Lexipedia

Maitre Jean-Philippe · Nationalrat · 1999-12-22

Maitre Jean-Philippe · Nationalrat · Genf · Christlichdemokratische Fraktion · 1999-12-22

Wortprotokoll

Le Conseil fédéral a centré sa réflexion sur le thème de "La sécurité par la coopération". Ce faisant, il a excellement décrit le cadre nouveau dans lequel doit s'insérer une politique de sécurité moderne. Depuis la chute du mur de Berlin, en effet, ce cadre est nouveau. Auparavant, on vivait dans un monde bipolaire marqué par l'antagonisme des deux grandes puissances, et la Suisse, petit Etat neutre, se trouvait dans une situation apparemment sereine. Depuis, le monde est multipolaire, il est éclaté, et sur le plan géostratégique, la situation est beaucoup plus instable. Les foyers de tensions se sont multipliés, et une seule surperpuissance prétend gendarmer le monde entier, en tout cas lorsque ses propres intérêts sont en jeu.

La menace a pris des formes complètement nouvelles, et la Suisse aujourd'hui, il faut être lucide et le constater, n'est pas en mesure d'assumer sa sécurité de manière totalement autonome.

Dans ce domaine comme dans d'autres, nous faisons l'apprentissage d'une nouvelle culture, celle de l'interdépendance. Nous ne pouvons assurer notre sécurité de manière efficace que si nous coopérons avec les Etats qui partagent nos valeurs.

Nous faisons un apprentissage nouveau également du point de vue de la méthode. La Suisse, qui a excellé jusqu'ici dans l'art de la négociation bilatérale parce qu'il s'agissait d'une approche pragmatique, pas à pas, Etat après Etat - et cela nous a assez bien réussi -, doit constater que les choses ont changé. On vit aujourd'hui l'ère du multilatéral, et la raison est assez simple: les problèmes sont devenus plus complexes et les temps de réponse toujours plus courts. Dans ce contexte, le bilatéral, qui conserve ses vertus, ne suffit plus. Les solutions d'aujourd'hui s'élaborent et se décident dans un cadre multilatéral.

[PAGE 2666]

Nous cherchons à nous rapprocher de ce cadre. Nous participons par exemple à l'OSCE ou au Partenariat pour la paix. Mais deux instances multilatérales sont essentielles pour promouvoir une politique de sécurité au sens large. C'est, en ce qui nous concerne, l'ONU et l'Union européenne. Et nous n'en sommes pas. Nous nous contentons seulement de faire du suivisme, notamment en nous alignant sur les sanctions économiques qui sont décidées par elles.

De manière très concrète, nous commençons à percevoir les défauts de notre isolement. Le fait que la Suisse, non membre de l'Union européenne, ne soit pas partie à l'accord de Schengen, par exemple, montre à l'évidence que la voie autonome en matière de sécurité nous conduit à une impasse.

Il n'y a pas de sécurité sans coopération. Il n'y a pas de coopération suffisante sans réelle participation aux instances multilatérales et, en l'occurrence, je le souligne une fois encore, à l'ONU et à l'Union européenne.

Ceux qui croient que la Suisse peut continuer à défendre valablement ses intérêts sans participer pleinement à l'oeuvre européenne commune, se comportent, en matière de sécurité, comme ceux qui, il y a des siècles, ont construit la grande muraille de Chine: ça va très bien pour les photos-souvenirs, mais ça ne protège plus personne!