Neirynck Jacques · Nationalrat · 2000-10-05
Neirynck Jacques · Nationalrat · Waadt · Christlichdemokratische Fraktion · 2000-10-05
Wortprotokoll
On ne peut pas comprendre le nazisme si on ne l'a pas vécu. Je suis probablement, dans ce Parlement, le seul qui l'a vécu. En octobre 1942, j'étais dans ma classe, dans un collège, j'avais 11 ans, les hommes de la Gestapo sont venus chercher deux enfants juifs qui étaient cachés dans ma classe. Quand ils sont partis, à 11 ans, j'ai compris qu'on allait les tuer. J'ai compris à 11 ans que ce n'était pas la guerre, mais le mal au sens absolu, au sens diabolique du terme.
Je puis tomber d'accord avec la conseillère fédérale en charge de justice et de police quand elle dit qu'il n'est pas nécessaire et qu'il n'est pas intéressant de dramatiser la situation actuelle. Les groupuscules d'extrême droite ou d'extrême gauche n'ont aucune chance, actuellement, d'accéder au pouvoir, ni par des troubles à l'ordre public, ni par le jeu des institutions: la maturité politique et les traditions démocratiques de la Suisse le garantissent. Dans cette optique-là, on a le temps.
Mais là n'est pas le problème. Les agitateurs politiques deviennent dangereux lorsque leurs idées corrompent une partie de l'opinion publique, lorsqu'elles séduisent des partis politiques bien établis. Le débat n'est pas dans la rue, il n'est pas dans le Parlement, il est dans le coeur et l'esprit de chacun d'entre nous. Le but des extrémistes est d'acquérir une honorabilité et une crédibilité qu'ils n'obtiendront jamais dans la rue. Sans dramatiser pour autant, on doit néanmoins éviter de banaliser. On doit donc désigner le mal par son nom dès qu'il pointe. Au coeur de chaque citoyen ordinaire, y compris celui qui parle, dort une bête malfaisante qui ne demande qu'à s'éveiller, pas maintenant, pas lorsque l'économie fonctionne et que la paix du continent est assurée, mais à l'occasion d'une grande crise économique ou écologique, qui finira par arriver. Si le démon de la guerre saisissait à nouveau le monde, alors toutes les aventures deviennent possibles, même ici, même dans le pays le plus riche et le plus civilisé, ce que l'Allemagne était avant la Seconde Guerre mondiale. C'est par la tête que le poisson pourrit.
Extirper le mal signifie ne pas laisser distraitement la liberté de mal faire aux ennemis de la liberté de bien faire, ne pas protéger naïvement leurs idéologies au nom de la liberté de penser. Force m'est de constater que les mesures préconisées par le Conseil fédéral se situent nettement en dessous de celles proposées par le groupe de travail organisé par le Département fédéral de justice et police. A titre d'exemple, je ne le savais même pas, je ne l'imaginais même pas, dans l'état actuel de la législation, il n'est pas interdit d'utiliser en Suisse les symboles et les gestes qui ont été employés jadis par les nazis avec le succès que l'on sait, ni d'importer du matériel de propagande, ni de créer un parti défendant ces idées, ni de tenir une réunion internationale avec des partis de même nature. Le groupe de travail demande de réprimer toutes ces actions. Le Conseil fédéral hésite!
Le Conseil fédéral est prêt à utiliser toute la marge de manoeuvre disponible pour lutter contre l'extrémisme. En revanche, il ne semble pas pressé d'élargir cette marge de manoeuvre. Si la loi ne donne pas encore les moyens d'agir, il faut la réviser dans l'urgence, avant que les problèmes ne se posent sérieusement. Il ne suffit pas de donner une mission d'étude à des juristes et puis de croire que l'on a résolu le problème. Le droit est impuissant contre les ennemis du droit. Le légalisme des démocraties est le meilleur allié des extrémistes de gauche ou de droite. Il n'est plus temps de réfléchir. Il faut agir.