Hodgers Antonio · Nationalrat · Genf · Grüne Fraktion · 2009-03-04
Wortprotokoll
Après quatre heures de débat, beaucoup de choses ont été dites. Je me bornerai à répondre aux arguments qui m'ont paru les plus importants ou qui sont revenus le plus souvent dans la bouche des tenants de l'initiative.
Premièrement, j'ai été surpris de constater le nombre de personnes dans les rangs de l'UDC qui sont des islamologues confirmés, qui nous ont expliqué ce qu'est la charia, le coran, quels sont les rapports entre ses lois. Et je les ai entendus dire: "Les musulmans mettent la charia au-dessus de nos lois. Ils demandent de remettre en cause notre ordre juridique. Ces communautés ne partagent pas nos lois." Alors, je vous demande: qui - quel nom -, quel représentant des musulmans en Suisse a une fois demandé que la charia soit mise au-dessus de nos lois? Des noms! Quand, à quel moment, dans quel média, quels représentants? Des faits, Mesdames et Messieurs, des faits, pas des slogans! Il n'y a jamais eu un représentant des musulmans en Suisse qui a demandé que la charia soit mise au-dessus des lois suisses. Vous n'avez jamais pu trouver un seul exemple. [PAGE 118]
Deuxièmement, j'ai entendu Madame Hutter dire: "Nous sommes en terre chrétienne." C'est faux, Madame Hutter, nous sommes en terre laïque. Moi, je suis athée et je suis fier d'être en terre laïque, dont l'histoire est liée à celle de la religion chrétienne et dont la majorité de la population est de religion chrétienne. C'est normal, cette religion a été sécularisée, mais le fondement de notre Constitution reste laïque. Si Madame Hutter veut vivre en terre chrétienne, je lui conseille d'émigrer au Vatican, comme cela elle verra comment les femmes y trouvent leur place. (Applaudissements partiels)
Troisièmement, les minarets sont un symbole de pouvoir, pas qu'un symbole religieux. Les symboles ont la force et le contenu qu'on leur donne. Il est vrai que les symboles se renforcent dans l'adversité. Très franchement, avant cette initiative, comme la plupart des Suisses, je n'ai jamais pensé qu'un minaret n'était pas un symbole religieux, mais un symbole de pouvoir.
Moi, j'ai naïvement cru qu'un minaret était un symbole religieux, comme un clocher est un symbole religieux. Maintenant, quel que soit le résultat de cette votation, le regard des gens au sujet des minarets aura peut-être un petit peu changé. Mais ce qu'il est intéressant de constater, c'est que c'est l'UDC et les tenants de cette initiative qui auront donné une dimension de pouvoir aux minarets et non pas les musulmans eux-mêmes, puisque je n'ai jamais entendu un musulman en Suisse dire: "Mon minaret représente un symbole de pouvoir en terre chrétienne."
L'augmentation du nombre de musulmans dans notre pays, doublée d'une actualité internationale, fait que l'islam est devenu un enjeu de société et que cet enjeu préoccupe un bon nombre de nos concitoyens. Cette préoccupation est légitime, il nous faut en tenir compte. Il faut reconnaître ce problème et l'aborder sans angélisme. Encore faut-il faire la différence entre ce qui relève clairement de la religion des pratiques qui prennent appui sur la religion pour justifier une vision conservatrice et patriarcale de la société. Nous devons parler des enjeux des mariages forcés, des inégalités entre hommes et femmes, des cours de natation, des cimetières, des enjeux, qui d'ailleurs ne concernent pas que l'islam. A quoi répond cette initiative par rapport à ces enjeux? A rien. Elle ne donne aucune réponse sur ces vrais enjeux de société. L'Etat doit fixer des règles claires et engager le dialogue avec les communautés qui doivent appliquer ces règles. Madame Wyss l'a dit, il faut trouver des solutions au sujet de ces enjeux liés à l'islam.
Qu'avons-nous fait pendant quatre heures? Nous avons débattu d'une initiative qui est inutile, voire dangereuse, et qui ne va rien arranger du tout à l'intégration des musulmans en Suisse.