Zisyadis Josef · Nationalrat · 2006-10-03
Zisyadis Josef · Nationalrat · Waadt · Fraktionslos · 2006-10-03
Wortprotokoll
"A gauche toute!/Links!" vous propose de renvoyer ce projet au Conseil fédéral avec mandat de revenir avec une proposition de suppression de l'armée - cette armée décidément en psychothérapie permanente - et son remplacement par un service civil obligatoire pour tous les hommes et femmes.
En effet, de plus en plus d'Etats européens renoncent partiellement ou entièrement au service militaire obligatoire. La menace a changé profondément dans les dernières années. Il ne s'agit plus de guerres entre Etats; aujourd'hui ce sont les problèmes environnementaux, sociaux, de sécurité intérieure et de lutte contre le terrorisme qui sont devenus la nouvelle raison d'exister des armées dans le monde. Le nombre des Etats européens dans lesquels le service militaire obligatoire n'existe pas ou plus augmente constamment: en 2006, il y en avait quatorze; six autres membres de l'Union européenne connaissent un service civil de durée égale au service militaire.
Que vous le vouliez ou non, le service militaire obligatoire disparaîtra. Bien que l'on ne veuille pas le reconnaître dans le fond, la forme prend peu à peu une orientation conforme à ce qui ressemblerait à une armée semi-volontaire, semi-professionnelle. Les réformes de l'"Armée XXI" vont dans ce sens, réduisant peu à peu les effectifs et assignant des tâches très spécifiques aux soldats, missions qui dépassent largement le cadre de la défense du territoire. A terme, la fin de l'obligation de servir devrait donc être la conséquence logique d'une série de réformes déjà mises en oeuvre, pour certaines dans les années à venir, pour d'autres peut-être au courant de ce siècle. Ce qui est sûr, c'est que les mentalités sont en train de changer. Aujourd'hui, en dehors d'une minorité de conservateurs, la population admet facilement que nous n'avons plus besoin d'une armée de milice. Qui aurait pensé cela il y a dix ans? Seul peut-être le Groupe pour une Suisse sans armée.
La discussion en Suisse sur l'abolition du service militaire obligatoire s'inscrit dans le processus de transformation des armées qui touche l'ensemble des pays occidentaux depuis la fin de la guerre froide. De la défense du territoire national à celui de l'Alliance atlantique, les armées européennes ont passé à la fonction de défense des intérêts financiers occidentaux partout où ceux-ci sont menacés. La mutation institutionnelle de l'OTAN en 1999 - interventions en dehors du territoire de l'Alliance atlantique - et les projets en cours de réalisation d'une force d'intervention rapide européenne sont l'expression de cette transformation qui a conduit à un abandon complet des systèmes de recrutement basés sur la conscription obligatoire.
Nous, membres d'"A gauche toute!/Links!", sommes favorables à la suppression du service militaire obligatoire parce qu'elle constitue une chance pour remettre en cause l'existence même de l'armée. Mais nous sommes tout aussi opposés au remplacement du service militaire obligatoire par une armée professionnelle ou un système de milice volontaire parce que ceux-ci renforceraient les politiques sécuritaires à l'intérieur et à l'extérieur.
La question qui se pose du point de vue de la politique de paix est: comment profiter de la libération des ressources humaines et financières qui se produira avec la suppression du service militaire obligatoire, pour développer des moyens civils de prévention et de transformation des conflits et pour encourager le désarmement? Le monde n'a pas besoin de plus de capacités militaires, mais de plus de capacités civiles et solidaires. Une armée de milice volontaire avec des engagés de longue durée est tout aussi problématique, du point de vue du contrôle démocratique et des dérives sécuritaires, qu'une armée professionnelle.
La suppression du service militaire obligatoire libérerait un très grand potentiel de ressources humaines. En même temps, on constate déjà une grande demande pour augmenter les possibilités d'engagement de personnel dans les domaines de la solidarité sociale, de la prévention des conflits à l'intérieur et à l'extérieur, de l'environnement et de la solidarité internationale. Vous savez bien que des centaines de gens ont demandé de pouvoir s'engager en Asie du Sud-Est lorsqu'il y a eu le tsunami! Il faut donc aller jusqu'au bout de cette logique: supprimer l'armée et promouvoir la création d'un service civil qui donnera une nouvelle chance, un nouvel horizon aux jeunes, afin qu'ils participent à une culture de la paix et contribuent au bien-être de l'humanité.
Dans ce cadre, les jeunes ambassadeurs de la Suisse pourront porter secours dans l'immédiateté des catastrophes, mais aussi s'investir dans des projets humanitaires et écologiques à plus long terme: construire ici une école, là une installation d'eau potable, etc. Pour prendre pleinement son sens, cette formation générale ne doit pas rester théorique, elle doit déboucher sur un projet pratique impliquant les jeunes citoyens en toute autonomie. Tous les jeunes, hommes et femmes, devraient donner quelques mois de leur vie pour des missions dans le secteur de la solidarité, de la prévention, de l'éducation, de l'environnement et de l'action humanitaire.
Nous vous invitons à soutenir cette proposition de renvoi, pour que la Suisse soit enfin promotrice de quelque chose de neuf dans le monde.