Couchepin Pascal · Bundesrat · 2007-06-19
Couchepin Pascal · Bundesrat · Wallis · 2007-06-19
Wortprotokoll
Comme l'a dit Monsieur Stadler, nous allons maintenant aborder trois projets qui sont liés aux écoles polytechniques fédérales, à savoir le plafond de dépenses, les modifications législatives et le mandat de prestations. Ces trois éléments forment un ensemble qui exprime concrètement notre intérêt et notre appui aux écoles polytechniques fédérales que j'ai qualifiées assez souvent de "vaisseau amiral de la recherche suisse". Ce n'est pas diminuer l'estime que l'on a pour les autres centres de recherche, en aucun cas, mais c'est là qu'est concentrée la plus grande partie des efforts faits sur le plan le plus général en matière de sciences et de recherche dans notre pays. On a besoin de toute la flotte, mais il faut un vaisseau amiral; c'est la base de la stratégie navale et il faut de l'argent pour tout cela.
Vous décidez ici de l'argent nécessaire à la poursuite de l'activité des vaisseaux amiraux. J'emploie le pluriel, car depuis un certain nombre d'années, deux écoles polytechniques fédérales doivent chercher à coordonner, à développer une vision d'ensemble. Comme Monsieur Stadler l'a dit avec raison, ce n'est pas la concurrence entre les écoles polytechniques fédérales de Lausanne et Zurich qui doit être notre sujet de préoccupation, mais on doit faire en sorte qu'elles confortent la position de la Suisse à l'égard des pays [PAGE 574] émergents et des pays établis dans le domaine de la science et de la recherche.
Que la répartition des moyens entre les deux écoles crée des tensions est compréhensible, mais cela n'est pas nécessaire. Prenons les montants qui sont en compétition - Monsieur Stadler, je sentais que vous alliez le dire et je le dis à votre place -, il s'agit de quelques dizaines de millions de francs par rapport à 1,5 milliard de francs. Le problème principal réside donc ailleurs, soit dans ce que vous avez appelé les cultures ou les approches culturelles différentes. On ne pourra pas régler cela dans ce débat, il faut décider aujourd'hui des moyens, et ensuite on discutera des différences de culture, s'il y en a.
Vous avez parlé de monarchie et des républicains. Certains disent qu'en réalité, il faudrait plutôt comparer monarchie et système féodal; le système républicain est quelque chose d'un peu différent. Les deux ont leurs avantages et leurs désavantages. C'est cette comparaison qu'il faut employer, plutôt qui celle qui tendrait à mettre en regard le système démocratique et un système qui serait présidentiel. Mais on en reparlera.
On a posé aussi la question de savoir jusqu'à quel point l'autonomie nécessaire, indispensable des écoles polytechniques fédérales implique qu'il n'y ait pas de contrôle sur les résultats de leurs recherches. C'est là probablement que se trouve le coeur du problème. Certains dans les milieux universitaires, dans le milieu des écoles polytechniques fédérales en particulier, disent: "Vous devez nous confier des moyens; puis vous choisissez bien les professeurs, les chercheurs; ensuite ce sont eux qui décident de l'affectation des moyens, des recherches qui doivent être faites; de temps en temps vous demandez si le niveau des professeurs reste bon et s'il le reste vous dites qu'il faut continuer." Je crois qu'aujourd'hui, dans toute l'industrie, dans tout le monde universitaire, on va un peu plus loin et qu'on essaye, peut-être maladroitement - là, il y a matière à discuter -, de mesurer ou d'appréhender la qualité et la quantité des résultats obtenus. Cela n'implique pas un refus de l'autonomie, mais un esprit de dialogue entre ceux qui fournissent les moyens et ceux qui les utilisent.
Une chose est apparue dans cette petite crise, c'est que personne ne conteste la qualité des professeurs, ni à l'Ecole polytechnique fédérale de Zurich, ni à l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne. Tout le monde est très fier de la qualité de la recherche qui y est faite, mais est-ce qu'une instance commune, est-ce que le monde politique peut attendre des chercheurs de qualité qui sont là qu'ils soient d'accord de donner un certain nombre d'indications sur les résultats de leurs recherches? Est-ce qu'on peut aujourd'hui inciter les chercheurs à essayer de démontrer concrètement que l'argent investi a été utilisé de manière efficace? Ou alors, faut-il en rester à ce qui était l'esprit de l'université du XIXe siècle et d'une partie du XXe siècle, où l'on disait: "Un professeur de qualité est un professeur de qualité: on lui confie les moyens de poursuivre ses recherches, et on ne s'intéresse pas au détail de ce qui a été produit"? Cela, c'est un débat qu'il faudra avoir plus tard. Il n'y pas lieu de l'avoir aujourd'hui, mais c'est une question intéressante sur laquelle il sera nécessaire de se pencher.
Vous avez parlé aussi de l'accès aux écoles polytechniques fédérales. Pour moi, il est clair que la maturité doit ouvrir les portes de toutes les hautes écoles universitaires suisses - sous réserve des hautes écoles spécialisées où il faut en plus de la pratique -, c'est-à-dire des universités et des écoles polytechniques fédérales. Si le niveau de certains diplômés est insuffisant, ce n'est pas dans la direction d'un examen d'entrée qu'il faut aller, mais dans celui du renforcement des exigences de la maturité, notamment en matière de sciences et de mathématiques. C'est ce que nous avons discuté avec les directeurs cantonaux de l'instruction publique et c'est ce que nous essayerons d'améliorer par le biais d'une nouvelle ordonnance sur la reconnaissance des certificats de maturité gymnasiale.
Monsieur Bonhôte propose d'augmenter le plafond des dépenses en fonction des montants demandés par les écoles polytechniques fédérales. Je pense en effet que vous bénirez Monsieur Bonhôte si vous les obtenez! Mais, j'ai entendu l'autre jour un professeur que je respecte beaucoup, Prix Nobel par ailleurs, qui est un esprit critique devant la crise actuelle de l'Ecole polytechnique fédérale de Zurich et dans ses relations avec le Conseil des écoles polytechniques. Il disait: "Au fond, on a assez d'argent. C'est peut-être plus dans le fonctionnement que quelque chose ne marche pas." Bien sûr, il est à la retraite; alors les autres disent: "Il est facile pour quelqu'un qui est à la retraite de se déclarer satisfait, alors que nous qui sommes actifs constatons directement le manque de moyens."
Je crois quand même, vous devez l'admettre avec nous, que l'augmentation des crédits pour le Fonds national suisse de la recherche scientifique et pour la Commission pour la technologie et l'innovation - plus pour le Fonds national à cause des écoles polytechniques fédérales - est un plus. Cela donne des moyens.
Là, j'attire votre attention sur quelque chose qui m'a surpris. L'Ecole polytechnique fédérale de Zurich est proportionnellement moins gourmande de ces fonds, dans le sens positif du terme, que l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne. La proportion par année, je la donne de mémoire, est sauf erreur de l'ordre de 30 millions de francs pour l'une et de 50 millions de francs pour l'autre, alors qu'il y a plus du double d'étudiants dans l'une que dans l'autre. Donc, il y a, probablement là aussi, quelque chose qui provoque une interrogation. Pourquoi l'une des deux écoles recourt-elle plus que l'autre aux fonds compétitifs du Fonds national ou aux fonds compétitifs internationaux? C'est peut-être aussi un indicateur qui dénote que les choses sont assez complexes et que cela mérite une discussion approfondie, sans polémique, dans le respect des professeurs, des compétences, avec l'admiration que l'on porte à ces brillants cerveaux qui animent nos deux écoles polytechniques fédérales. On aura cette discussion.
Pour l'instant, je vous demande d'approuver le plafond des dépenses tel qu'il est proposé, de remercier Monsieur Bonhôte pour sa volonté de l'augmenter, mais, après l'avoir remercié, de ne pas soutenir sa proposition.