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Fattebert Jean · Nationalrat · 2006-10-05

Fattebert Jean · Nationalrat · Waadt · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2006-10-05

Wortprotokoll

C'est une lapalissade de dire que la formation est importante pour l'avenir du pays - pour une fois, on est tous d'accord. Alors, on peut jouer la surenchère et demander, pour les années 2008-2011, une augmentation de 4,5, de 6, de 8, de 10 pour cent: pourquoi pas plus, après tout? On peut faire des comparaisons avec les grandes nations qui consacrent des sommes que nous n'arriverons jamais à réunir.

J'ai signé la motion Gadient pour montrer que j'étais ouvert à un effort supplémentaire, mais j'attends d'abord un état des lieux et des perspectives plus approfondies avant de voter une motion contraignante et chiffrée. La presse a relevé la semaine dernière que le World Economic Forum mettait la Suisse en tête des nations en matière de recherche et d'innovation. Il est plus facile d'arriver au sommet que d'y rester; toutefois, ces classements flatteurs montrent que ce n'est pas la masse des personnes formées qui compte, mais la qualité.

Ce n'est en tout cas pas en augmentant simplement les crédits et la proportion de jeunes qui accéderont à la formation universitaire que nous resterons dans le peloton de tête des [PAGE 1529] nations créatrices d'innovation et de valeur ajoutée; c'est au contraire en sachant choisir des priorités. Nous devons absolument mettre la priorité sur les sciences, la technologie et le savoir-faire dans les formations menant à des réalisations concrètes, celles qui apportent une plus-value et du confort. Inutile d'augmenter le nombre des étudiants dans les universités si cela implique une baisse du niveau de formation; inutile de multiplier les formations dans des domaines où la demande est pratiquement inexistante.

Par contre, il est impératif de détecter les talents d'où qu'ils viennent dans la société, de les sélectionner et de leur assurer une formation de pointe. Il convient ensuite de renforcer les ponts entre les milieux académiques et l'économie, y compris les PME, de permettre aux étudiants de bénéficier d'un meilleur relais au sein des entreprises, voire peut-être d'améliorer l'offre en matière de formation continue. Un effort doit être en tout cas consenti pour mieux garder et faire fructifier chez nous le savoir auquel nous consacrons tant d'argent. Faut-il former des biologistes et se mettre des autogoals en confinant la recherche à des manipulations génétiques dans des laboratoires fermés, sans essais en plein champ? A quoi sert-il de former des milliers d'étudiants en lettres si nous ne sommes pas en mesure de trouver les ouvriers qualifiés en horlogerie, les ingénieurs en génie civil, les constructeurs de centrales nucléaires ou les infirmières dont nous avons besoin?

Les priorités en matière de formation sont une chose, les soucis budgétaires en sont une autre. Si le niveau de formation de la main-d'oeuvre est incontestablement un élément des conditions-cadres propres à assurer des emplois chez nous, à l'avenir, vous conviendrez qu'on ne peut pas jouer avec un seul atout. Les infrastructures de transport sont aussi importantes, que ce soit sur rail ou sur route. Je suis persuadé que nous regretterons bientôt de n'avoir pas envisagé assez d'argent pour adapter les goulets d'étranglement autoroutiers la semaine dernière; mais c'est un autre débat.

Les réseaux médicaux ou la sécurité sont également primordiaux. Une agriculture faite de familles paysannes qui assurent une alimentation saine et un entretien de la nature telle que nous pouvons l'admirer dans les Grisons, mais aussi ailleurs, c'est indispensable. Diminuer les crédits à l'agriculture pour augmenter ceux de la formation sans état d'âme, c'est simpliste et incohérent.

Qu'il serait facile de consacrer des sommes sans limite pour les conditions-cadres de notre économie, si l'on oublie le budget et la fiscalité! En période de paix, où l'économie tourne, il convient de rembourser la dette. C'est une nécessité pour des temps éventuellement plus difficiles; c'est un élément important du développement durable. Et puis, il y a la fiscalité qui se doit d'être la moins lourde possible. C'est un gage d'encouragement à celles et ceux qui prennent la peine de se former, de travailler sérieusement et d'entreprendre. Les Etats-Unis, qui savent bien utiliser nos cerveaux, savent aussi encourager les entreprises par une fiscalité raisonnable.

Alors, il faut de l'équilibre et de la rigueur. Rien de plus consternant que de voir l'argent gaspillé dans de multiples bureaux privés ou publics pour effectuer des études d'impact lourdes et coûteuses faites par des personnes qui nous ont déjà coûté cher pour leurs études et qui nous coûtent encore pour des travaux inutiles. Même chose avec les procédures de labellisation trop contraignantes. Ceux qui voient de près les labellisations de la forêt suisse sauront de quoi je parle.

Alors, avec la majorité des membres du groupe UDC, je refuserai toutes les motions qui contraindraient le Conseil fédéral à augmenter les crédits sans avoir d'abord exploré toutes les pistes d'économies. Par contre, la motion du groupe radical-libéral pour une meilleure collaboration entre cantons et Confédération offre une piste d'économies. Je soutiendrai donc cette motion ainsi que le postulat du même groupe qui demande d'étudier une fondation pour la recherche éventuellement financée par la vente des actions de Swisscom. Je soutiendrai ce postulat; je ne l'aurais pas soutenu en tant que motion trop contraignante.

J'attends avec intérêt le message du Conseil fédéral qui, je l'espère, sera un véritable programme visionnaire, réaliste, qui saura mettre le doigt sur des économies capables de libérer du financement au sein même du futur département de la recherche et de la formation. Il donnera, j'y compte bien, des priorités, de la rigueur et un espoir pour la prospérité de tout le pays. En attendant ce document fondamental, je ne désire fermer aucune porte.