Menétrey-Savary Anne-Catherine · Nationalrat · 2006-03-16
Menétrey-Savary Anne-Catherine · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2006-03-16
Wortprotokoll
En amateurs de jeux, de sport, de rencontres et en supporters de l'équipe suisse de football, nous, membres du groupe des Verts, avons voté pour l'Euro 2008. Mais aujourd'hui, nous considérons que le projet auquel nous adhérions a été perverti et qu'il faut le réorienter, et ceci pour plusieurs raisons.
La première concerne évidemment l'explosion des coûts, en particulier de ceux de la sécurité. Nous ne sommes pas du tout convaincus par les explications du Conseil fédéral qui prétend que ces coûts n'étaient pas prévisibles en 2002. Passe encore pour les attentats du 11 septembre 2001, si jamais il est possible d'admettre que ces attentats puissent avoir un lien quelconque avec l'Euro 2008! Mais pour le reste ces excuses sont irrecevables. Prenez le message, pages 1612/13, les tâches de police y sont répertoriées: il est clair que la plupart n'ont rien à voir avec le terrorisme et qu'elles étaient parfaitement prévisibles en 2001/02.
Ces justifications sont d'ailleurs fluctuantes, entre l'affirmation un peu prétentieuse que tout a été calculé avec le plus grand soin et qu'on ne pouvait pas faire mieux, et l'aveu révélateur qu'on trouve aussi dans le message, page 1589, selon lequel: ".... en raison de l'euphorie générale qui régnait autour de la candidature en 2002, leur véritable dimension" - les conséquences financières - "n'a pas été prise suffisamment en considération ...."
Toujours sur le plan financier, il est difficile de ne pas se sentir floué par les accords passés avec les associations de football: l'ASF ou l'UEFA. Le Conseil fédéral se retranche derrière de prétendues obligations légales pour prendre en charge seul l'entier des frais de sécurité. En réalité, il n'y a là aucune obligation, et comme le laisse à penser le message, page 1621, les accords passés ne correspondent pas à une loi mais à un usage, et cet usage pourrait être changé. C'est exactement ce que le groupe des Verts demande aujourd'hui: mieux répartir les frais, mais aussi les bénéfices!
Mardi soir dernier, les entraîneurs de l'équipe nationale de football ont invité les parlementaires, et ils nous ont encouragés à "oser rêver et à investir dans la jeunesse". Ce qui me navre profondément, c'est que pas un franc du crédit qui nous est demandé aujourd'hui n'ira à la jeunesse. L'argent ira plutôt à la police. Et même si on vote le crédit, on n'assurera même pas l'accès aux stades pour les jeunes qui rêvent de participer à l'événement.
On peut parler d'enthousiasme et de ferveur, mais il faut savoir aussi que notre population a de la peine à accepter que l'UEFA encaissera près de 2 milliards de francs alors qu'elle ne dépensera que quelque 250 millions de francs pour l'événement. La population en a marre aussi du prix prohibitif des billets, des salaires disproportionnés des dirigeants, du montant faramineux des primes de match.
Un autre aspect important est la sécurité. Quel est le dénominateur commun entre le Forum de Davos, les rencontres du G8, l'extrémisme violent, les attentats du 11 septembre 2001 et le football? A nos yeux, aucun. Pour le Conseil fédéral, c'est le concept de sécurité, comme si la sécurité se concevait indistinctement, quelles que soient les circonstances, avec des mesures essentiellement policières et répressives.
A juste titre, la Commission fédérale pour l'enfance et la jeunesse, dans une lettre qu'elle nous a adressée la semaine dernière, met en garde contre l'orientation répressive de l'encadrement des supporters - pourquoi d'ailleurs les nomme-t-on toujours "hooligans"? Elle a aussi déploré les lacunes au niveau de l'encadrement préventif, éducatif et social de ces supporters, un encadrement auquel le message d'aujourd'hui ne consacre qu'une dizaine de lignes contre 4 pages aux mesures policières, plus une loi spéciale.
Ces mesures policières nous font craindre qu'on ne fasse ainsi que consolider le climat de guerre de clans et que peut-être même elles contribuent à renforcer le risque qu'il y ait des violences et des affrontements, qu'elles gâchent la fête et qu'elles lui donnent un aspect, encore une fois, guerrier et déplaisant.
C'est pour toutes ces raisons que le groupe des Verts vous propose de ne pas voter ce crédit et de renvoyer le projet au Conseil fédéral.