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Recordon Luc · Ständerat · 2008-03-12

Recordon Luc · Ständerat · Waadt · Grüne Fraktion · 2008-03-12

Wortprotokoll

Merci, Monsieur le président, de permettre à un non-membre de la commission de s'exprimer.

"Once upon a time", cela fait longtemps, cela devait être en 1979, je me souviens d'avoir passé un diplôme d'ingénieur-physicien à l'école polytechnique sur un projet qui tenait à l'énergie solaire et au calcul de la transmission de chaleur dans un mur qui soit le mieux isolé possible. C'était dans l'ancien temps, c'était très peu de temps après la crise du pétrole induite par la guerre du Yom Kippour et après le second choc pétrolier de 1978. A cette époque, nous étions un pays ambitieux, nous étions un pays d'entrepreneurs et nos écoles polytechniques aussi bien que nos PME développaient des produits remarquables. Peu après mes études, j'ai travaillé comme ingénieur technico-commercial et j'ai eu le plaisir de faire certifier à l'EMPA à Dübendorf un des capteurs solaires thermiques les plus reconnus du marché non seulement en Suisse mais au-delà. Malheureusement, depuis lors, nous sommes tombés dans une douce passivité. Nous nous sommes certes dotés d'une législation environnementale intéressante dans les années 1980; mais, malgré tout, nous nous sommes endormis, si nous nous comparons aux autres pays qui étaient, à l'époque, bien en retard sur nous.

Ce que je trouve extrêmement dommage aujourd'hui, et même consternant, dans le discours des collègues qui ne veulent même pas entendre parler de ces motions, c'est que nous ne réalisons pas à quel point une politique tout de même un peu volontariste - une politique faite d'exigences - est non seulement une petite contrainte individuelle, mais surtout une chance pour le pays et pour les individus. Les contraintes d'aujourd'hui, ce sont les chances de demain. Croyez-vous que nous aurions une industrie des machines, une banque comme le Credit Suisse s'il n'y avait pas eu la volonté politique forte de percer le tunnel du Saint-Gothard? J'en doute fort et on est un peu loin des temps où, sous notre coupole, siégeaient Monsieur Alfred Escher et les gens de sa trempe. Il faut aujourd'hui avoir une certaine volonté de mener une politique dans les domaines énergétique et climatique, et pas seulement pendant cette législature, Monsieur le président de la commission, c'est, je crois, ce siècle qui sera celui des politiques énergétique et climatique. [PAGE 136]

Alors, ce que nous propose notre commission à cette aune pour remettre un peu en forme, de manière heureuse il est vrai, ce que le Conseil national a fait, c'est à mon avis un strict minimum, mais il ne faut pas se reposer là-dessus. Et là, j'en appelle à Monsieur le conseiller fédéral Leuenberger et à l'ensemble du Conseil fédéral pour réaliser que nous avons besoin d'une véritable politique industrielle, axée sur l'écologie industrielle, parce que nous pouvons, dans ce domaine, ne pas être à la remorque, comme nous le sommes aujourd'hui de pays comme l'Allemagne, le Danemark, l'Espagne, l'Etat de Californie, probablement les Etats-Unis dans leur entier si Monsieur John McCain est élu au mois de novembre prochain.

Nous pouvons être de nouveau ambitieux. Et je demande: où sont les moyens que nous affectons à la recherche et au développement? Où sont les commandes publiques? Où sont les incitations fiscales ciblées qui nous permettraient de redevenir des pionniers et des meneurs dans le domaine précisément de l'écologie industrielle, qui doit cesser d'être conçue comme une entrave et être enfin comprise comme une chance? Car nous n'échapperons de toute façon pas aux contraintes. Alors faisons au moins en sorte de bénéficier des chances. Ne nous en remettons pas, comme vous le propose la minorité, à cette vision du marché totalement mythologique. Nous ne croyons pas, pour notre part, que le marché est omnipotent; il a aussi besoin de recevoir des incitations, des aides, des stimulations. Encore une fois, c'est le minimum du minimum qui est proposé par la motion ici en discussion et par les deux autres qui suivent.