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Berger Michèle · Ständerat · 2000-06-06

Berger Michèle · Ständerat · Neuenburg · Freisinnig-demokratische Fraktion · 2000-06-06

Wortprotokoll

Chaque année, quelque 2000 étudiants étrangers diplômés des universités et des écoles polytechniques fédérales sont obligés de quitter le territoire. Ils sont interdits de travail malgré les demandes de l'économie en personnel qualifié. Ils représentent une perte de savoir pour l'ensemble du pays. Leur départ de la Suisse n'est pas une simple obligation, elle est une condition pour que les étrangers puissent venir étudier en Suisse.

Si on admet qu'un étudiant coûte 70 000 francs par année, il en résulte que la formation d'une seule personne coûte environ 300 000 francs pour un temps d'étude moyen de quatre ans et demi. En 1998, selon l'Office fédéral de la statistique, 1200 étrangers ont obtenu une licence ou un diplôme EPF, et environ 890 étrangers ont défendu avec succès leur thèse de doctorat. Au niveau financier, la perte est de l'ordre de 60 millions de francs, somme perdue totalement pour le pays. La perte est non seulement financière, elle l'est également au niveau humain lorsqu'il s'agit de personnes bien intégrées.

Cette situation nous semble devoir être réglée au plus vite, d'autant plus que de nombreux Suisses quittent aussi le pays pour aller dans des pays très attractifs pour de jeunes scientifiques. Nous connaissons déjà la fuite des cerveaux de l'après-guerre, qui s'est d'ailleurs accrue avec la conquête spatiale. Ce phénomène inquiétant, auquel s'ajoutent aujourd'hui les facilités d'accès avec la carte de séjour, la "green card", pour les doctorants qui souhaitent rester aux [PAGE 274] Etats-Unis au terme de leur séjour académique, et l'augmentation des visas accordés aux chercheurs, doivent nous faire agir immédiatement.

Nous ne devons pas oublier non plus que nous prônons la mobilité de nos étudiants, notamment pour les plus doués d'entre eux, en leur facilitant un cursus à l'étranger et que, par ce biais, des talents de moins de 25 ans pourraient, avec les facilités qui leur sont accordées, rester aux Etats-Unis, en Allemagne ou au Québec. Il est bon de rappeler qu'en proportion, la Suisse est le pays européen qui envoie le plus d'étudiants aux Etats-Unis. Selon les statistiques américaines, ils étaient 1867 jeunes Suisses à occuper les bancs des institutions américaines en 1998/1999.

Bien que nous sachions qu'il manque encore du personnel qualifié, malgré la priorité que nous mettons à orienter les étudiants, dans les HES ou les Hautes écoles, à se tourner vers la technologie, il ne suffit pas de constater avec affolement que la fuite des cerveaux s'amplifie. Au lieu d'une situation de constat, il faut réagir, et vite, en offrant, nous aussi, la possibilité aux doctorants et aux chercheurs étrangers de rester chez nous, pour autant que la Confédération a fortement investi dans leur formation. Mais il faudra, encore et surtout, offrir des conditions de travail plus informelles, mettre en place des facilités pour la création de start-up, afin d'offrir un cadre suffisamment attrayant pour convaincre nos talents expatriés de revenir.

Aujourd'hui, la Suisse est mise sous pression. Il est urgent d'agir et d'accueillir très vite les jeunes chercheurs étrangers formés chaque année dans nos écoles polytechniques fédérales, nos universités, et également ceux des centres de recherche privés qui souhaitent rester en Suisse.

Nous remercions donc le Conseil fédéral d'accepter notre recommandation, et nous espérons que nos collègues du Conseil des Etats y seront également sensibles et l'accepteront.

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