Parmelin Guy · Nationalrat · 2008-06-11
Parmelin Guy · Nationalrat · Waadt · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2008-06-11
Wortprotokoll
En préambule, je déclare mes intérêts: je suis membre du conseil d'administration de la Fenaco, la Fédération nationale des coopératives agricoles.
Le Conseil fédéral entend négocier un accord de libre-échange avec l'Union européenne dans le domaine agroalimentaire afin de "consolider la position de la Suisse dans un monde globalisé" (mesure 63). Cette stratégie est difficilement compréhensible à la lumière de ce qui se passe actuellement sur les marchés internationaux des matières premières agricoles.
Lorsque l'on observe les prix, l'accès aux denrées alimentaires, nos réserves stratégiques, les biocarburants ou les conditions-cadres pour l'exportation de produits agricoles à haute valeur ajoutée, on constate une chose: de toute évidence, le Conseil fédéral - sans doute mal conseillé par l'Office fédéral de l'agriculture et le Secrétariat d'Etat à l'économie, qui visiblement sont en compétition l'un contre l'autre depuis belle lurette afin de savoir lequel décrochera la palme du meilleur libéralisateur agricole à n'importe quel prix et n'importe comment - se trompe sur toute la ligne.
Jugeons plutôt sur pièces. L'agriculture suisse va perdre au bas mot 2 milliards de francs de revenu par année, avec pour conséquence une diminution du taux d'autoapprovisionnement du pays à 25 ou 30 pour cent, contre 55 à 60 pour cent aujourd'hui. Et à terme, on déplorera la disparition de près de la moitié des exploitants agricoles du pays et de leur savoir-faire. On ne s'y prendrait pas autrement si l'on voulait mettre en danger notre souveraineté alimentaire!
Quelle est la contrepartie de cette politique désastreuse pour le pays? Voici la réponse: la vague promesse d'une diminution moyenne de 25 pour cent des prix à la consommation et le rapprochement de ceux pratiqués dans l'Union européenne. Si la situation, telle qu'on l'observe actuellement dans le monde, et même en Europe, n'était pas aussi dramatique pour certaines populations, il y aurait de quoi rire devant une telle politique de l'autruche.
Tous les Etats sont en train de réévaluer dans l'urgence leur politique en reconvertissant à la production agricole de base des surfaces consacrées à la jachère, en imposant des restrictions drastiques à l'exportation de certaines denrées [PAGE 895] agricoles - pour bon nombre d'entre elles en contradiction avec des engagements pris à l'Organisation mondiale du commerce. La Confédération, au contraire, poursuit une politique totalement déconnectée de la réalité et qui va augmenter les jachères et autres compensations écologiques de 20 000 hectares et, paradoxalement, provoquer une intensification de la production animale, ce qui va à l'encontre des buts de la politique environnementale officielle du gouvernement. Mesdames et Messieurs, cherchez l'erreur!
L'accord de libre-échange agricole avec l'Union européenne est donc principalement un accord de commerce agricole qui va profiter quasi exclusivement au secteur de la distribution. Même l'industrie alimentaire indigène va souffrir, malgré le fait qu'elle pourra au moins aussi travailler librement des matières premières importées. Des postes de travail seront mis en danger car les règles du jeu sont faussées dès le départ. En effet, l'Union européenne subventionne fortement de 25 à plus de 50 pour cent les investissements dits du premier échelon tels les frigos de stockage pour les fruits, les abattoirs, les fabriques d'aliments pour le bétail, etc., tandis que chez nous, toutes ces infrastructures offrant de la valeur ajoutée sont financées sans le soutien de la Confédération.
En clair, cela signifie que des secteurs entiers de notre production agricole indigène, tels les pommes de terre, les fruits, les légumes et la viande vont perdre des parts de marché considérables du fait qu'ils ne pourront pas être compétitifs.
A cela, il faut ajouter que l'environnement économique suisse restera cher, que ce soit au niveau des salaires, des amortissements, du coût de la construction des bâtiments, sans oublier les autres moyens de production, telle l'énergie. Et cela, à l'Office fédéral de l'agriculture, on le sait bien, puisqu'une de ses propres études comparatives de 2002 avec la Bavière montrait que la différence de coûts était de 3000 francs par hectare, avant de tenir compte de la possibilité d'obtenir certains agents de production aux prix européens. Et même en neutralisant la part de ces derniers, le solde négatif reste encore de 2000 francs par hectare. On voit donc que les agriculteurs suisses n'ont aucune prise sur deux tiers de leurs frais de production, du simple fait de l'environnement économique du pays.
L'augmentation considérable du volume de denrées alimentaires importées, d'ailleurs pour la plupart en produits finis, à laquelle va conduire ce futur accord, est ainsi inévitable avec ses aspects négatifs au niveau des transports et un bilan énergétique global catastrophique. Est-ce bien cela que le consommateur désire, alors qu'on ne cesse de parler de proximité, de volonté de connaître au mieux les méthodes de production? Il est permis d'en douter sérieusement.
Quant aux prix diminués de 25 pour cent en moyenne, je suis comme saint Thomas: je veux voir la liste exacte des denrées alimentaires de base, avec une comparaison sérieuse entre nos prix et ceux de nos voisins les plus proches. D'ailleurs, même le président de la Migros, Monsieur Claude Hauser, n'y croit pas et juge ce recul des prix de 25 pour cent "largement exagéré". Il faut reconnaître au moins à Monsieur Hauser une franchise désarmante, puisque dans la même interview accordée à "Bilan" en date du 12 mars 2008, il confirme que "pour pouvoir lutter à armes égales avec nos concurrents européens. Le cas échéant, nous demanderons un soutien financier à la Confédération pour certaines usines".
C'est donc bien la preuve que ce prétendu accord de soi-disant libre-échange est un leurre. Il aura essentiellement comme conséquence, en cas d'aboutissement, de détruire le tissu agricole de notre pays, de briser toute une partie de l'industrie de mise en valeur des produits de la terre cultivés en Suisse - avec des centaines de postes de travail perdus à la clé. Et cela pour permettre d'ouvrir toutes grandes les vannes des importations de produits agricoles, si possible à bas prix, afin de pouvoir maintenir des marges appréciables et, au besoin, en étant subventionné par la Confédération sous une rubrique nouvelle que nous créerons, intitulée "Investissement pour l'égalité des chances".
Je vous demande de voter la proposition de la minorité Schibli à l'article 14 et de biffer la mesure 63, pour donner au Conseil fédéral le signal clair qu'il fait fausse route.