Leuenberger Ueli · Nationalrat · 2008-09-23
Leuenberger Ueli · Nationalrat · Genf · Grüne Fraktion · 2008-09-23
Wortprotokoll
L'armée suisse est en pleine crise quant à sa vocation. Cela a commencé avec la fin de la [PAGE 1263] guerre froide, il y a plus de deux décennies. Aujourd'hui, la défense traditionnelle des frontières n'est plus d'actualité, comme les murs d'enceinte des villes sont devenus inutiles au début du XIXe siècle. L'autre raison de la crise, c'est qu'on sait maintenant que la lutte contre le terrorisme par des moyens militaires est contre-productive. En revanche, les trois véritables grands risques de notre époque sont les changements climatiques, la famine et l'épuisement des ressources énergétiques.
La fonction de l'armée est remise en question sur chacun de ses trois fronts: sur le front conventionnel de la défense du territoire, sur le front intérieur - où les tâches policières ont massivement augmenté - et, surtout, sur le front extérieur des engagements à l'étranger, car ceux-ci conduisent automatiquement à un rapprochement avec l'OTAN. Ce rapprochement, les deux tiers de la population le désapprouvent. La seule fonction de l'armée qui ne soit pas contestée actuellement, c'est l'aide en cas de catastrophe en Suisse et à l'étranger. Mais pour l'aide en cas de catastrophe, il n'y a pas besoin de fusils d'assaut, de chars et d'avions de combat. Ce qu'il faut, en revanche, c'est revaloriser cette aide, développer et professionnaliser notre armée dans ce domaine.
La crise de vocation de l'armée et de la politique de sécurité oblige les militaires à marquer un temps d'arrêt. Il faut revenir au civil et s'accorder un moment de réflexion. Sur le plan financier, un moratoire s'impose. Il est en effet parfaitement absurde de dépenser des millions, voire des milliards de francs pour un équipement dont on ne sait pas à quoi il sert ni comment il fonctionne.
C'est pourquoi le groupe des Verts a demandé et obtenu un débat urgent sur l'armée. C'est pourquoi il exige depuis des années un moratoire sur l'armement, un moratoire qui signifie qu'il n'entrera pas en matière sur le programme d'armement.
D'ailleurs, aucune des dépenses projetées n'est urgente. Il n'y a pas de guerre à nos frontières et pas de raison de redouter des troubles à l'intérieur du pays; les véhicules blindés peuvent donc attendre. S'agissant de leur utilisation à l'étranger, la majorité n'y est de toute façon pas favorable, ni au Parlement, ni au sein de la population. La mise à niveau des F/A-18 sert avant tout les intérêts américains; pour la Suisse, elle n'a aucune nécessité. Quant aux véhicules de lutte ABC, ils ne seraient utilisés que dans le cas d'une contamination par des moyens militaires, un cas de figure très improbable, en tout cas beaucoup moins probable qu'une contamination par des moyens civils.
Pour terminer, j'aimerais m'adresser en particulier à deux autres groupes de ce conseil, à ceux qui ont, comme nous, diagnostiqué une crise de l'armée ou en tout cas une crise de son commandement. Sur la base de vos analyses, ne serait-il pas logique que vous votiez avec nous contre l'entrée en matière? Celui qui ne sait pas dans quelle direction partir mérite-t-il vraiment qu'on lui paie le voyage?