Fournier Jean-René · Ständerat · 2010-12-15
Fournier Jean-René · Ständerat · Wallis · Fraktion CVP/EVP/glp · 2010-12-15
Wortprotokoll
Maintenant, je vais plutôt vous entretenir quelques instants sur la manière dont nos industriels suisses ont été traités dans le cadre de l'évaluation de ce nouvel avion. Le projet de remplacement partiel du Tiger a fait l'objet d'une préparation qui était exemplaire. Durant la phase préparatoire de 2003 à 2007, les fournisseurs potentiels ont participé avec Armasuisse à l'élaboration du cahier des charges et de la définition des critères de sélection. Ces fournisseurs ont également été invités à développer, dès 2004 déjà, leurs relations avec l'industrie suisse pour se donner le temps de définir les projets et les activités porteuses.
La détermination affichée à l'époque et le sérieux avec lequel Armasuisse a conduit le projet se sont traduits par d'excellents résultats. Entre 2004 et 2009, les nouvelles participations industrielles ont touché plus de 300 entreprises de notre pays et se sont élevées à environ 500 millions de francs. Elles sont venues s'ajouter à un volume d'affaires courantes d'environ 1,5 milliard de francs que ces mêmes clients étrangers ont eu avec leurs fournisseurs suisses pendant la même période.
De nombreux instituts, nos écoles polytechniques, ainsi que nos universités ont également bénéficié de cet effort de collaboration, soit par des contrats de développement, soit par l'intégration dans des projets de recherche européens. Aussi bien que leurs collègues industriels, ils ont tous attaché beaucoup d'importance à ces développements très attrayants. Nombreux y ont cru et ont investi dans cet espoir.
Dès la fin de 2009, les déclarations faites par le chef du DDPS ont suscité la surprise, puis l'inquiétude. La décision d'arrêter, puis de ne pas arrêter l'évaluation du remplacement partiel du Tiger, à peine deux mois avant la fin d'un effort d'environ huit ans, n'a pas du tout été comprise.
Ensuite, de nombreux reports de messages sur la politique de sécurité, considérés comme préalable à toute décision au sujet du remplacement partiel du Tiger, et l'annonce d'un autre préalable, le rapport sur l'armée, ont entretenu l'incertitude dans toute la première partie de l'année 2010.
La décision du Conseil fédéral du 25 août 2010 et les explications que le chef du DDPS a données dans sa conférence de presse ont été très diversement interprétées, mais elles n'ont fait qu'aggraver l'incertitude et l'incompréhension générale. Alors que le Conseil fédéral déclarait vouloir remplacer le F-5 Tiger, qu'il chargeait le DDPS et le DFF d'étudier les modes de financement et qu'il souhaitait procéder à l'acquisition de nouveaux avions avant 2015, le chef du DDPS présentait un agenda totalement différent, prévoyant la reprise de l'évaluation après 2015 et l'acquisition vers la fin de la décennie.
Cette déclaration n'a pas choqué que les trois fournisseurs potentiels, car chacun d'entre eux était bien entendu conscient des risques qu'il courait. L'attitude et les déclarations du chef du DDPS ont eu un effet très négatif dans un cercle dépassant largement celui des industriels suisses intéressés par les affaires compensatoires. L'amertume a aussi été grande chez les principaux partenaires des trois concurrents que sont EADS, Saab et Dassault Aviation. Au moins une cinquantaine de grandes entreprises européennes ont contribué à l'effort promotionnel pour le développement d'affaires compensatoires et aux coûts des campagnes d'essais.
Les commentaires faits par le DDPS en matière d'acquisition d'armement ont non seulement terni l'image de l'armée suisse, reconnue pour la qualité de ses évaluations, mais aussi celle des industriels de notre pays. La qualité de leurs prestations jusqu'alors hautement réputée est maintenant mise en doute et nos explications sur le fonctionnement particulier de notre pays ne sont pas ou plus prises au sérieux selon une déclaration d'industriels suisses.
Renseignements pris justement auprès de nos industriels, le désenchantement des grands partenaires étrangers se fait déjà ressentir par une baisse notable de l'attention qu'ils portent à l'industrie suisse. Celle-ci va perdre l'espoir qu'elle a mis dans les affaires compensatoires et elle va perdre probablement une bonne partie des affaires nouvelles créées dans le cadre de l'évaluation du remplacement partiel du Tiger. Ce qui est encore plus grave, c'est qu'elle risque aussi de perdre une partie des affaires courantes maintenues à un bon niveau en vertu des bonnes relations que ces entreprises étrangères impliquées dans l'évaluation du remplacement partiel du Tiger ont volontairement entretenues durant ces dernières années avec leurs fournisseurs suisses.
Dans l'industrie suisse on dit volontiers que l'on ne prétend pas absolument vouloir acheter des avions de combat dans le seul but de générer des affaires compensatoires. Mais beaucoup d'industriels déplorent le traitement qui leur a été infligé par le département. Ils sont aussi nombreux à être inquiets de la piètre image que nous donnons à l'extérieur et de l'isolement susceptible d'en découler. Ils sont préoccupés par l'affaiblissement général de notre armée et par la perspective de voir notre défense aérienne fondre inexorablement. Plus inquiétant, ils ont consacré huit ans à développer de nouvelles activités stratégiques, activités auxquelles ils vont devoir renoncer en cas de report confirmé de l'achat du [PAGE 1316] nouvel avion de combat. Certaines PME qui ont risqué gros et se sentent un peu trahies.
En conclusion, une liberté d'action pleine et entière telle que le revendique le Conseil fédéral pendant et après une évaluation, nous sommes tous d'accord sur ce point, mais pour autant que le chef du département tienne le même discours que le Conseil fédéral, faute de quoi la crédibilité politique et économique de la Suisse, comme partenaire fiable et sérieux, est à juste titre remise en cause, comme cela est malheureusement le cas pour ce programme de remplacement partiel du Tiger.