Rossini Stéphane · Nationalrat · 2006-06-07
Rossini Stéphane · Nationalrat · Wallis · Sozialdemokratische Fraktion · 2006-06-07
Wortprotokoll
Au nom du groupe socialiste, je vous invite à soutenir également la motion consacrée aux statistiques de la pauvreté.
La démarche statistique, dans ce processus d'action en faveur de la lutte contre la pauvreté, est une démarche qu'il s'agit de ne point minimiser. Elle a une certaine importance parce que c'est un instrument au service de la démocratie, à travers les processus de surveillance et de connaissance, qui apporte ensuite au processus de décision toute sa pertinence. Pour décider en connaissance de cause, il nous faut d'abord comprendre.
C'est la raison pour laquelle la commission a décidé de renforcer les moyens en faveur d'une enquête sur la pauvreté en Suisse. Certes, dans son avis, le Conseil fédéral récapitule un certain nombre de statistiques existant aujourd'hui, un certain nombre d'outils qui sont disponibles, comme la [PAGE 765] statistique de l'aide sociale qui vient d'être publiée ou celle des "working poor". On pourrait mentionner aussi les projets nationaux de recherche, notamment le PNR 29 et le PNR 45, qui ont traité ces aspects.
Néanmoins, la commission considère que ces éléments ne sont pas assez pointus pour permettre d'agir véritablement dans la lutte contre la pauvreté - j'aurais plutôt envie de dire dans la lutte contre les pauvretés car le phénomène est complexe; il est multiple, il est interdisciplinaire et il doit être appréhendé avec des regards et des approches différenciés, donc faire l'objet d'analyses toutes particulières.
Par conséquent, il est important de traiter aujourd'hui un certain nombre de zones d'ombre qui existent encore dans ce domaine. Et les zones d'ombre, malgré les apparences, malgré les listings qui existent, sont réelles et on ne saurait se satisfaire du statu quo.
Nous ne disposons pas en Suisse d'un panel qui nous permettrait de suivre un certain nombre de populations, notamment des populations à risque dans le domaine de la pauvreté - pas plus, d'ailleurs, que dans les autres domaines de la protection sociale.
Nous ne disposons pas de statistiques dans ce pays qui nous permettent d'appréhender véritablement les effets des politiques sociales qui sont conduites plus particulièrement dans le domaine de la pauvreté, ni les effets en termes de transferts financiers, par exemple, qui nous permettraient de comprendre le passage entre les différents seuils ou les effets sur les bénéficiaires, sur les personnes protégées.
Nous ne disposons par ailleurs que de très peu d'informations qualitatives, d'analyses microsociales. Il y a certes, peut-être, des divergences au sein de la communauté scientifique ainsi qu'au sein des communautés culturelles dans ce pays, mais il n'empêche que les approches qualitative et dynamique sont sous-développées en Suisse aujourd'hui.
Il faut mentionner également les lacunes qui existent dans la collaboration intercantonale dans une perspective d'extrapolation, pour parvenir à une vision véritablement nationale du phénomène de la pauvreté. On pourrait ajouter d'ailleurs différents domaines de la politique sociale.
Par conséquent, la commission a très clairement mentionné ces différents avis, ces différents problèmes, et a envie d'avoir une attitude dynamique, constructive. C'est la raison pour laquelle elle demande au Conseil fédéral de s'engager en faveur d'une connaissance approfondie de ce domaine. Je crois que si effectivement on ne peut pas tout faire - et ce sont des points qui ont été évoqués par les rapporteurs - dans le domaine de la statistique, il faudra établir des priorités. Je pense qu'aujourd'hui on a peut-être suffisamment compté les vaches et les moutons, il serait peut-être aussi important de s'intéresser aux personnes qui font vivre ce pays.