Reymond André · Nationalrat · 2006-05-08
Reymond André · Nationalrat · Genf · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2006-05-08
Wortprotokoll
La réalité des problèmes de notre système de santé ne se limite pas à des barèmes de primes et de quotes-parts personnelles. C'est toute la philosophie de notre couverture-maladie qui est remise en question ces jours-ci. Nos caisses d'assurance-maladie privées, dont le fonctionnement satisfait plus de 80 pour cent des habitants de notre pays, sont une fois de plus sur la sellette. Rappelons qu'en 2003, ce sont 73 pour cent des votants qui ont rejeté l'initiative populaire socialiste sur la santé (initiative-santé), infligeant par là même aux partisans d'une médecine étatisée un désaveu cinglant.
Et voilà qu'on en reparle encore et toujours! Au lieu de chercher à améliorer un système, qui en fin de compte ne marche pas si mal et que d'autres pays songent à imiter, on va chercher un modèle qui a clairement prouvé sa faillite pas loin de nos frontières. Chez nos voisins français par exemple, la Caisse nationale d'assurance-maladie est devenue synonyme de gabegie technocratique. Elle fait figure d'étalon pour ce qui est de la lenteur administrative. Elle devient le jalon ultime de l'incurie et de l'inertie de la fonction publique. N'attirant que critiques et quolibets, elle cumule plus de mécontents que toutes les autres administrations françaises réunies. Attendre plus de six mois pour passer un scanner est là-bas une chose courante, et encore faut-il en trouver un à moins de 200 kilomètres de chez soi. Mais, qu'importe, les assurés, ce n'est pas là le problème de fonctionnaires endormis dans une routine qui leur fait fermer les yeux sur les pires abus que praticiens et patients peuvent commettre au grand dam des budgets sociaux et de l'équilibre budgétaire de leur nation. Les comptes de la sécurité sociale française plongent dans le déficit tel qu'on songe pour y remédier à introduire des caisses-maladie privées comme chez nous.
Et encore, il y a pire, allez chez nos amis britanniques pour voir la faillite la plus flagrante d'un système de santé dont on pourrait penser qu'il est l'oeuvre commune de Charles Dickens et de Franz Kafka. Le royaume britannique est aussi celui de la médecine à deux vitesses, un système désorganisé qui "plonge" chaque jour un peu plus dans le délitement le plus total.
C'est dans une gestion efficace et précise que réside le secret d'une bonne maîtrise des coûts de la santé. Sans doute, notre système de santé helvétique est-il perfectible; sans doute, faut-il améliorer l'offre des réseaux de soins et contrôler en même temps les factures des médecins, les ordonnances des patients et les comptes de gestion des caisses-maladie privées - on s'y emploie sans cesse -, mais, face à l'augmentation des dépenses de santé, je doute fort qu'une caisse-maladie unique soit la panacée que notre pays réclame.
Ce qui renforce notre système d'assurance-maladie, c'est la concurrence, cette saine compétition entre les caisses-maladie qui doivent ajuster leurs primes, au risque de voir leur clientèle passer chez un concurrent. Cette épée de Damoclès entre les mains des assurés est l'arme la plus efficace pour inciter nos caisses d'assurance à une gestion saine et fiable de leurs coûts et ainsi donc du montant de leurs primes.
On sait que chaque facture, chaque ordonnance est examinée au plus près. Rembourser ce qui doit l'être sans pour autant cautionner d'éventuelles fraudes ou de possibles abus mobilise une armée d'employés servis par des moyens informatiques conséquents. Tous ces moyens mis en oeuvre engendrent, c'est certain, des frais importants, mais la rigueur de la gestion et la vitesse des remboursements ou de prises en charge sont à ce prix. Il faut savoir que ces rigoureux contrôles font économiser plus de 1 milliard de francs par an. Dommage que les partisans de la caisse-maladie unique ne connaissent pas ce chiffre!
Puisque que nous y sommes, parlons des frais administratifs qui semblent être, selon les initiants, les grands responsables de l'augmentation des primes. Ils ne représentent que 6 pour cent du montant des primes, c'est-à-dire à peu près 13 francs par assuré. C'est dire que leur argument, celui d'économiser des dépenses administratives, ne tient pas. Ils parlent d'une économie finale de 1 milliard de francs après une réduction des frais administratifs, alors que ceux-ci ne [PAGE 554] représentent que 950 millions de francs au total pour les caisses-maladie.
Voilà le genre d'arguments qui alimentent le discours démagogique des partisans d'une médecine en voie d'étatisation, car c'est bien la finalité d'une telle initiative: mettre la santé des Suisses sous la tutelle de l'Etat, avec tous les dérapages que cela peut induire. Et le coût faramineux de la transition de notre système actuel à celui que prévoit l'initiative n'a pas encore été évoqué. Laissons le bon sens reprendre le dessus. On l'a dit, les Suisses sont, dans leur grande majorité, satisfaits de leur caisse-maladie. D'ailleurs, selon les années, par rapport aux 7,4 millions d'assurés que compte notre pays, seuls 150 000 à 350 000 changent de caisse. Il faut bien reconnaître que c'est peu. A peu près 50 pour cent d'entre eux choisissent des franchises à option. C'est à une meilleure maîtrise des dépenses de santé qu'il faut veiller pour éviter que le montant des primes ne s'envole et non pas à étatiser notre système de santé par une initiative dangereuse sur bien des points.
Et que dire de cette proposition d'établir le montant des primes en fonction du revenu? Si les bas salaires ne paient qu'une partie infime des cotisations, que penser des personnes qui font marcher notre économie et qui devraient payer des primes avoisinant les 100 000 ou les 150 000 francs?