Couchepin Pascal · Bundesrat · 2007-03-19
Couchepin Pascal · Bundesrat · Wallis · 2007-03-19
Wortprotokoll
J'ai rarement entendu dans cette enceinte s'exprimer Monsieur Mörgeli. Ce soir, il l'a fait sur un sujet qui généralement appartient au noyau central de ses réflexions et de son activité. Je me suis demandé en l'entendant s'il était sérieux. Son discours était polémique, il y avait de l'esprit, et il y avait sur son visage le plaisir de provoquer et de choquer. Et je me suis demandé si réellement il pensait ce qu'il disait ou si simplement il jouait.
Dans le doute, je dois admettre que probablement vous pensez, vous croyez une partie de ce que vous dites et je crois que c'était bien que vous preniez la parole pour que cette assemblée voie quels mondes s'affrontent. D'un côté, votre monde, dans lequel transparaissent une certaine animosité, la méfiance à l'égard des personnes, des attaques personnelles contre le président de la commission, avec par la bande une petite chiquenaude à l'égard du chef du département, une animosité profonde à l'égard de ceux qui ne partagent pas vos opinions; bref, un monde qui n'est pas le mien et qui n'est probablement pas celui de l'immense majorité de cette assemblée qui croit aux valeurs de tolérance, de respect et aux discussions, passionnées parfois, mais autant que faire se peut respectueuses de l'adversaire.
En face de ce monde qui ne peut qu'aboutir à des tensions, à de perpétuelles remises en cause des valeurs sur lesquelles sont fondés notre Etat démocratique et une société libérale, il y a le bon sens qui dit qu'une commission comme celle-là ne peut pas accomplir des miracles, mais elle a un rôle à jouer. La commission occupe deux personnes, son budget annuel est de 180 000 francs. Ce n'est donc pas une institution lourde, ce n'est pas une institution qui est un rouleau compresseur qui risquerait d'imposer des vues. Mais elle apporte une voix fluette, qui est celle d'une certaine humanité et d'une certaine attention à des problèmes qui généralement ne sont pas au centre de nos préoccupations principales.
Et il est bon que cette commission existe, qu'elle puisse s'exprimer, même lorsque personnellement je ne suis pas tout à fait d'accord avec ce qu'elle dit. Il est bon qu'elle s'exprime et, si l'on doit prendre un risque, il vaut mieux prendre le risque qu'elle s'exprime un peu trop plutôt que celui qu'elle ne s'exprime plus et qu'il n'y ait plus une seule petite voix fluette dans ce pays pour dire des choses qui vous déplaisent.
L'Etat de droit est un Etat dans lequel on n'essaie pas continuellement de changer les règles du jeu, chaque fois qu'une décision qui est prise ne vous convient pas. L'Etat de droit permet aux tribunaux de s'exprimer sans qu'ils soient menacés. Il permet à des gens et à des instances qui ne partagent pas notre opinion de s'exprimer, y compris à la Commission fédérale contre le racisme.
C'est quand même un comble que vous parliez de liberté d'expression au moment même où vous voulez supprimer une voie institutionnelle faible, très modérée, en tout cas pas puissante. Vous voulez la supprimer au nom de la liberté de parole! Ce soir, je crois qu'il faut que le conseil s'exprime sur ce sujet.
Le Conseil fédéral vous demande avec conviction le rejet de cette motion, et avec encore plus de conviction après avoir entendu les justifications de Monsieur Mörgeli. (Applaudissements partiels)