Bonhôte Pierre · Ständerat · 2006-10-05
Bonhôte Pierre · Ständerat · Neuenburg · Sozialdemokratische Fraktion · 2006-10-05
Wortprotokoll
En matière de promotion des énergies renouvelables, la majorité de la commission a fait un pas. Malheureusement, elle s'est arrêtée au milieu de la rivière, position qui est, on le sait, en général inconfortable et qui risque de nous faire perdre pied dans notre marche vers l'avenir énergétique.
En limitant au triple du prix du marché les tarifs de reprise, la commission isole de fait notre pays de l'évolution en cours sur tout le continent européen et elle réduit notre chance de participer à un important développement technologique. Le rapporteur l'a dit très justement: il faut faire en sorte que nous ayons le maximum d'énergie renouvelable pour le prix le plus bas. C'est un objectif, mais ce n'est pas le seul; un autre objectif, c'est que nous devons préparer également les sources d'énergie de l'avenir et ne pas nous concentrer uniquement sur ce qui aujourd'hui est le meilleur marché. Parce que pratiquement, cela a été dit, la proposition de la majorité de la commission revient à exclure le photovoltaïque du développement des énergies renouvelables.
Alors que la Suisse est un pays idéal pour produire de l'électricité d'origine photovoltaïque - qui est un parfait complément à l'électricité produite au moyen de l'énergie hydraulique -, il est faux dès lors de les opposer. Ces dernières années ont montré cette complémentarité. Lors des périodes chaudes et sèches que nous avons connues en 2003 ainsi que durant cet été, lorsque le niveau des rivières est bas, que la production au fil de l'eau est faible, que plusieurs centrales thermiques en Europe ont des problèmes de refroidissement, que la climatisation charge le réseau électrique, est-il vraiment judicieux de turbiner l'eau de nos barrages? Certainement pas alors que l'électricité d'origine photovoltaïque est disponible et prête à l'emploi.
Or l'évolution de la production et de la demande en Europe montre que les périodes de pénurie où les prix sont très élevés se déplacent de plus en plus sur les périodes estivales, périodes où le photovoltaïque peut produire une électricité de grande valeur. Le potentiel technique du photovoltaïque est considérable, et cela sans altération du paysage - ce qui conviendra à notre collègue Lauri, qui a fait accepter hier un amendement à ce sujet - puisque nous avons la capacité sur les surfaces bâties de notre pays, donc en milieu urbain, de produire de l'électricité permettant de couvrir à peu près 20 pour cent de la consommation de notre pays.
Monsieur Lombardi a fait allusion aux nouveaux développements de la technique solaire, notamment à ceux de la technique thermochimique qui utilise l'oxyde de zinc, c'est une voie d'avenir certainement. Il faut toutefois tenir compte, dans ce cas, du fait qu'on utilise des surfaces qui ne sont pas déjà bâties et que dès lors implanter de telles installations en Suisse peut être plus délicat que de poser des panneaux photovoltaïques sur des constructions existantes.
Le taux de croissance de la production d'électricité d'origine photovoltaïque en Europe est de près de 70 pour cent par an. La puissance installée dépasse celle d'une grande centrale nucléaire. C'est un des marchés de haute technologie parmi les plus dynamiques, et la Suisse est bien placée pour participer à ce développement et en profiter, puisqu'elle est à la pointe de la recherche au niveau mondial dans ce domaine et que des entreprises sont actives dans notre pays à toutes les étapes de production de modules photovoltaïques, à l'exception de la production de la matière de base, le silicium. Le taux de croissance de la branche en Suisse est de 25 pour cent, le chiffre d'affaires en 2005 a été de 300 millions de francs dont 250 à l'exportation, et le photovoltaïque représente en Suisse déjà 1000 places de travail.
Le développement futur de cette activité économique en Suisse dépendra toutefois des conditions-cadres que nous voudrons bien lui offrir. Et on ne peut pas espérer être leader dans un des marchés techniquement et économiquement les plus porteurs en faisant preuve d'une méfiance qui irait à contre-courant de ce qui se pratique dans le reste de l'Europe. Dans toute l'Europe, le rachat à prix coûtant gagne du terrain et cela sans imposition de plafonds arbitraires qui tendraient à évincer le photovoltaïque. Je vous donne quelques exemples: en Allemagne les tarifs de reprise sont de 41 à 52 centimes d'euro par kilowattheure, en Italie de 44 à 49, au Portugal de 22 à 41, en Espagne de 22 à 44, en France de 30 à 40 et en Grèce de 40 à 50. On voit donc que dans toute l'Europe on rachète l'électricité d'origine photovoltaïque au prix coûtant. Voulons-nous donc, nous Suisses au centre de l'Europe, nous couper d'une telle évolution?
Evidemment, le photovoltaïque reste la plus chère des électricités renouvelables, mais son prix est en baisse constante d'à peu près cinq pour cent par an; il a été divisé par deux ces dix dernières années. Monsieur Lombardi nous a dit que le prix du photovoltaïque ne baissait plus, ce qui était dû à un problème de manque d'avance technique dans ce secteur. Ce n'est pas tout à fait exact. Je m'intéresse aussi au photovoltaïque depuis une trentaine d'années. Le problème actuellement, c'est que la demande est devenue tellement forte qu'il manque de la capacité de production pour le silicium, qui est la matière de base. De gros investissements sont maintenant en cours pour rattraper ce manque de matière première, ce qui permettra à la baisse de prix de reprendre sa marche. Certes, l'énergie solaire thermique est plus avantageuse que le photovoltaïque du point de vue du prix du kilowattheure, mais un kilowattheure électrique a beaucoup plus de valeur qu'un kilowattheure thermique parce que vous ne pouvez ni injecter ce dernier dans un réseau, ni l'utiliser pour faire tourner un moteur notamment.
L'électricité hydroélectrique, à ses débuts, était beaucoup plus chère que le photovoltaïque ne l'est aujourd'hui. Dans les premières installations en Suisse, on était à quelque 40 à 80 centimes par kilowattheure, ce qui correspond à peu près à 5 francs d'aujourd'hui. Au Canada, en 1900, c'était 20 cents par kilowattheure, soit plus de 1 franc au prix actuel. L'histoire nous apprend qu'on ne choisit pas une technique parce qu'elle est bon marché, mais que c'est parce qu'on l'a choisie qu'elle devient bon marché. La vraie question qui se pose est donc de savoir si nous voulons participer au développement du photovoltaïque et si, ce faisant, nous voulons contribuer à ce qu'il devienne bon marché. Il est faux, par ailleurs, de dire que la rétribution au prix coûtant décourage les efforts. L'énergie hydraulique s'est toujours vendue au prix coûtant, puisqu'elle a toujours été à peu près la meilleur marché des énergies à disposition et pourtant son prix, en un siècle, est descendu de 1 franc par kilowattheure à quelques centimes.
Le Conseil fédéral, naturellement, pourra réduire progressivement la rétribution au fur et à mesure que la technique progressera. Et puis, c'est un domaine où la concurrence règne. Je ne vois pas pourquoi dans ce domaine-là la concurrence ne ferait pas baisser les prix. Nous sommes dans un marché lié à un produit et non à l'électricité elle-même. Il est, par ailleurs, également faux de dire que c'est un impôt que l'on prélèverait; c'est en fait un investissement pour lequel nous nous engageons, un investissement qui, à coup sûr, sera rentable pour notre pays.
Je vous invite donc à adopter la proposition Inderkum et la proposition de la minorité II (Sommaruga Simonetta).