Dormond Béguelin Marlyse · Nationalrat · 2006-03-15
Dormond Béguelin Marlyse · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2006-03-15
Wortprotokoll
Lors de notre voyage en Bosnie au mois de juillet 2005, voyage effectué par neuf parlementaires de différents partis, nous avons pu nous rendre compte de la situation sur place. Nous avons vu un pays où les traces de la guerre sont encore très visibles dix ans après la fin officielle du conflit. D'une part, des marques physiques: nous avons vu énormément de maisons avec des traces de balles, des maisons détruites, des champs de mines le long des routes. D'autre part, des marques humaines: des personnes encore gravement traumatisées dans leur corps mais aussi dans leur esprit.
Il faut tout de même se souvenir que cette guerre a fait 250 000 morts. Ce conflit a détruit 50 pour cent des infrastructures, qui ne sont pas encore reconstruites. Deux millions de personnes ont été déplacées: 1 million à l'intérieur du pays et 1 million à l'étranger. La moitié est rentrée au pays, mais parmi elle 20 pour cent seulement ont pu s'installer dans leur région d'origine.
Des camps de réfugiés existent encore en Bosnie. Pour la région de Tuzla que nous avons visitée, quatre camps de réfugiés sont encore occupés. En plus, de nombreuses personnes résident encore dans leurs familles, loin de leurs villages, dans des conditions qui auraient dû être provisoires. En raison d'un fort sentiment d'insécurité, il n'est souvent pas envisageable pour les victimes des massacres de retourner dans leurs maisons. En effet, leurs bourreaux habitent, en toute liberté, souvent dans le village voisin. Sur le même sujet, il faut savoir que deux jours après notre passage, lors de la commémoration des dix ans du massacre de Srebrenica, des cars transportant des familles bosniaques vers le mémorial de Potocari ont été la cible de divers projectiles et même de balles, de la part de Serbes, alors qu'ils traversaient des villages.
Les séquelles de la guerre sont aussi illustrées par ce genre d'événements, qui démontrent la fragilité du calme relatif à l'heure actuelle dans ce pays. A nos yeux, la Bosnie n'est pas encore un pays sûr. La Bosnie est le pays le plus pauvre des Balkans, après l'Albanie. L'économie du pays est encore dans un état de délabrement consternant. Il faudrait un véritable plan Marshall pour relever le pays, à l'image de ce qui s'est passé en Europe à la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Dans la région de Srebrenica, le chômage avoisine les 80 pour cent, cela bien qu'une usine ait ouvert, mais elle a surtout engagé des Serbes; son personnel est complet et il n'y a plus de place pour de nouveaux travailleurs. C'est dire qu'il n'y a pas d'espoir actuellement pour de nouveaux arrivants.
Sur le plan social aussi, la situation est préoccupante. Le directeur du centre social de Tuzla dresse un sombre tableau de la situation. Le pays n'a pas de système social, ce qui provoque de grandes disparités entre les régions. Certaines n'ont pas de système social et d'autres le réservent aux habitants d'origine, ce qui exclut les victimes de la guerre déplacées à l'intérieur du pays. Les professionnels travaillent dans des conditions difficiles et font surtout les pompiers pour les situations les plus urgentes. Le canton de Tuzla, qui compte environ 650 000 habitants - ce qui est la grandeur du canton de Vaud -, n'a que 13 centres sociaux, avec au total deux ou trois psychologues. Le service pour les personnes invalides est au quatrième étage d'un immeuble sans ascenseur, et les personnes handicapées doivent être reçues au rez-de-chaussée, au bas de l'escalier, dans un corridor ouvert à tous vents.
L'aide au retour, il est vrai, permet, avec d'autres aides, de remonter les murs d'une maison. Mais souvent, l'équipement de base, comme l'électricité et l'eau, sont à la charge des réfugiés, ce qui est vraiment très coûteux.
Dans cette situation d'insécurité et de dénuement, nous estimons que la Suisse ne doit pas encore classer la Bosnie dans la liste des pays sûrs. Il n'y a aucune raison pour que notre pays utilise comme il le fait des critères différents de ceux du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés et des autres pays européens.
Je vous recommande d'adopter la motion Müller-Hemmi.