Couchepin Pascal · Bundesrat · 2000-06-06
Couchepin Pascal · Bundesrat · Wallis · 2000-06-06
Wortprotokoll
Je peux passer aux aveux et dire, un peu comme M. Bürgi, que la première fois que j'ai vu cette motion, j'ai été même un peu plus ambivalent que lui, j'ai été franchement négatif, pour répondre aux préoccupations évoquées notamment par M. Plattner. En effet, notre volonté, c'est de faire que les HES ne soient pas [PAGE 264] une sorte d'université B, comme cela a pu être le cas dans un pays du Nord voisin, où les "Fachhochschulen" n'ont pas le statut qu'on veut leur donner en Suisse. C'est vrai aussi, comme l'a dit M. Bieri, que la décision prise hier par le Conseil national d'accepter une motion Imhof, sauf erreur, contre notre volonté, est en partie contradictoire avec ce que nous préconisons aujourd'hui, c'est-à-dire transmettre la motion Beerli.
Qu'est-ce qui nous a fait quand même, après un certain nombre de discussions, accepter la motion Beerli? Tout d'abord, il y avait une tradition dans l'office qui était assez simple: on dit non à tout et on verra bien dans la pratique ce qu'on fait. J'ai dit que ce n'était peut-être pas la technique qu'il fallait utiliser à l'avenir de manière systématique: dire non, tout repousser et voir ensuite ce qu'on peut faire. Il faut commencer à bouger, d'autant plus que dans le domaine de la formation professionnelle, depuis ce printemps, il y a toute une vague d'émotions, de motions, de postulats et de suggestions qui sont faits. Je note d'ailleurs au passage que lorsque j'ai commencé ma courte carrière de conseiller fédéral, on avait un grand taux de chômage. A l'époque, on nous poussait à faire beaucoup de choses dans le domaine du chômage. On a dit qu'on maintenait notre politique. Aujourd'hui, le taux de chômage a baissé, mais à l'époque on nous disait que c'était la croissance qui manquait et que nous étions incapables d'en produire. Il fallait absolument agir et être actif dans le domaine de la croissance. Aujourd'hui, la croissance est non seulement repartie, mais elle atteint un niveau qui est presque inquiétant - ce n'est pas encore le cas -, mais qui pose un certain nombre de questions quant à l'inflation à long terme. Alors, aujourd'hui, trois problèmes restent très vifs et émotionnellement chargés: la formation professionnelle, la politique régionale et le travail au noir. Nous sommes conscients que c'est sur ces trois points que, dans les mois qui viennent, le Département fédéral de l'économie qui a, par ailleurs beaucoup de succès actuellement - pas toujours à cause de lui, mais au moins il n'a rien fait contre -, aura à répondre.
Revenons à la formation professionnelle. Il est vrai que, dans ce domaine, il y a beaucoup d'idées et qu'il y a eu toute une série de suggestions qui ont été faites pour lancer une "Bildungsoffensive", une offensive de la formation. Alors, est-ce qu'il fallait, dans cette perspective, dire non à une proposition - j'y reviendrai -, qui a quelque chose pour elle, qui ne met pas en cause le système et qui va dans le sens d'une ouverture plus grande à ces préoccupations? Faut-il dire non et être ensuite confrontés à un programme extraordinaire avec une demande de crédit de plusieurs dizaines de millions, une centaine de millions de francs, qui devrait de manière volontariste, par les moyens financiers de l'Etat, promouvoir ce qu'on peut promouvoir à travers une mesure limitée qui est celle que préconise Mme Beerli? Notre point de vue était tout à fait ambivalent, mais, à la fin, nous avons accepté la motion Beerli; qu'elle soit transmise sous forme de motion ou de postulat n'est pas important, c'est la direction qui est essentielle.
C'est vrai que dans le domaine de la technologie de l'information, il est difficile de trouver des places d'apprentissage. Assez souvent, les jeunes qui sortent du gymnase ne trouvent pas de place parce qu'ils ne rapportent rien, qu'ils sont inutiles. Si on leur dit: "Ecoutez, on vous prend une année et ensuite vous quittez pour les HES", c'est évidemment sans espoir, ils trouveront peu de place d'apprentissage pour faire cette année de pratique. Par contre, s'ils peuvent commencer leurs études aux HES et ensuite, dans un délai court, faire cette année d'apprentissage, ils pourront plus facilement faire le stage pratique parce qu'ils auront un certain bagage qui les rendra économiquement utiles.
Ce n'est pas le cas s'ils sortent simplement de la période gymnasiale.
Pourquoi, Monsieur Plattner, a-t-on élargi cette exception qui, je le souligne, est limitée dans le temps et qui ne doit pas devenir une règle? On ne l'a pas limitée seulement aux professions IT ("information technology"). En effet, personne ne peut nous dire comment évoluera l'économie et ses besoins dans les années qui viennent. Qui aurait pensé, il y a sept à huit ans, qu'on aurait aujourd'hui une telle soif d'informaticiens et que de partout on nous demande pourquoi nous n'avons pas prévu un tel besoin de l'industrie informatique, et pourquoi nous n'avons pas fait des efforts depuis des années déjà pour fournir des informaticiens? Je ne sais pas si cette disposition servira dans le cas de besoins qui se feront sentir dans d'autres professions dans les années qui viennent. Je ne voudrais pas que, dans cinq, six ans - les lois changent plus vite que dans le passé, mais quand même, elles durent quelque peu -, on nous dise: "A l'époque, vous auriez pu non seulement penser aux informaticiens, mais aussi à cette profession, dans le domaine de la biotechnologie par exemple, en train de se développer très rapidement, qui a besoin de main-d'oeuvre. Il faut absolument élargir durant une période limitée les possibilités d'accès à des formations HES dans cette profession." Nous n'avons pas d'idée précise, mais nous nous disons que si nous ouvrons des possibilités, exceptionnellement et de manière limitée dans le temps, il faut que cela serve à d'autres professions, si les besoins s'en font sentir dans les années à venir.
Tout à l'heure, nous avons eu un intéressant débat sur la loi sur la promotion des exportations, dont Mme Forster disait qu'elle était trop générale et qu'elle ne contenait rien de concret. M. Merz lui a répondu qu'il faut des lois générales qui permettent de s'adapter assez rapidement à la réalité. C'est un conflit éternel. Si le projet de loi est assez large, pour un certain nombre de bonnes raisons le Parlement considère qu'on le court-circuite, et si on fait une loi trop étroite, on se fait probablement interpeller quelques années plus tard par d'autres parlementaires qui regretteront le manque de vision du Conseil fédéral ou de l'autorité au moment où elle a rédigé son projet de loi, lesquels auraient pu présenter un projet de loi plus large qui aurait permis de prendre en compte l'évolution de la société et de l'économie.
Voilà les raisons pour lesquelles, tout en comprenant toutes ces craintes, j'ai proposé au Conseil fédéral, qui l'a accepté, de transmettre la motion Beerli. Aujourd'hui, c'est pour les professions IT, mais on souhaiterait pouvoir étendre cela à d'autres professions qui pourraient se retrouver dans des circonstances similaires ultérieurement. Toutefois, je ne sais pas lesquelles, et nous n'avons pas d'intentions précises sur ce point-là.
Le deuxième point, c'est la limitation dans le temps.
Le troisième point, c'est l'essentiel, ce serait une catastrophe si on aboutissait à ce que les HES deviennent des universités de ligue nationale B. Ce n'est pas notre volonté, nous voulons qu'elles soient en ligue nationale A avec les universités et les écoles polytechniques fédérales, et nous nous y emploierons. Je ne crois pas que les craintes des soeurs jumelles USAM et USS soient justifiées. Je les comprends, parce que ces organisations ont les mêmes préoccupations, car elles sont dans la pratique, mais je ne crois pas qu'elles soient justifiées. Par contre, je comprends qu'elles les expriment parce qu'elles sont un danger réel auquel on doit veiller.
Je confirme la volonté du Conseil fédéral de vous recommander de transmettre la motion en tant que telle, tout en sachant qu'il y aura un nouveau débat lorsque la motion Imhof devenue motion du Conseil national viendra devant votre Conseil. Nous tenterons de trouver la voie médiane, "aurea mediocritas", qui fait tout le charme de la politique helvétique.