Ory Gisèle · Ständerat · 2007-09-25
Ory Gisèle · Ständerat · Neuenburg · Sozialdemokratische Fraktion · 2007-09-25
Wortprotokoll
Le projet de loi sur les langues que nous examinons aujourd'hui répond à une attente pressante des minorités linguistiques de notre pays. Depuis longtemps nous voulions une loi sur les langues, et depuis longtemps le débat a été esquivé, repoussé. Nous avons préféré jeter un voile pudique sur nos difficultés à vivre ensemble, plutôt que de les affronter et de prendre des décisions politiquement innovantes. Nous avons coutume de dire, dans les discours du 1er août, que la Suisse a une caractéristique extraordinaire: elle est née de la volonté de ses diverses populations de vivre ensemble; elle n'est pas le résultat d'un partage autoritaire; les cantons suisses ont voulu s'allier et ils l'ont fait.
Si cette caractéristique est extraordinaire, elle est aussi en même temps notre force et notre faiblesse. Si nous avons voulu vivre ensemble, c'est que nous avions des intérêts communs et que nous sommes pleinement conscients des avantages que nous trouvons dans notre collaboration. C'est notre force. En revanche, nous devons bien constater que nous avons réuni sous un même toit des populations diverses, des cultures diverses, des langues diverses, des religions diverses, et vivre ensemble nous demande un effort particulier. Nous devons chaque jour aller à la rencontre des autres, tenter de les comprendre, de les accepter dans leurs différences. C'est notre difficulté.
Notre attention ne doit donc jamais se relâcher. Vivre ensemble n'est pas possible si l'on ne se comprend pas, et la compréhension mutuelle passe par un vecteur: la langue. Cela signifie que, dans toute la mesure possible, les Suisses et les Suissesses doivent comprendre la langue de leurs concitoyens et concitoyennes. Ils doivent l'apprendre, la savoir aussi bien que possible, pour pouvoir accéder à la culture des autres et à la compréhension de leurs réactions, de leurs priorités. Ce projet de loi sur les langues est donc non seulement utile, mais nécessaire. Il est un pas important dans la bonne direction, à savoir vers la reconnaissance et le respect des minorités linguistiques. Il en a fallu du temps pour arriver à ce résultat!
Aujourd'hui, la loi est sous toit. Elle a trouvé une bonne majorité au Conseil national ainsi qu'au sein de la commission de notre conseil. Pour y arriver, il a fallu que les représentants des minorités linguistiques se rappellent régulièrement au bon souvenir des représentants de la langue majoritaire; il a fallu que le mécontentement se fasse palpable, il a fallu les initiatives de plusieurs cantons alémaniques, peu goûtées en Suisse romande et au Tessin. Le ronronnement politique fédéral tend à faire parfois oublier que le respect des minorités est un des fondements de la cohésion de la Confédération et que sans cela la Suisse ne peut pas exister. La compréhension mutuelle, la connaissance de la langue et de la culture des autres sont les fondements de la reconnaissance des minorités.
Le débat d'aujourd'hui ne porte pas seulement sur la question de savoir si l'on veut apprendre d'abord le français ou l'anglais ou si l'on veut engager des fonctionnaires tessinois dans l'administration fédérale, mais sur le fait de savoir si l'on veut assurer la pérennité et l'exemplarité du système suisse. J'ai la faiblesse de penser que la Suisse et ses équilibres subtils méritent que l'on fasse quelques entorses au sacro-saint principe de l'autonomie des cantons en matière culturelle. Les nouvelles compétences données à la Confédération dans le domaine de l'instruction montrent que ces questions ne sont plus seulement cantonales, mais que peu à peu elles deviennent aussi fédérales.
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J'ai du mal à comprendre la résistance du Conseil fédéral et le temps qu'il a fallu pour élaborer cette loi. Pourtant, le devoir de légiférer sur les langues découle de l'article 70 de la Constitution. La préparation d'une loi sur les langues a été signalée dans le programme de législature depuis 1995. L'avant-projet envoyé en consultation a rencontré un accueil globalement favorable et les avis exprimés lors de la consultation ont été intégrés au projet.
En outre, le plurilinguisme est de plus en plus prisé. L'avenir appartient à ceux et à celles qui sauront le plus de langues différentes. Je suis née à Bienne et je sais quelle est la force des Biennois qui parlent deux langues depuis leur prime enfance et qui sont ensuite capables d'en apprendre une troisième et une quatrième beaucoup plus facilement que les autres. C'est une évidence, le plurilinguisme est une qualité extraordinaire, et en le favorisant, nous donnerons à nos enfants des outils pour se battre dans le monde de demain, un monde où ceux qui peuvent jouer le rôle de lien entre les gens auront un rôle irremplaçable et très précieux.
Autrefois, tout le monde se déplaçait dans le courant de son apprentissage pour apprendre les autres langues nationales. Cela se fait moins aujourd'hui. Il est temps de revenir à de telles pratiques et, surtout, de ne pas les limiter aux jeunes qui font des études et qui font des échanges linguistiques dans le cadre des universités ou des HES. C'est toute la population qui doit se sentir concernée par l'apprentissage des langues. En Suisse, nous n'utilisons pas suffisamment notre potentiel d'immersion. Alors que nous avons la possibilité de nous mélanger au cours de notre cursus scolaire, nous apprenons l'allemand ou le français comme s'ils étaient parlés à l'autre bout du monde. Nous aurions tout avantage à mieux utiliser notre potentiel et à multiplier les échanges d'étudiants et d'enseignants et les écoles bilingues.
Cette loi est un encouragement au plurilinguisme et au respect des minorités linguistiques.
Je reviendrai plus tard sur l'article 15 alinéa 3. Pour l'instant, je vous prie d'entrer en matière sur cette loi.