Epiney Simon · Ständerat · 2007-10-04
Epiney Simon · Ständerat · Wallis · Christlichdemokratische Fraktion · 2007-10-04
Wortprotokoll
Après avoir lu le projet de loi issu de l'initiative Giezendanner, je dois vous avouer que j'aurais préféré qu'on n'entre pas en matière. En effet, lorsqu'on lit ce titre malheureux: "Lever l'interdiction des courses de formule 1", on se rend bien compte que le contenu de ce projet de loi ne correspond pas à la réalité d'aujourd'hui, ni à celle de demain. Puis, à la lecture des délibérations du Conseil national, j'ai été convaincu que cet objet méritait autre chose qu'une adoption ou un rejet, et qu'il mérite en tout cas qu'on en examine également d'autres aspects tels que les retombées économiques. De même, par hasard, j'ai parcouru les délibérations sur la levée de l'interdiction de l'absinthe (02.475), et je dois avouer également que certains collègues qui sont intervenus contre l'entrée en matière avaient utilisé finalement des arguments qu'on pourrait très bien leur retourner aujourd'hui. Mais je ne le ferai pas.
Envisager l'organisation d'une une course de formule 1 en Suisse, c'est comme jouer les arlésiennes. C'est une possibilité, aléatoire, vraisemblablement nulle, et je remercie le président de la commission d'avoir rappelé cet aspect du problème. En effet, si c'est seulement pour lever l'interdiction d'organiser des courses de formule 1, alors il faut dire sans état d'âme non à ce projet de loi issu d'une initiative parlementaire qui porte si mal son nom.
Mais notre conseil est aussi une chambre de réflexion et un sujet, même s'il est difficile, même s'il est sensible dans certains milieux, mérite qu'on l'aborde sous tous ses aspects. Un circuit ne se justifie, dans le cadre de la pesée des intérêts, que s'il a un impact économique et sécuritaire suffisant pour l'emporter sur la nécessité de promouvoir un développement durable. Or, nous devons bien constater, et à regret, que la commission a accepté ce projet de loi sans avoir [PAGE 921] analysé de manière approfondie les effets économiques ainsi que les incidences en faveur de la sécurité routière que peut générer un circuit.
Par exemple - et cela est concret -, on sait que les 30 pour cent de la clientèle de l'anneau de Bresse en France voisine sont composés de Suissesses et de Suisses, que le circuit est occupé plus de 250 jours par an, que les week-ends sont réservés jusqu'à la fin 2008 et que ce seul circuit a généré plus de 1,5 million de francs de retombées financières pour la région après six mois d'activité. De tels chiffres doivent nous interpeller. Dès lors, me semble-t-il, il appartient quand même à notre conseil de décider en toute connaissance de cause.
C'est pour cette raison que je vous invite à entrer en matière et à renvoyer l'objet à la commission.
Il importe en particulier d'examiner quelles sont les entreprises qui travaillent, à l'instar de Sauber, dans le cadre du développement de nouvelles technologies, dans la fabrication de pièces détachées, et ne pas se contenter, comme l'a fait le Conseil fédéral, de réduire l'argumentation au fait que la Suisse ne dispose pas d'industrie automobile.
A cet égard, Monsieur le conseiller fédéral, j'aimerais quand même vous rappeler que vous avez toujours défendu, et avec raison, la participation de la Suisse à l'Agence spatiale européenne, même si une fusée Ariane n'est pas près de décoller de notre pays!
La Délégation des finances avait eu l'occasion, je m'en souviens, d'examiner les retombées financières de notre participation à l'Agence spatiale européenne et nous avons découvert avec étonnement que l'industrie suisse bénéficiait chaque année de plusieurs dizaines de millions de francs de commandes. Quand on connaît l'importance de l'industrie automobile en Suisse, il me paraît important de savoir si, effectivement, un tel circuit peut avoir des retombées financières pour notre industrie.
Pour la formule 1, j'allais dire qu'on s'en moque. Ce qui nous importe, c'est de savoir si le fait d'avoir un circuit en Suisse - quand on sait que partout autour de nous en Europe il en existe - peut avoir des conséquences favorables à notre économie, à l'hôtellerie, à la restauration. Il suffit pour ce faire que la commission extrapole une expérience, comme celle de la Bresse en France, et qu'elle nous dise si, effectivement, cette possibilité, hypothétique, aléatoire, d'aménager un circuit, peut être profitable pour notre pays.
C'est dès lors dans cet esprit que je vous invite à entrer en matière et à renvoyer ensuite l'objet à la commission pour qu'elle examine les retombées en matière économique pour l'industrie, pour l'emploi, et aussi en matière de sécurité routière.
En effet, vous n'êtes pas sans ignorer que le Parlement a voté cette législature le principe de la formation à la conduite en deux phases, qui peut être exercée sur un circuit; il y a de nombreux cours, notamment pour les motocyclistes, qui sont organisés par l'ancien champion Jacques Cornu; il y a des cours de freinage d'urgence, de contournement d'obstacles imprévus.
Bref, des besoins existent. Il faut les identifier et les analyser pour voir si, à la rigueur, un jour, la construction d'un circuit peut se justifier, non pas pour la formule 1, mais pour les besoins de l'industrie et la nécessité de maintenir et de renforcer les emplois dans ce pays.