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Zisyadis Josef · Nationalrat · 2009-04-29

Zisyadis Josef · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2009-04-29

Wortprotokoll

Madame la conseillère fédérale Leuthard, vous savez qu'en Suisse romande, on utilise le Cassis de Dijon pour rendre buvable un mauvais vin blanc. J'imagine que vous voulez faire la même chose en politique. Cela peut soigner l'apparence, mais cela n'enlève absolument pas les aigreurs d'estomac!

Jusqu'ici, l'augmentation de la concurrence a surtout provoqué la perte d'emplois, dans la filière agroalimentaire notamment. La baisse du prix payé au producteur sans réduire ses coûts de production tout en augmentant le prix demandé au consommateur, cela, c'est la réalité. Le projet qui nous est soumis repose sur l'illusion que tout le monde va en retirer des bénéfices. L'application du principe du "Cassis de Dijon" n'aura que peu d'impact sur l'abaissement des coûts pour l'agriculture. Le consommateur verra son droit à l'information réduit tout en n'étant en rien assuré que le prix à la consommation sera diminué. Cela me paraît inadmissible, et d'ailleurs les organisations de consommateurs l'ont dit elles aussi dans leur prise de position. Enfin, les discriminations entre producteurs sont à prévoir en cas d'application stricte du principe du "Cassis de Dijon".

Cela devient vraiment difficile de suivre les tergiversations du gouvernement: pas d'adhésion à l'Europe, mais tentative de trouver des solutions hybrides. Et là nous avons la panacée: c'est tout simplement l'application unilatérale d'une législation. Décidément, tout cela devient très inapproprié. Le monde paysan, les salariés, les consommateurs sont fatigués d'être devenus les cobayes de la libéralisation. Vouloir en permanence distiller dans l'esprit du citoyen qu'il est toujours possible de trouver moins cher démontre un manque de responsabilité de la part de tous ceux qui veulent s'attaquer au soi-disant "îlot de cherté" de la Suisse.

D'un côté des normes sévères chez nous, de l'autre l'ouverture d'esprit qui incite à aller acheter ailleurs pour payer moins cher, et peu importent les conséquences sociales et écologiques sur les lieux de production ou l'impact sur le climat, qui est mis à rude épreuve par des transports aberrants. Comment voulez-vous combattre notre "îlot de cherté" suisse alors que celui-ci est basé sur un niveau de vie, un bien-être et des normes que nous avons "accumulés" tout au long de notre histoire? Est-ce que l'objectif du Conseil fédéral est de faire ensuite en sorte que les salaires des travailleurs, des employés, des médecins, des enseignants, des architectes soient mis au niveau de ceux pratiqués dans l'Union européenne, de la même manière qu'il s'évertue à le faire pour le revenu des familles paysannes? C'est cela la prochaine étape du Conseil fédéral?

L'application du principe du "Cassis de Dijon", c'est en quelque sorte l'application de la directive Bolkestein, notamment à l'agriculture suisse. Est-ce que c'est cela que la majorité des membres du groupe socialiste veut soutenir? Je le dis clairement aux membres du groupe socialiste: ne vous laissez pas entraîner dans la voie du libéralisme. Si vous dites oui à ce projet, c'est comme si vous donniez votre accord pour que les salariés de Suisse aient les mêmes salaires que les salariés polonais. Rien d'autre! La cohérence exige de s'opposer à ce projet fondamentalement néolibéral.

Je vous invite donc à la fois à rejeter ce projet et, s'il n'est pas rejeté, à soutenir au moins la proposition de renvoi, cohérente, de la minorité I (Rennwald).

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