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Fattebert Jean · Nationalrat · 2000-10-05

Fattebert Jean · Nationalrat · Waadt · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2000-10-05

Wortprotokoll

Nous sommes tous et toutes interpellés par les dérapages extrémistes de droite ou de gauche. Durant le siècle qui s'achève, ces phénomènes ont engendré les pires horreurs. Dans notre pays, l'histoire et la culture démocratique nous protègent en principe d'une aventure irréfléchie au niveau national. Par contre, les phénomènes d'extrémisme se manifestent ponctuellement, par-ci, par-là, et nous devons en effet nous en inquiéter. C'est le rôle de parlementaires assermentés soucieux du bien de ce pays et de ses concitoyens.

Nous avons dans un premier temps à déterminer jusqu'où va le droit de manifester, jusqu'à quel point on peut tolérer des perturbations de l'ordre public.

A Berne, il y a quelques années, des paysans venus dire leur angoisse face à l'avenir sur la place fédérale ont été remis à l'ordre dans la violence. A Lausanne, il y a quelques années également, des manifestants ont envahi le bureau d'un conseiller d'Etat: à ma connaissance, aucune sanction n'a été décrétée. Le 1er août 2000, au Grütli, des manifestants perturbent une cérémonie patriotique relevée par le discours d'un conseiller fédéral: je pensais que les membres de l'UDC seraient les derniers à ne pas tolérer ce genre d'attitude. Le 19 août dernier, à Genève, des manifestants perturbent l'assemblée des délégués du Parti de l'Union démocratique du centre qui vient de prendre démocratiquement position sur un sujet soumis au peuple. Il y a eu des dégâts matériels, des délégués ont été injuriés et leurs habits souillés. Interrogée calmement à l'issue de la manifestation, une jeune participante a été incapable de dire qui étaient les personnes se trouvant dans la salle de Palexpo et ce qui avait été décidé. Elle a seulement été capable de dire: "Ce sont des fascistes." Là, on a manifestement affaire à des manipulateurs dont certains étaient, paraît-il, des politiciens élus. Mais la police laisse faire sous prétexte qu'il faut éviter les provocations.

C'est le rôle de l'Etat de fixer les limites du tolérable, de dire où se termine la liberté des uns et où commence celle des autres. C'est le côté maintien de l'ordre, répression éventuelle. Un autre devoir de l'Etat, c'est de voir pourquoi nous avons affaire à de tels dérapages et ce que nous pouvons faire pour les éviter.

Un extrémiste tout seul n'est pas dangereux. Ce qui est dangereux, c'est sa faculté d'entraîner d'autres personnes, plus ou moins nombreuses, dans ses excès. Et là, le terreau peut être plus ou moins fertile. De même que notre communauté doit offrir à toutes et à tous une possibilité de s'instruire, de se former professionnellement, de même que nous encourageons la recherche et la culture, nous avons aussi le devoir de maintenir des valeurs et d'assurer pour chacune et chacun la possibilité de trouver et de conserver un certain équilibre. Nos familles, nos écoles savent-elles encore donner des repères? Les gens qui fuient les Eglises pour se libérer de toute contrainte ne le font-ils pas souvent pour se retrouver sous le joug de mouvements pas forcément bien intentionnés?

Les extrémistes sont parmi nous, dans tous les partis politiques. Parmi les écologistes qui sont les plus pacifistes d'entre nous, j'ai rencontré récemment un élu qui m'a affirmé sans broncher qu'il vaudrait mieux laisser mourir de faim les populations africaines que de perturber la faune par des traitements chimiques destinés à sauver des récoltes. Des paumés en tout genre se réfugient dans les sectes, dans la drogue ou dans l'extrémisme. L'Etat doit donc incontestablement se préoccuper de ces problèmes, trouver des parades à ces dérives. Nous avons aussi à y penser dans nos partis politiques en veillant à garder un sens critique chez nos membres et l'UDC le fait, forte de son programme destiné à promouvoir la responsabilité personnelle.

L'extrémisme est chose trop grave pour être exploité politiquement. Il doit être notre souci à toutes et à tous. Faire une distinction entre extrémistes de droite ou de gauche n'est pas raisonnable. Condamner les uns, excuser les autres, quels qu'ils soient, tiendrait déjà de la pensée unique et nous conduirait tout droit vers des dérapages que nous voulons précisément condamner. Excuser les uns, c'est faire fleurir les autres.

Les partis qui ont déposé et développé des interpellations ne visant que les extrémistes de droite démontrent qu'ils ramènent le phénomène à une opportunité politique. C'est affligeant. Le Conseil fédéral, en ne parlant presque que des extrémistes de droite, ne joue pas son rôle de capitaine du bateau chargé de maintenir le cap et je le regrette profondément.