Ory Gisèle · Ständerat · 2008-03-12
Ory Gisèle · Ständerat · Neuenburg · Sozialdemokratische Fraktion · 2008-03-12
Wortprotokoll
Comme on l'a déjà dit, l'initiative populaire "Sauver la forêt suisse" est issue des milieux forestiers, soit des personnes qui sont toute la journée dans la forêt, qui la connaissent le mieux, qui la voient vivre. Ces personnes se sont inquiétées de la direction dans laquelle allait la révision de la loi sur les forêts et elles ont estimé qu'il était nécessaire de susciter le débat sur la gestion et l'utilisation de la forêt.
Leur initiative a été conçue comme un contre-projet à la révision de la loi sur les forêts; les initiants ont voulu un texte rassembleur, un texte sur lequel nous puissions toutes et tous tomber d'accord, c'est pourquoi il n'a rien de révolutionnaire. L'initiative affirme des valeurs communes, elle précise les liens entre les autorités, les propriétaires forestiers, le public et la forêt; elle reprend la loi et la pratique actuelle et en fait des principes constitutionnels.
Parce que je suis proche des milieux forestiers et aussi des initiants et parce que j'ai signé cette initiative dans les premiers jours, je tiens aujourd'hui à en rappeler le sens. Il est vrai que la situation a changé entre-temps. Nous venons de rejeter l'entrée en matière sur la révision de la loi sur les forêts, le danger principal est donc écarté, et il est donc fort probable que l'initiative soit retirée. Elle aura au moins eu l'avantage de rappeler l'importance de la forêt, protectrice contre les catastrophes naturelles, réservoir de la biodiversité, matière première renouvelable, lieu de détente pour les citoyens. La forêt est un élément constitutif fondamental de notre environnement et, à ce titre, elle mérite d'être reconnue dans sa multifonctionnalité et d'être protégée et soignée, et non pas seulement rentabilisée, même si cet aspect est aussi important à l'heure où l'on veut promouvoir les énergies renouvelables.
L'initiative a rappelé aussi l'importance d'une gestion respectueuse et définie sur le très long terme avec les principes de base de la loi, tels que l'interdiction du défrichement ou de la coupe rase. Elle a aussi mis l'accent sur le partenariat entre les autorités fédérales et cantonales, les propriétaires forestiers et les différents utilisateurs de la forêt. Elle a voulu attirer l'attention sur les défis qui devront être relevés ces prochaines années en relation avec le réchauffement climatique et les coûts que cela pourrait occasionner dans l'entretien des forêts. Le débat porte au fond sur le choix entre deux conceptions de la forêt traduites par deux termes latins: la forêt doit-elle être considérée comme un "patrimonium", un bien à transmettre à ses descendants, ou seulement comme un "dominium", soit un bien à rentabiliser?
Les initiants retireront en principe leur initiative, car dans la mesure où nous n'entrons pas en matière sur le projet de révision de la loi sur les forêts, ils considèrent que le but de leur initiative est atteint - j'en ai encore eu la confirmation ce matin. Ils sont néanmoins ouverts à une discussion sur une révision de la loi sur les forêts qui irait dans la bonne direction et qui reconnaîtrait mieux la multifonctionnalité de la forêt. Vu les circonstances, permettez-moi de retirer ma proposition.