentes interventions.
J'évoquerai d'abord les interventions des orateurs de gauche, puis celles des membres du groupe démocrate-chrétien.
Bien sûr, vous avez raison, on peut bien comprendre que le Conseil fédéral rencontre des difficultés supplémentaires si on lui dit: "Maintenant, vous devez parvenir à équilibrer le budget 2006." Il y a déjà le programme d'allègement budgétaire 2004 et tous les programmes destinés à redresser la situation financière de la Confédération: on peut donc bien comprendre vos considérations techniques.
Mais, ce qui ne va pas, c'est que ceux qui disent cela sont ceux-là mêmes qui ont lutté contre le frein à l'endettement tout à l'heure et qui luttent systématiquement contre toutes les mesures d'économies; ce sont ceux qui disent éternellement qu'on peut continuer de dépenser plus, que le fait de dépenser a des effets positifs sur la conjoncture, comme s'il n'y avait pas lieu de limiter l'endettement ainsi que le fait de faire des déficits. On ne peut pas être d'accord avec ce point de vue. Alors, il faut tenir des discours en harmonie avec la possibilité ou l'impossibilité technique de redresser les finances pour 2006, et il faut aussi se montrer cohérent en soutenant les programmes d'allègement ou le principe du frein aux dépenses.
Le groupe démocrate-chrétien a donné son point de vue. Monsieur Walker Felix a fait des considérations techniques en disant qu'il fallait faire confiance au Conseil fédéral, qu'on ne pouvait pas aller plus vite que la musique. Ce sont des propos sages, comme il a l'habitude d'en tenir, et je n'ai rien à redire à cela.
Par contre, l'intervention de Monsieur Loepfe m'étonne - d'ailleurs ses interventions m'étonnent toujours. Monsieur Loepfe, systématiquement, en Commission des finances, argumente de façon incisive et très ferme; il adopte un style militaire: "Il faut économiser!", "On n'a pas le droit de dépenser plus!", etc. Puis, chaque fois qu'on vote, il vote le contraire de ce que son argumentation laissait entendre, parce qu'il y a encore une raison valable pour accepter tel crédit ou telle proposition. J'espère qu'il n'a pas trop d'insomnies, car le fait d'avoir des points de vue diamétralement opposés entre le discours et le vote ne doit pas être très sain pour le sommeil!
Quant à Monsieur Darbellay, il fait systématiquement une crise contre le groupe UDC chaque fois que celui-ci fait une proposition, tout en se ralliant par ailleurs à la politique de l'UDC - il l'a dit: "On sera d'accord avec vous pour un programme d'assainissement ou un budget équilibré en 2007; mais maintenant, c'est trop tôt, etc., car quelles seront les conséquences pour l'agriculture? pour les routes nationales?" Je vous attends, Monsieur Darbellay, l'année prochaine lorsqu'on votera le budget 2007, qui devra présenter un déficit de zéro franc - il aura fallu prendre de nouvelles mesures d'économies pour y parvenir. J'attends que vous veniez dire ici: "Je soutiens le projet de budget 2007 du Conseil fédéral, même s'il a des effets négatifs sur les cantons, sur la construction des routes nationales et sur l'agriculture." J'espère que vous viendrez le dire ici, parce que chaque fois que vous vous opposez aux propositions d'assainissement des finances fédérales, vous faites une crise contre ceux qui les proposent, en l'occurrence les groupes UDC et radical-libéral. Mais il faudra soutenir aussi une bonne fois le projet du Conseil fédéral et parvenir à proposer un budget sans déficit en 2007. C'est là qu'on verra bien ce que cela donnera! Vous me donnez l'impression d'être celui qui met toujours une patte autour du marteau pour taper sur le clou afin que le clou ait moins mal quand on veut l'enfoncer.
Ceci dit, la question de l'agriculture a été évoquée, et je comprends le souci que les représentants de l'agriculture ont exprimé à cette tribune. Mais à force d'avoir mené une politique déficitaire pendant plus de quinze ans, qui a comme conséquence que ça nous coûte entre 3,5 et 4 milliards de francs d'intérêts par année, si on ne prend pas des mesures le plus rapidement possible pour limiter cette situation déficitaire, il y aura toujours plus de programmes d'allègement; il y aura aussi toujours plus de contraintes pesant sur l'agriculture et moins de moyens pour financer les paiements directs et le programme agricole. Il faut le savoir. S'il n'y avait pas ces 3,5 à 4 milliards de francs d'intérêts annuels, on n'aurait pas le programme d'allègement budgétaire, on n'aurait pas de contraintes pesant sur l'agriculture. Donc, à la limite, on court avec la tête dans le sac en se disant: "Non mais, il faut repousser, toujours, toujours et encore!", mais à l'échéance, ce sera encore pire qu'actuellement. Cela, il faut le savoir. C'est donc en défendant des budgets assainis qu'on défend le maintien de soutiens financiers à l'agriculture. Car autrement, les conséquences seront encore plus dramatiques à moyen terme qu'actuellement.
Je vous recommande, au nom de la commission, d'adopter cette motion.