Maitre Jean-Philippe · Nationalrat · Genf · Christlichdemokratische Fraktion · 1999-12-07
Wortprotokoll
Il appartient, tous les cinq ans, à l'Assemblée fédérale de redéfinir le cadre du soutien financier qui est accordé à Suisse Tourisme. Le dernier arrêté fédéral que nous avons voté à cet égard, en décembre 1994, couvre la période 1995-1999. Nous avons donc besoin d'un nouveau cadre financier pour la période 2000-2004, et c'est l'objet de l'arrêté fédéral dont nous débattons maintenant.
Il n'est pas inutile de rappeler qu'entre 1995 et 1999, Suisse Tourisme a vécu dans les faits une réorientation très profonde de son action, une redéfinition claire de sa mission. L'objectif est maintenant celui de l'intensification de la politique marketing, et la stratégie mise en place par Suisse Tourisme a commencé à déployer des effets positifs. Je voudrais, à cet égard, simplement rappeler quatre axes stratégiques:
1. le développement d'une politique de marque dans le cadre du tourisme suisse;
2. l'introduction d'une gestion du marketing de destination, axée sur des résultats, c'est-à-dire qu'il y a l'exigence d'un rendement concret;
[PAGE 2389] 3. nous avons assisté avec satisfaction à la coordination des interventions avec les milieux économiques;
4. je voudrais citer le développement par Suisse Tourisme d'une nouvelle ligne de produits touristiques - c'est ainsi qu'on les appelle -, tels que "Bien-être", "Festivals", "Tourisme d'affaires", etc.
Pour apprécier correctement le projet d'arrêté qui nous est soumis, il n'est pas inutile de le mettre en perspective et de situer l'importance de la branche touristique dans le cadre de l'économie suisse en général.
Il va de soi, et cela n'est pas contesté, que le tourisme est l'un des secteurs significatifs de notre économie. Rien qu'en termes d'emploi, c'est entre 210 000 et 240 000 emplois à plein temps ou équivalents plein temps qui sont occupés par la branche du tourisme. C'est environ le 7 pour cent des personnes actives. Cela n'est donc de loin pas négligeable, et la tendance va toujours vers une augmentation de la part prise par le tourisme dans l'économie helvétique dans son ensemble.
Il ne faut pas oublier non plus que le tourisme a un effet économique multiplicateur. En effet, ça n'est pas seulement l'hôtellerie et la restauration qui sont concernées par le tourisme, mais bien évidemment des secteurs aussi divers les uns que les autres, comme les agences de voyages, les transports, les banques, les télécoms, le commerce de détail, le bâtiment, etc.: tous ces secteurs et branches d'activité économiques sont en quelque sorte mariés avec les succès de l'économie touristique. Et puis, les caisses publiques sont aussi gagnantes avec le développement du tourisme. Il suffit de penser seulement à ce que rapportent les vignettes autoroutières et les droits d'entrée sur les carburants prélevés auprès de visiteurs étrangers. Rien que ces deux points, c'est 500 millions de francs par année dans la caisse fédérale, sans compter évidemment toutes les autres sources de la fiscalité directe ou indirecte.
On le voit bien, et d'ailleurs le signe en est clairement manifesté, le tourisme joue un rôle considérable dans l'économie en général, et les autres pays, qui peuvent être comparables au nôtre du point de vue de leur attractivité touristique, accordent des soutiens particulièrement importants pour développer les conditions-cadres permettant le développement des activités du tourisme. Le message le montre bien, parmi les contributions annuelles des différents pays comparables au nôtre en matière touristique, la Suisse est très loin derrière les mesures de soutien accordées par d'autres pays, en particulier les pays qui nous entourent, à leur branche touristique.
On a, aujourd'hui, dans le domaine du tourisme, une reprise qui est là, mais qui est encore timide et qu'il s'agit de consolider, mieux encore de stimuler. C'est à ça notamment que sert le crédit proposé. Selon le Conseil fédéral, il est proposé 190 millions de francs pour cinq ans, entre 2000 et 2004. Je rappelle que Suisse Tourisme demandait, dans son évaluation budgétaire et dans ses propositions, 258 millions de francs sur cinq ans, c'est-à-dire qu'on passait de 50 millions de francs en l'an 2000 jusqu'à 53 millions de francs en l'an 2004. Le Conseil des Etats a été tenté de faire un pas de plus que ce qui est proposé par le Conseil fédéral, et la majorité de la Commission de l'économie et des redevances du Conseil des Etats avait proposé 220 millions de francs; et puis, vous l'avez vu, le Conseil des Etats en plénum a, pour finir, maintenu le crédit à la hauteur de ce que proposait le Conseil fédéral, c'est-à-dire 190 millions de francs.
Vous aurez observé sur votre dépliant que nous sommes saisis d'une proposition de minorité Strahm. M. Strahm veut que l'on découpe le crédit en deux volets séparés: tout d'abord, une enveloppe budgétaire de 76 millions de francs pour les années 2000/01; et puis, au-delà de 2001, un nouvel arrêté fédéral pour la période 2002-2004, avec un plan de mesures destinées notamment à revaloriser la Suisse comme destination touristique, mais via une amélioration de la qualité par la revalorisation professionnelle et des mesures de soutien au marché du travail.
Il est évident que la qualité est un des éléments essentiels de l'offre touristique suisse, et que le sens de l'accueil est déterminant. Cela va dans le sens d'une amélioration de la formation professionnelle. En soi donc, l'objectif poursuivi par M. Strahm peut être soutenu. Mais il ne doit pas l'être via cet arrêté, parce qu'on assiste alors à une confusion totale des genres. D'abord, la formation professionnelle, pour laquelle il y a effectivement des efforts à faire, ça n'est pas une mission qui est confiée à Suisse Tourisme. La formation professionnelle est du ressort des organisations professionnelles. Puis, couper le crédit à Suisse Tourisme serait faux à double titre: d'une part, on confierait à Suisse Tourisme une tâche qui n'est pas de son ressort et, d'autre part, on empêcherait, par ce crédit ainsi amputé, Suisse Tourisme d'accomplir la mission qui lui est précisément confiée et qui relève du marketing.
Voilà les motifs pour lesquels la majorité de la commission recommande de rejeter la proposition de minorité Strahm et vous propose une motion qui rejoint, en tout cas pour une partie prépondérante, les objectifs de M. Strahm, mais qui a l'avantage de ne pas réaliser ce que j'appelle la confusion des genres. Et nous attendons avec beaucoup d'intérêt la prise de position du Conseil fédéral sur cette motion.
Pour toutes ces raisons, la commission vous propose d'entrer en matière, de voter ce crédit et de rejeter la proposition de minorité Strahm, en contrepartie de quoi elle vous propose de transmettre la motion dont je viens de vous parler.