Rennwald Jean-Claude · Nationalrat · 2007-06-04
Rennwald Jean-Claude · Nationalrat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2007-06-04
Wortprotokoll
Je constate avec plaisir que le Bureau n'est pas opposé à l'organisation d'une nouvelle session extra-muros. C'est une bonne chose, car ce qui m'a beaucoup frappé, à Flims, c'est le nombre incroyable de visiteurs - plus de 10 000 - qui sont venus assister à nos travaux. Cela montre que les sessions décentralisées répondent à un besoin profond, car sur ces 10 000 visiteurs de Flims, plus de 9000, sans doute, n'auraient jamais assisté à l'une de nos séances si nous ne nous étions pas déplacés dans les Grisons.
Je suis aussi d'accord avec le Bureau lorsqu'il affirme que les sessions extra-muros doivent rester l'exception. Il y a en revanche deux points à propos desquels j'ai plus de peine à suivre le raisonnement du Bureau. Tout d'abord, je n'ai pas dit qu'il fallait organiser une session décentralisée en 2018 dans l'Arc jurassien: mon postulat demande d'étudier la faisabilité d'un tel concept. Il y a là une nuance de taille. Et si l'année 2018 peut paraître lointaine, il n'est jamais trop tôt pour anticiper. De plus, 2018 me paraissait être une bonne année, d'un point de vue fédéral comme d'un point de vue jurassien. En effet, 2018 marquera tout à la fois le 170e anniversaire de la Suisse moderne et le 40e anniversaire de la votation fédérale sur le Jura.
L'autre aspect du raisonnement du Bureau qui me pose problème, c'est lorsqu'il affirme que le Parlement fédéral a désormais siégé dans toutes les régions linguistiques et que l'Arc jurassien ne sera sans doute pas seul sur les rangs pour organiser une nouvelle session extra-muros, puisque la Suisse orientale et la Suisse centrale pourraient aussi se porter candidates. Apparemment, cette réflexion se tient, mais, comme le disait l'éminent sociologue Pierre Bourdieu, il faut se méfier du piège des apparences. Or, s'il est vrai que des sessions se sont désormais déroulées dans toutes les régions culturelles et linguistiques du pays, une petite précision arithmétique s'impose. Jusqu'ici, en effet, le Parlement fédéral a siégé 13 jours en Suisse romande, 13 jours au Tessin, 13 jours en Suisse rhéto-romanche, mais 6000 à 7000 jours en Suisse alémanique: on admettra que l'équilibre n'est pas encore tout à fait atteint!
Toutes les régions du pays ont, bien sûr, le droit de revendiquer l'organisation d'une session extra-muros sur leur territoire, mais le Jura peut faire valoir un argument supplémentaire: c'est le fait que l'histoire des rapports entre la Confédération et le Jura est une histoire de relations difficiles et d'occasions manquées. Organiser une session décentralisée en terre jurassienne serait, dès lors, un excellent moyen de reprendre le fil de l'histoire de façon harmonieuse et de mettre en musique ce que notre ancien collègue François Lachat, alors président de l'Assemblée constituante jurassienne, avait déclaré, en substance, le 24 septembre 1978, au soir du vote fédéral sur le Jura: "C'est un peuple debout qui entre dans l'alliance fédérale."
Si les Jurassiens écrivent souvent l'Histoire avec un grand "H", ils connaissent aussi leurs limites et peuvent même faire preuve de modestie. C'est pourquoi j'ai mentionné dans mon postulat l'idée d'organiser une session extra-muros non pas dans le seul canton du Jura, mais dans l'Arc jurassien. Seul, le canton du Jura n'a pas la capacité de mettre en place un tel événement, alors qu'en travaillant avec le canton de Neuchâtel et en associant aussi le Jura bernois à un tel projet, il aurait les reins assez solides pour relever le défi.
Pour toutes les raisons que je viens d'évoquer, je persiste à croire qu'une session extra-muros organisée dans l'Arc jurassien aurait toute sa raison d'être. Mais si je suis audacieux et parfois téméraire, je ne suis pas pour autant un kamikaze. Constatant que le Bureau n'est pas opposé à l'organisation d'une nouvelle session décentralisée, qu'il veut laisser le jeu ouvert, tant en ce qui concerne le lieu que la date, et qu'un vote précipité - surtout en période électorale - aurait pour seul effet de desservir la cause que je défends, je retire mon postulat, avec l'accord de son seul cosignataire, mon excellent collègue neuchâtelois Didier Berberat. Mais je peux vous dire qu'aujourd'hui nous prenons date et que nous veillerons au grain.