Lexipedia

Rennwald Jean-Claude · Nationalrat · 2007-03-08

Rennwald Jean-Claude · Nationalrat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2007-03-08

Wortprotokoll

Il y a effectivement dans ce rapport un certain nombre de constats réjouissants quant à la santé et au dynamisme de l'économie suisse. Mais ce qui me dérange un peu plus, c'est que ce rapport est fondé sur une philosophie qui met presque exclusivement l'accent sur la libéralisation de l'économie et sur le libre-échange. Bien sûr, même comme syndicaliste, je reconnais que le développement des échanges a largement contribué à l'élévation du niveau de vie moyen dans ce pays; et nous sommes bien placés pour le savoir lorsqu'on connaît le poids des différentes industries d'exportation dans notre pays. J'aimerais tout de même faire quatre constats critiques.

Le premier constat, c'est que l'augmentation de la richesse globale n'a pas empêché l'aggravation du fossé Nord-Sud, ni le développement de nouvelles pauvretés comme le chômage de masse, le travail précaire ou les travailleurs pauvres dans des pays industrialisés. Le Bureau international du travail, dans son dernier rapport, note que la forte croissance de 2006 n'a pas fait reculer le chômage dans le monde, son taux de 6,3 pour cent restant inchangé. Avec tout cela on voit aussi que durant cette période, il y a eu une forte augmentation des gains de productivité, de l'ordre de 26 pour cent, alors que le nombre d'emplois n'a progressé que de 16 pour cent.

[PAGE 121]

Le deuxième constat, c'est que pratiquement partout la libéralisation ou la privatisation des services publics a été synonyme de régression sociale. Et ce sont surtout les catégories sociales les plus modestes qui profitaient de services publics gratuits ou peu chers qui en ont fait les frais parce que ces services sont devenus payants par la suite ou coûteux. On l'a vu, par exemple, avec la libéralisation des chemins de fer en Angleterre.

Par ailleurs, la mondialisation des échanges concerne surtout le secteur financier, les détenteurs de capitaux investissant moins dans l'industrie parce que c'est moins rentable que les placements financiers.

Enfin, il faut noter que cette accélération de la croissance liée à la mondialisation échappe à tout contrôle démocratique. C'est tout de même un problème, lorsque l'on sait que certaines grandes multinationales ont parfois plus de poids que les Etats dans les processus de décision.

Malgré tout ce que je viens de dire, je ne suis évidemment pas favorable à un retour au protectionnisme. Mais cette croissance et cette augmentation des richesses devraient être mieux régulées et redistribuées. Je crois que, par rapport à cela, il faut instituer partout des systèmes viables de protection sociale, créer un environnement favorable à la création d'emplois durables et établir un cadre légal qui protège les salariés. Cela passe dans tous les pays notamment par le respect des normes sociales fondamentales de l'Organisation internationale du travail, comme par exemple du droit de négociation collective ou de la liberté syndicale.

A ce propos, on parle beaucoup de la Chine et de sa croissance faramineuse. Mais ce qu'on sait moins, c'est que dans ce pays se développe une société à deux, voire à trois vitesses qui se traduit par des grèves et des émeutes. Or je pense que nous n'avons pas intérêt à ce que des tensions se développent partout dans le monde, et spécialement dans ce pays.

J'aimerais enfin noter qu'à mon sens, le rapport pèche en ce qui concerne les relations économiques entre la Suisse et l'Union européenne, qui reste notre principal partenaire. En effet, le Conseil fédéral est à mes yeux obsédé par le bilatéralisme, mais je crois que jamais le bilatéralisme ne nous permettra de profiter pleinement de l'accès au grand marché intérieur européen. J'en veux pour preuve qu'entre 1995 et 2004, par exemple, la croissance du PIB réel par habitant a été de 21 pour cent dans l'Europe des Quinze, mais de 8 pour cent seulement en Suisse. Durant la même période, la croissance des salaires réels a été de 13 pour cent dans l'Union européenne, mais de 5 pour cent seulement en Suisse.

Tout cela évidemment ne signifie pas que nous n'avons aucune critique à formuler à l'égard de l'Union européenne et de sa politique. Il n'en reste pas moins qu'une intégration totale serait un plus sur le plan économique et sur le plan social, puisque dans bien des domaines, notamment ceux de la durée du travail et de la protection contre le licenciement, l'Union européenne a bien de l'avance sur nous.

Rennwald Jean-Claude · Nationalrat · 2007-03-08 | Lexipedia | Lexipedia