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Huguenin Marianne · Nationalrat · 2005-12-07

Huguenin Marianne · Nationalrat · Waadt · Fraktionslos · 2005-12-07

Wortprotokoll

Le Parlement débat sérieusement de ne même pas respecter la Constitution fédérale qui garantit une aide minimum à tous. Il débat sérieusement de ne pas respecter un arrêt du Tribunal fédéral. Il débat sérieusement d'inscrire dans la loi que le seul motif d'asile est la mort assurée. Les dangers de torture, d'emprisonnement, de viol, d'excision, de prostitution forcée, de souffrances physiques et psychiques endurées, le fait que des êtres humains aient été torturés, violés, victimes d'un génocide, qu'ils aient perdu parfois toute leur famille, qu'ils croient enfin avoir trouvé la paix en Suisse, qu'ils ont fait des efforts pour s'y intégrer et qu'ils auraient juste besoin de compassion et d'aide pour continuer à vivre, tout cela n'intéresse pas la majorité de nos sénateurs.

Finalement, les requérants n'ont qu'un seul tort: eux, ils ont cru à l'idéal d'une Suisse humanitaire, à cette image d'une Suisse garante des droits de l'homme, comme d'ailleurs de nombreux citoyens de ce pays qui, confrontés à une décision de renvoi de personnes qu'ils connaissent, ne comprennent pas. Ils ne comprennent pas comment on peut renvoyer une famille survivante de Srebrenica dont les proches disparus ne sont même pas enterrés, qui n'a plus aucune parenté en Bosnie, qui vit et travaille normalement ici. Ils ne comprennent pas comment un requérant d'asile africain, aveugle à la suite des sévices subis, se fait reconduire à la frontière sans autre accompagnement que celui de l'aumônière. Ils ne comprennent pas comment une famille de sans-papiers vivant et travaillant en Suisse depuis plus de dix ans est déboutée de toutes les procédures.

Le Parlement fédéral a la responsabilité d'écrire l'histoire de ce pays, et ceux qui l'écriront témoigneront de l'alignement derrière l'UDC de la quasi-totalité de la droite, à quelques exceptions près, que j'aimerais saluer. Cinquante ans après, la Suisse officielle a dû revenir sur une autre page de son histoire. Ce qui se passe maintenant, le sort subi par ces familles, par leurs enfants qui souvent croient à ce pays, se sentent Suisses, tout cela ne restera pas impuni, ne restera pas sans voix. Certains de ces enfants seront ministres, écrivains: ils témoigneront.

Nous accusons avec eux, nous accusons un pays qui a tellement peur de l'abus que son obsession de le combattre lui a tout simplement fait oublier le respect des droits de l'homme, un pays qui ne voit plus dans le requérant ou dans l'étranger qu'un cas administratif, un pays qui est incapable de voir l'être humain, de prendre acte de ce qu'il a vécu, de sa situation individuelle, un pays qui ne se donne plus dans sa propre loi la possibilité de prendre cela en compte.

Pour ces raisons, nous vous appelons à maintenir la décision de notre conseil qui permet encore de prendre en compte certaines situations, même si nous savons à quel point ces toutes petites ouvertures ne sont que peu utilisées par l'Office fédéral des migrations. Une loi qui ne retient que le danger de mort pour ne pas renvoyer quelqu'un n'est tout simplement pas digne d'un pays civilisé.