Veillon Pierre-François · Nationalrat · 2007-03-13
Veillon Pierre-François · Nationalrat · Waadt · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2007-03-13
Wortprotokoll
Je vous demande, au nom du groupe UDC, de soutenir la proposition de la minorité Schibli de renvoyer ce projet au Conseil fédéral. Cette proposition a le mérite de demander une réflexion de fond sur l'avenir de notre agriculture pour ces dix à quinze prochaines années.
Notre société contemporaine a perdu les liens qu'elle avait avec le monde rural. On avait tous, il y a encore vingt ou trente ans, un oncle agriculteur chez qui on allait passer des vacances et s'imprégner de la réalité paysanne. Avec de surcroît l'évolution de l'économie et du niveau de vie en Suisse, l'agriculture se marginalise toujours un peu plus. Cela se traduit par une attente et par des demandes contradictoires à son égard de la part de la société civile et des milieux économiques et politiques - cela a déjà été dit ce matin.
La société civile veut dormir sur la paille et prendre son petit-déjeuner à la ferme; elle souhaite une agriculture de proximité et consommer des produits du terroir. Les milieux économiques et politiques sont partagés: il y a ceux pour qui l'agriculture est seulement un coût, voire un surcoût; il y a ceux qui préconisent une agriculture de jardinage où la production est accessoire, afin de laisser la place aux autres secteurs économiques visant à développer leurs exportations et les échanges internationaux; il y a enfin ceux qui se préoccupent de soutenir une production agricole indigène forte pour garantir une sécurité alimentaire. Il faut trancher cette question avant de lancer la "PA 2011".
Je ne suis pas sûr que l'on puisse marginaliser le secteur primaire sans effets à moyen terme. J'aimerais dire: "Attention, un pays qui lâcherait son agriculture pourrait bien un jour perdre son âme. Ce pays pourrait aussi un jour avoir faim."
Je vous signale mes intérêts dans le dossier agricole: je suis copropriétaire et codirecteur d'une fiduciaire agricole qui suit 350 exploitations en Suisse romande. C'est un observatoire privilégié de la vie rurale. Mon constat est le suivant: le revenu agricole est régulièrement à la baisse, ce qui menace souvent l'équilibre financier de l'exploitation. Je constate qu'une précarité se développe chez de nombreux agriculteurs âgés de 50 ou de 60 ans, qui ont passé leur vie active sur le domaine familial. Ils sont écartelés entre l'impossibilité de restructurer leur exploitation et la difficulté de rechercher un emploi complémentaire extra-agricole. Ils n'ont pas droit aux prestations de l'assurance-chômage. Je constate aussi que la pratique agricole est de plus en plus envahie par les normes, les règlements, la paperasse et les contrôles. Enfin, il y a aussi la présence de jeunes agriculteurs bien formés et désireux de développer le patrimoine familial. Ces jeunes agriculteurs ont la volonté de produire des denrées alimentaires. Ils ne sont pas d'accord de laisser leurs terres en friche pour toucher des subventions, comme le prévoit la "PA 2011".
Madame la conseillère fédérale, ces jeunes paysans ne comprennent pas les choses suivantes: on leur dit de produire du lait parce que la Suisse est un pays à vocation herbagère; on leur dit de s'engager pour des produits à valeur ajoutée, donc pour la fabrication de fromage; on leur dit de militer pour l'exportation de leurs fromages à l'étranger, parce qu'il y a des solutions; mais en même temps, le Conseil fédéral supprime toutes les mesures de soutien au marché du lait et à la fabrication de fromage. Et ces jeunes ne comprennent pas cette décision, d'autant plus que l'Union européenne, qui est notre principal marché d'exportation et d'échanges agricoles, applique un dispositif de soutien au marché du lait. Pourquoi est-ce qu'il y aurait deux poids et deux mesures? Que dois-je leur répondre, Madame la conseillère fédérale?
Si notre conseil entre en matière sur ce projet, alors le groupe UDC vous demande d'amender la version du Conseil fédéral. Il s'agit en particulier de maintenir une enveloppe financière cohérente, de maintenir le système de soutien au marché du lait plutôt que d'attribuer une contribution pour les vaches laitières, et de soutenir les productions végétales stratégiques - je pense à la pomme de terre, à la betterave ou, pour l'huile, au colza.
Les membres du groupe UDC feront des propositions de minorité. Ces correctifs visent à donner du temps aux agriculteurs en phase de transition et des moyens à ceux qui relèvent le défi d'être agriculteurs aujourd'hui en Suisse.
Je vous demande de soutenir ces propositions.
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