Veillon Pierre-François · Nationalrat · 2006-03-09
Veillon Pierre-François · Nationalrat · Waadt · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2006-03-09
Wortprotokoll
J'aimerais revenir sur le chapitre du rapport qui traite du nouveau système d'instruction militaire mis en place par "Armée XXI". Je prolonge ainsi l'intervention de notre collègue Waber.
La sous-commission chargée de contrôler le DDPS a visité deux écoles de recrues et a mené des entretiens avec tous les intervenants: de la recrue au commandant d'école, des sous-officiers et officiers de milice aux militaires de carrière, ou encore avec des militaires contractuels. La sous-commission n'a pas encore terminé ses travaux et ses investigations, mais elle dresse un premier constat qui mérite qu'on s'y arrête quelque peu.
Premier point: le nouveau système d'instruction mis en place avec "Armée XXI" marque un changement profond de l'organisation des écoles de recrues et de la formation des cadres de milice. Contrairement au principe qui prévalait auparavant selon lequel la milice forme la milice, l'instruction de base est largement professionnalisée au niveau de l'école de recrues. Sans aller dans les détails, il faut préciser que les militaires de carrière sont non seulement responsables de l'instruction des recrues, mais aussi de la conduite de la troupe pendant les treize premières semaines. Ce n'est que dès la quatorzième semaine - la "dislocation" ou, selon la nouvelle terminologie, l'instruction en formation - que les sous-officiers et les officiers de milice entrent en scène et prennent la troupe en main après leur propre formation.
Deuxième point: la formation des cadres de milice est entièrement réformée. Elle est beaucoup plus courte qu'auparavant. Les recrues sélectionnées pour devenir cadres quittent l'école de recrues à la fin de la septième semaine et suivent un tronc commun de dix semaines avant de rejoindre, pour les uns l'école de sous-officiers qui dure quatre semaines, et pour les autres l'école d'officiers qui dure 24 semaines pour un chef de section. Les commandants de compagnie sont des chefs de section proposés pour avancement. Durant deux ans, ils font partie d'un pool dans lequel ils effectuent leur formation.
Enfin, la sous-commission constate que la qualité de l'instruction des recrues est bonne, mais elle relève également plusieurs points très critiques, qui ne semblent pas pouvoir être assimilés à des défauts de jeunesse.
1. Les conditions de travail des militaires de carrière sont extrêmement difficiles. Les personnes sont surchargées, elles sont très impliquées dans les écoles de recrues pour l'instruction, la conduite, l'organisation, la sélection des nouveaux cadres, etc., ceci pour trois écoles de recrues chaque année.
Cela a pour effet que les périodes de repos sont réduites, avec des conséquences pénibles sur le plan familial et social. La démotivation est forte, l'absentéisme pour surmenage paraît prendre des proportions inquiétantes, et certains cadres évoquent ouvertement la possibilité de démissionner.
2. La réduction de la durée de formation des cadres de milice a pour conséquence qu'ils manquent de bagage militaire suffisant et d'expérience pratique de la conduite des troupes. C'est particulièrement vrai dans le cas des officiers de milice, qui souffrent d'un réel déficit.
3. Le statut des militaires contractuels laisse songeur. En particulier, il faut considérer le manque de perspectives professionnelles au sein de l'armée et, si le département entend continuer à faire appel à ce type de collaborateurs, il est urgent de revoir leur statut ainsi que leurs prérogatives.
4. La pression budgétaire a une influence directe sur les problèmes évoqués. Pour être efficace, le nouveau système d'instruction nécessite des ressources humaines [PAGE 132] supplémentaires et des moyens financiers suffisants. S'agira-t-il alors de revoir dans le budget la répartition entre les dépenses de personnel et les dépenses d'armement?
Pour l'heure, vous l'aurez compris, la situation est insatisfaisante. La Commission de gestion va donc poursuivre ses investigations et s'entretenir, bien naturellement, avec les responsables du département.