Rennwald Jean-Claude · Nationalrat · 2008-03-04
Rennwald Jean-Claude · Nationalrat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2008-03-04
Wortprotokoll
Je ne suis évidemment pas opposé à une participation de la Suisse à l'Exposition universelle de Shanghai. Je crois que cela représente une vitrine économique importante pour notre pays, et, de façon plus générale, que cela renforce notre image à l'étranger. Le problème que j'ai avec cette affaire, c'est qu'en ce qui me concerne, je ne peux pas découper la réalité sociale avec, d'un côté, les questions économiques qui nous intéressent et, de l'autre, la question des droits de l'homme et des droits sociaux fondamentaux.
Or on sait que les droits de l'homme et les droits sociaux fondamentaux sont très mal respectés en Chine, et même souvent pas respectés du tout. Dans ce pays, il y a par exemple chaque année des dizaines de milliers de conflits sociaux, dont nous n'entendons pas parler ou presque en raison des restrictions qui sont mises à la liberté de la presse.
Les droits sociaux fondamentaux ne sont pas respectés non plus. On assiste parfois à des déplacements de population qui conduisent aussi à de véritables désastres écologiques. D'un point de vue plus syndical, qui m'intéresse encore davantage, on relèvera que ce pays ne respecte pas les conventions de base de l'Organisation internationale du travail, et en particulier la liberté syndicale et le droit de négociation collective.
Voici quelque temps, une nouvelle vague de répression s'est abattue en Chine sur des avocats de la démocratie, sur des dissidents et sur des plaignants, et il apparaît même que cette répression touche aussi des membres du Parti communiste chinois. Pour vous donner un exemple de l'ampleur de ce qui se passe en Chine, je vais citer un court extrait d'un article publié dans "Le Temps": "12 000 plaignants - des victimes d'injustices locales, vols de terres, pollution ou licenciement abusif, corruption, déplacement forcé - qui cherchaient réparation ont adressé une lettre ouverte aux dirigeants du Parti communiste pour demander des réformes démocratiques, le respect des libertés fondamentales et l'abolition des camps de rééducation." Je crois qu'il est de notre devoir de démocrates d'entendre ces voix.
En commission, j'avais formulé une proposition un peu plus modérée, qui demandait que le Conseil fédéral utilise toute son influence avant et pendant l'Exposition universelle de Shanghai pour obtenir des garanties de la part des autorités chinoises concernant le respect des droits de l'être humain et des droits sociaux fondamentaux sur le territoire de la Chine. Malheureusement, cette proposition a été rejetée à 2 voix d'écart. C'est la raison pour laquelle je me suis vu contraint de déposer celle qui vous est soumise aujourd'hui.
En conclusion, je crois que, face à la situation très dramatique qui existe en Chine à propos des droits de l'homme et des droits sociaux fondamentaux, nous ne pouvons pas rester muets. Ou alors, si nous restons muets, c'est que nous cautionnons un système économiquement ultralibéral, mais fondamentalement autoritaire sur le plan politique. C'est d'ailleurs sans doute d'un tel système que rêvent passablement de capitalistes en Suisse et sur l'ensemble de la planète.