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Rennwald Jean-Claude · Nationalrat · 2006-03-15

Rennwald Jean-Claude · Nationalrat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2006-03-15

Wortprotokoll

J'aimerais faire trois remarques complémentaires à celles de mon collègue Gysin Remo.

La première, c'est que, dans ce genre de rapport, on a une fâcheuse tendance à saucissonner la réalité et qu'on néglige quelque peu les répercussions sociales de la mondialisation. Car si je suis persuadé que le développement des échanges économiques est porteur de croissance, je pense aussi qu'il n'y a pas forcément un automatisme qui fait que croissance égale une meilleure répartition des richesses. On constate au contraire que dans bien des cas la mondialisation accroît les inégalités, non seulement entre les pays, mais aussi entre les catégories sociales. A ce propos, j'aimerais qu'on nous dise un peu plus précisément ce que la Suisse entend entreprendre pratiquement pour arriver à une meilleure mise en oeuvre des normes fondamentales de l'Organisation internationale du travail parce que je crois qu'il y a là vraiment un moyen d'articuler les aspects économique et social.

La deuxième remarque tient au fait qu'on nous dit dans ce rapport qu'il faut absolument augmenter la compétitivité. A titre d'exemple, on nous signale qu'il y aurait un déficit de concurrence en matière de marchés publics, d'approvisionnement en électricité ou encore de santé. Je ne suis pas du tout persuadé que c'est en augmentant la concurrence dans ces secteurs qu'il y aura automatiquement et forcément un "surplus" de croissance économique. Je suis même d'avis que, si un certain nombre de problèmes se posent en Suisse au niveau du marché intérieur, c'est notamment parce qu'il y a une baisse du pouvoir d'achat, en particulier pour les salariés à faible et à moyen revenu, ceci d'autant plus que la consommation des ménages pèse pour 60 pour cent dans notre produit intérieur brut.

Concernant la mondialisation, il faut éviter un double piège: celui qui consiste à nier les conséquences de la mondialisation, et celui qui consiste à les surestimer, car je crois que les mécanismes internes continuent de peser d'un poids important. Je cite, Monsieur le conseiller fédéral, un excellent article paru voici quelques jours dans "Le Monde" et qui dit ceci: "Il est troublant de noter combien la croissance reste influencée par des facteurs internes: alternance politique en France, crise immobilière au Japon ou encore réunification allemande ...." (Daniel Cohen, 8 mars 2006) Je crois que la question de l'alternance politique en France est assez intéressante, puisqu'on le sait, c'est ces vingt dernières années, sous l'ère du gouvernement Jospin, que ce pays a connu sa plus forte croissance et sa plus forte création d'emplois.

J'aimerais faire une troisième remarque relative aux relations économiques entre la Suisse et l'Union européenne. Je crois qu'aujourd'hui, et malgré les accords bilatéraux que nous avons ratifiés et qui vont entrer en vigueur, la Suisse ne profite pas pleinement de la dynamique du grand marché intérieur européen. Il est vrai que, si on la compare par exemple à celle des Etats-Unis, la croissance de l'Union européenne n'est pas faramineuse, mais je note tout de même qu'au cours de ces dix dernières années, il y a sept points de croissance en défaveur de la Suisse par rapport à l'Union. J'estime que cela perdurera tant que nous ne serons pas membres à part entière de l'Union européenne.

A ce propos, j'aimerais souligner que le pouvoir d'achat en Suisse était, entre la fin des années 1950 et le début des années 1960, à peu près le double de celui de l'Europe des Quinze, alors qu'aujourd'hui le différentiel n'est plus que de 20 pour cent. Il est bon que les autres pays progressent, mais il ne faudrait pas que la Suisse recule parce qu'elle persiste à s'isoler.