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Santé mentale. Pour une stratégie de prévention, de détection et d'orientation des personnes en détresse
Tschopp Jean · Mit-M · Conseil national · Vaud · Groupe socialiste
En Suisse, un jeune se suicide tous les trois jours. C'est la première cause de mortalité chez les jeunes de 15 à 29 ans. Un jeune sur deux a déjà eu des pensées suicidaires. Chers collègues, prenez un instant et regardez la personne à côté de vous ; statistiquement, l'un de vous deux aurait pu être concerné.
Depuis le dépôt de ce postulat, j'ai rencontré plus de dix associations actives dans la santé mentale en Suisse. Un message revient partout : la santé mentale ne doit pas être considérée comme un problème individuel, elle doit être considérée comme une affaire collective et mérite une réponse structurée et complète de la part de la Confédération. Le Conseil fédéral nous répond que ce postulat n'est pas nécessaire, que la Confédération en fait déjà assez, notamment dans le cadre de la stratégie nationale Prévention des maladies non transmissibles. Je l'ai lue, cette stratégie. Elle porte avant tout sur le cancer, le diabète, les maladies cardiovasculaires et respiratoires. La santé mentale n'y est reliée que ponctuellement, mais n'en est pas le coeur.
Le Conseil fédéral nous parle également des programmes d'action cantonaux. Pour un problème de santé publique comme celui-ci, on ne peut pas se contenter de 26 approches différentes. On doit adresser cette thématique de façon équitable entre les cantons, sans tolérer des inégalités de prise en charge en fonction du canton dans lequel on vit. Par exemple, l'Association Appartenances, qui soutient notamment la santé des personnes migrantes en faisant de l'interprétation et de la traduction, n'a pas d'équivalence à Neuchâtel, en Valais ou encore à Fribourg.
Il en va de même pour Stop Suicide, qui peine à percer en Suisse alémanique. Est-ce satisfaisant ?
En juillet dernier, l'Office fédéral des assurances sociales présentait ses chiffres. La part des nouvelles rentes d'assurance-invalidité pour cause de maladie psychique explose depuis 2020. Chez les 18-24 ans, elle dépasse toutes les autres causes réunies. Vingt-six cantons, à 26 vitesses différentes et, pendant ce temps, des jeunes passent entre les mailles du filet.
Sur le terrain, les associations me l'ont dit, la pression sur les jeunes n'a jamais été aussi forte. Le stress scolaire, la performance, l'écoanxiété, les réseaux sociaux, les discriminations ne sont pas des problèmes individuels. Ce sont des causes sociétales et il est temps de les traiter comme telles, pas comme une somme de souffrances isolées, mais comme une urgence de santé publique à inscrire à l'agenda politique.
Cette urgence n'échappe à personne. C'est d'ailleurs spontanément que l'Unicef Suisse m'a contacté pour me dire qu'elle soutient ce postulat, car elle voit bien que la Confédération n'en fait pas suffisamment. Pendant que nous en débattons, la Commission de la sécurité sociale et de la santé publique de ce conseil a récemment remis en question le modèle de prescription pour les psychologues. On voudrait reculer de cinq années, reculer alors que ce modèle a justement permis à des milliers de jeunes d'accéder plus vite à une thérapie.
Si tout cela ne vous a pas encore convaincus, alors parlons d'argent. Chaque année, les troubles mentaux coûtent plus de 7 milliards à la santé publique, selon l'Office fédéral de la santé publique. À court terme, moins de prise en charge paraît moins coûteux, mais, à long terme, c'est l'inverse qui est vrai. Une étude d'Unisanté portant sur 138 études internationales le confirme. Chaque franc investi en psychothérapie rapporte entre 1,5 et 4,05 francs.
Négliger aujourd'hui la santé mentale, c'est payer beaucoup plus cher demain. Par ce postulat, je ne demande rien d'extravagant. Je demande un premier pas vers une stratégie nationale de prévention et de détection. La santé mentale n'est pas un épiphénomène, ce n'est pas un problème individuel qu'on peut laisser chacun régler seul dans son coin. C'est un problème de société et c'est à nous, ici, d'en faire une question centrale. Ce postulat a récolté près de 30 cosignataires de presque tous les groupes politiques.
Je vous invite à l'adopter.
Baume-Schneider Elisabeth · BR-F · Conseil fédéral · Jura
L'auteur du postulat demande que le Conseil fédéral soit chargé d'examiner la nécessité de prendre des mesures ainsi que de l'élaboration d'une stratégie nationale qui vise la prévention, mais également la détection précoce et la prise en charge de la détresse psychique, de même que la sensibilisation de la population et le développement de structures spécialisées. Le Conseil fédéral reconnaît l'importance de la sensibilisation de la population aux enjeux de santé psychique. Les évolutions de ces dernières années soulignent la claire nécessité d'agir, en particulier chez les jeunes. La promotion de la santé psychique constitue une des priorités de la stratégie nationale Prévention des maladies non transmissibles pour la période 2025-2028 et j'en conviens, elle n'était pas et elle n'est pas au coeur de toutes les interventions. Néanmoins, l'OFSP, la Conférence des directrices et directeurs cantonaux de la santé et Promotion santé Suisse élaborent actuellement une stratégie globale et multithématique qui succédera, dès 2029, aux stratégies nationales Prévention des maladies non transmissibles et Addictions et qui intégrera explicitement la santé psychique. Dès lors, les préoccupations soulevées par le postulat sont prises en compte dans les travaux d'élaboration de cette future stratégie nationale.
J'indique également que l'OFSP collabore avec les acteurs concernés dans le cadre de l'agenda Soins de base afin de maintenir l'accès aux soins de base ainsi qu'à une haute qualité de ces soins. Dans ce contexte, la question de la manière dont la prise en charge des personnes atteintes de troubles psychiques est prévue, tous âges confondus, est également un thème central. Promotion santé Suisse fait aussi de la santé psychique une priorité transversale, et ce, dans tous ses domaines d'intervention et soutient avec les cantons des mesures qui visent à renforcer les compétences psychosociales, mais également la résilience et le bien-être psychique des enfants et des adolescents.
Vous l'aurez compris, le Conseil fédéral estime qu'il n'est pas nécessaire d'élaborer une nouvelle stratégie supplémentaire et que la santé mentale sera intégrée dans celle qui succédera dès 2029 aux stratégies nationales Prévention des maladies non transmissibles et Addictions. Dès lors, je vous propose de rejeter le postulat.
Vote
Le président (Page Pierre-André, président): Le Conseil fédéral propose de rejeter le postulat.
Abstimmung - Vote
Für Annahme des Postulates ... 103 Stimmen
Dagegen ... 90 Stimmen
(2 Enthaltungen)