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Normalisation des idéologies d'extrême droite. Que fait le Conseil fédéral pour contrer ce danger ?
Texte déposé
Risque-t-on, selon le Conseil fédéral, d’assister à une normalisation des idéologies et des acteurs d’extrême droite en Suisse ?
Y a-t-il, selon la Confédération, des liens entre des groupes d’extrême droite et des partis (ou des Jeunesses de partis) ? Si oui, que pense-t-elle de ces liens ?
Quelles évolutions observe-t-elle dans la portée, le recrutement, la mise en réseau et les actions publiques des groupes d’extrême droite ?
Le Conseil fédéral estime-t-il qu’il y a des liens entre des actions en apparence non violentes et les milieux d’extrême droite violents ?
Quels sont les organes responsables de la prévention, de la sensibilisation et de la détection précoce ? Existe-t-il une stratégie globale pour lutter contre la normalisation d’idéologies d’extrême droite ?
Sur la base de quels critères le SRC désigne-t-il et évalue-t-il les différents groupements d’extrême droite dans les rapports de situation publics ? Comment le Conseil fédéral garantit-il qu’une communication prudente ne contribuera pas involontairement à une normalisation ?
Selon le Conseil fédéral, comment le groupe « Junge Tat » a-t-il évolué depuis sa réponse à l’interpellation 23.3391 ?
Développement
Les acteurs d’extrême droite tentent de faire passer des idées autoritaires et misanthropes pour des points de vue politiques légitimes. Ils s’immiscent dans des débats actuels, mettent en scène des actions ayant un fort retentissement public et entrent en contact avec des jeunes sur les médias sociaux. Les limites de ce qui est socialement acceptable risquent ainsi de se déplacer.
Dans le rapport de situation 2025, le SRC indique que la menace qui émane des milieux d’extrême gauche et d’extrême droite violents reste stable à un niveau élevé, et que les milieux d’extrême droite violents resteront actifs ; il ajoute que quelques groupes tenteront d’obtenir une certaine publicité par diverses actions et par la diffusion de vidéos de propagande.
Le recours à des termes tels que « remigration » ou à des théories comme celle du prétendu « grand remplacement » fait partie de cette stratégie de normalisation : il vise à remplacer des représentations racistes et nationalistes par des termes en apparence rationnels ou relevant de la politique migratoire, afin de rendre acceptables des idées misanthropes. Ceux qui utilisent le terme « remigration » entendent par là la déportation massive de personnes ayant le passeport suisse ; quant au « grand remplacement », il s’agit d’une théorie conspirationniste antisémite.
Un cas parmi d’autres est le groupe « Junge Tat ». En 2023, le SRC a décrit comment celui-ci exploitait des thèmes ayant un fort retentissement public. Dans le rapport 2025, le groupe est mentionné en lien avec une action qu’il a menée en marge du Concours Eurovision de la chanson, mais ses actions ne sont pas analysées de manière plus approfondie. Or, l’absence d’une analyse publique des groupes de ce type peut, involontairement, conduire à leur normalisation.
Avis du Conseil fédéral
1. Les autorités traitant les thèmes de sécurité ont la responsabilité d’identifier les menaces pour la sécurité du pays et de prendre les mesures nécessaires. Une idéologie qui ne se concrétise pas dans des actes de violence ou des infractions à une disposition pénale est protégée par la liberté d'opinion et d'expression consacrée par la Constitution fédérale.
2. Les autorités ne peuvent pas établir de lien structurel entre tel parti politique et tel groupe d’extrême-droite impliqué dans des actes de violence, car conformément à l’art. 5, al. 5, de la loi fédérale sur le renseignement (LRens, RS 121), le Service de renseignement de la Confédération (SRC) ne recherche ni ne traite aucune information relative aux activités politiques ou à l’exercice de la liberté d’opinion, d’association ou de réunion en Suisse, et donc aucune information relative aux partis politiques.
3. Comparé aux années précédentes, les extrémistes violents se montrent souvent plus discrets et plus réfléchis dans leur propos. Cela attire de nouveaux partisans vers certains groupes. Les milieux d’extrême droite violents ne parviennent à affaiblir de manière perceptible la démocratie et les principes de l’État de droit ou à influencer notablement les processus politiques. La menace émanant des extrémistes de droite violents persiste néanmoins : les personnes agissant en dehors des structures organisées de l’extrême droite représentent und menace plus importante que les groupes dans leur ensemble. Les cas de jeunes adultes ou de mineurs qui se radicalisent en ligne via les réseaux sociaux et les plateformes de jeux continuent en particulier d’augmenter. L’espace numérique reste un vecteur central pour la diffusion de propagande et le réseautage. L’évolution de la situation dans le domaine de l’extrémisme violent a conduit le Conseil fédéral à proposer, dans le cadre de la révision en cours de la LRens, l’introduction de mesures de recherche soumises à autorisation également pour détecter et contrer les menaces que représentent les activités extrémistes violentes.
4. Le SRC constate que des membres des milieux d’extrême droite violents participent parfois à des actions et manifestations déclenchées par des mouvements, organisations ou personnes en soi plus modérées.
5. Prévenir et neutraliser tant la radicalisation que l’extrémisme violent est une tâche assumée de concert par les autorités fédérales, cantonales et communales, en collaboration avec des organisations de droit privé. Les instruments à disposition des autorités relèvent des renseignements, de la police, des services sociaux et de l’instruction publique. Évaluer la situation ainsi que déceler à temps et contenir les menaces sont des tâches du SRC. La prévention est assumée en grande partie par la gestion cantonale des menaces (services de police surtout) et divers services spécialisés. Les cantons disposent aussi de structures particulières pour détecter et gérer les situations de danger en tenant compte des recommandations du plan national de lutte contre la radicalisation et l’extrémisme violent, notamment pour les mesures de prévention ciblée.
6. Dans ses communications, le SRC mentionne les groupes d’extrême-droite violents lorsque ceux-ci sont apparus publiquement par leurs actes. Le Conseil fédéral est limité dans ses communications par les prescriptions légales ; il ne communique pas à propos de contenus classifiés.
7. Le groupe Junge Tat rassemble une jeune génération d’extrémistes de droite violents d’origine suisse. Il dispose depuis quelques années d’un réseau national et international. Certains de ses membres participent à des manifestations de plus grande envergure dans d’autres pays européens, surtout lorsqu’il est question d’idées telles que l’incitation au retour de personnes immigrées (remigration).